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Ancien enseignant et correspondant de presse dans l’Orne : Didier Quéva, disparition d’un épicurien... |
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Didier Quéva était correspondant à Ouest-France depuis le 1er octobre 1990. © Ouest-France
Correspondant à Ouest-France depuis 1990 pour la région d’Argentan et de Mortrée (Orne), Didier Quéva est décédé dimanche 24 septembre 2023, à l’âge de 66 ans.
Le ciel nous est tombé sur la tête, dimanche 24 septembre 2023, à l’annonce du décès de Didier Quéva, terrassé par une crise cardiaque, chez lui, à Mortrée (Orne). L’ami Didier – on ne lui connaissait pas d’ennemi – avait tout juste 66 ans. Connaissant son esprit blagueur et drolatique, il n’aurait pas aimé qu’on lui dresse un au revoir larmoyant. Alors ravalons notre peine et disons haut et fort à quel point tout le monde l’appréciait, lui qu’on prenait parfois pour le fils naturel de Pierre Richard voire… un proche parent de l’abbé Pierre, son inséparable béret faisant foi.
Quarante-deux ans dans le même lycée agricole
Naturel, Didier l’était assurément. Né en 1957 au cœur d’une fratrie de six, élevée par des parents paysans d’Avernes-sous-Exmes, le jeune homme hésitait entre une carrière de professeur d’anglais et celle d’agriculteur. Il en choisira la synthèse, devenant… professeur d’agriculture, au lycée agricole de Sées. Là , il aura coché presque toutes les cases : élève, pion, puis faisant office de CPE et enfin enseignant en agronomie et production végétale. Quarante-deux années d’enseignement au cours desquelles le prof échevelé et barbu aimait dire qu’il « faisait pousser de l’herbe pour les jeunes ». Succès garanti… Dès l’apparition des beaux jours, il enfourchait son vélo pour se rendre au travail, à 10 km de chez lui.
Animateur d’une radio libre en 1982
Cet enfant du pays était un passeur et cet amour pour le local, il l’a toujours cultivé. En 1982, avec d’autres, il avait été de l’aventure de Radio Pays d’Argentan (RPA pour les intimes), une radio libre qui mettait en lumière l’actualité des communes du secteur. Baptisée « Radio Localoscopie », en référence à celle de Jacques Chancel, son émission avait pour objectif de faire connaître les villages, de donner la parole à des gens qui ne l’ont que peu souvent.
À Mortrée, avec son arche de Noé
De l’oralité, l’homme des sous-bois est ensuite passé à l’écrit, intégrant Ouest-France en 1990 et plus récemment L’Orne hebdo. Féru de cyclisme, il a commencé à travailler pour l’actualité sportive à Argentan. Un copain déjà correspondant lui avait dit : « Tu as un appareil photo ? Tu sais écrire. Bon, voilà . » Le voilà arpentant les gymnases et tous les endroits où l’on transpirait pour la gloire d’un match remporté. « Il nous emmenait souvent, qu’est-ce qu’on a vu comme sports ! » sourient ses trois enfants, un œil dans le rétro. Son épouse Nelly savait composer avec la patience.
Depuis quelques années, il était un peu plus présent, correspondant dans le secteur de Mortrée. Là , autour de son home sweet home, comme aurait dit le prof d’anglais qu’il n’est pas devenu, il bichonnait son arche de Noé, le royaume des poules et des moutons, des chèvres et des oies de Guinée, « et toujours un chat et un chien ». Cet épicurien aimait la nature, les arbres. « Il faut un quart d’heure pour abattre un arbre. Un siècle pour en ravoir un… », soupirait-il.
« Didier s’intéressait au cœur et à l’âme des gens »
Homme de plume(s), l’ami Quéva bataillait contre le temps qui va trop vite, ses combats truculents contre l’informatique étaient légendaires à la rédaction qui se gondole encore de son « clic droit » effectué… en levant sa souris à la perpendiculaire !
Sa retraite, il y a quatre ans, lui permettait de voir grandir ses deux petits-enfants, mais aussi de venir en aide aux agriculteurs en difficulté, au sein de l’association Solidarité Paysans. Et de s’intéresser encore et toujours aux autres. « Didier était bien plus qu’un simple correspondant, il s’intéressait davantage au cœur et à l’âme des gens que de leurs exploits sportifs », résume bigrement bien un dirigeant de club. Ce bon vivant a bien vécu. Mais on aurait volontiers partagé un peu de rab en sa compagnie.
Jeudi 28 septembre, à 15 h 30, cérémonie au crématorium d’Argentan.