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Aéroport de Rennes. Faut-il supprimer la ligne vers Paris au profit du train ?... |
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Au départ de Rennes, le vol vers Paris permet d’être directement connecté avec le hub de Roissy-CDG pour prendre ensuite un vol long-courrier à l’international. © DR
La ligne Rennes-Roissy est la plus fréquentée de l’aéroport de Rennes, avec un trafic en hausse. Et pourtant, elle est sur la sellette : certains députés proposent de la supprimer pour favoriser le train, moins polluant que l’avion.
L’Assemblée nationale examine cette semaine le projet de loi sur les mobilités. Certains députés ont le transport aérien dans leur collimateur, estimant que ce dernier contribue pour une bonne part aux émissions de gaz à effet de serre. Ils réclament une « contribution climat » sur les billets d’avion, voire la suppression des avantages fiscaux dont bénéficie le kérosène.
Mesure encore plus radicale : interdire les vols intérieurs pour lesquels le même trajet est réalisable en train en cinq heures. La mesure est portée par l’ex-ministre de l’Écologie Delphine Batho (non inscrite) et par des élus de la France insoumise, dont François Ruffin.

145 000 passagers par an
Parmi ces lignes aériennes pointées du doigt, on trouve la ligne Rennes-Paris, la plus fréquentée avec 145 000 passagers l’an passé. Assurée par Air France, elle propose trois rotations par jour à destination de Roissy Charles-de-Gaulle, le grand hub d’Air France qui dessert ensuite des destinations dans le monde entier.
En face, le train représente-t-il une alternative valable ? Certes, depuis la mise en service de la Ligne à grande vitesse (LGV), Rennes est à seulement 1 h 27 de Paris. Le cadencement est soutenu, avec 29,5 allers-retours quotidiens, dont 12,5 directs.
Peu de trains directs pour Roissy
En revanche, pour se rendre à l’aéroport de Roissy, les trains directs (sans passer par Montparnasse) sont peu nombreux : seulement 4 allers-retours par jour. L’avion reste le plus pratique et le plus rapide. Une heure de trajet seulement, avec un départ tôt le matin qui permet d’être à destination à 7 h 40.
« Parler de la ligne Rennes-Paris est impropre, il faudrait plutôt dire Rennes-Roissy, corrige Emmanuel Thaunier, le président de la Chambre de commerce et d’industrie d’Ille-et-Vilaine. Pour nous, elle est un cordon ombilical relié au monde entier. À bord de ces avions, 80 % des passagers prennent un vol long-courrier en correspondance. »

« La supprimer serait une catastrophe »
« Supprimer cette ligne aérienne serait une catastrophe, estime Emmanuel Thaunier. Elle permet des flux dans les deux sens, entrants et sortants. Elle profite à l’ensemble de la Bretagne, et pas seulement pour les touristes. Elle est également très utilisée par les étudiants, les entreprises. »
Antoine Biton, le directeur régional d’Air France, confirme. « C’est la première ligne, et de loin pour l’aéroport. Elle permet de faire apparaître Rennes sur la carte du monde. Des Américains ou des Asiatiques vont réserver un New York-Rennes, via Paris. C’est toute la différence avec un New York-Paris. La ligne participe à l’attractivité, au dynamisme de tout un territoire. »
Pas concurrents, complémentaires
Toujours selon le responsable d’Air France, « il est faux de dire que le train concurrence l’avion dans ce cas précis. Les deux se complètent. Si on avait eu un Rennes-Orly, la ligne aurait été tuée par le train. Là, il s’agit d’un trafic de pré-acheminement, pour s’envoler plus loin. » D’ailleurs, depuis l’arrivée de la LGV, la ligne Rennes-Roissy n’a pas vu sa fréquentation baisser. Au contraire, elle a progressé de 10 % l’an passé.