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Briouze. Le pari lacté et glacé de cinq éleveurs... |
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En transformant lui-même le lait issu de sa traite, Jean-Luc Pluet a pu se rapprocher du consommateur, ce qui n’est pas pour lui déplaire. © Ouest-France
Ils ont choisi les circuits courts. Petits Producteurs. Avec 5 de trèfle, cinq agriculteurs installés autour de Briouze, dans l’Orne, ont uni leurs forces pour transformer une partie du fruit de leur travail. Un moyen pour eux de plus dépendre autant de l’industrie laitière.
Avec le retour des beaux jours, la turbine à glace tourne à plein régime. Les crèmes glacées et les sorbets qui en sortent régaleront bientôt les gourmands. La scène ne se passe pas dans l’arrière-boutique d’un glacier, mais dans le laboratoire attenant à l’épicerie Au pré de ma ferme, en plein cœur du bourg de Briouze, dans l’Orne.
Ce vendredi matin, c’est Florence Thommerel qui est chargée de veiller à la production journalière. En temps normal, elle s’occupe avec son mari Denis des 56 vaches laitières de leur exploitation, à Bellou-en-Houlme, et vend l’essentiel de sa production annuelle de lait, environ 300 000 litres, à la fromagerie Gillot.
De 10 Ã 20 % de progression par an
Le couple ne s’est pas lancé tout seul dans cette aventure. En 2017, ils se sont associés avec trois autres agriculteurs pour créer 5 de trèfle. L’objectif ? Mettre en commun environ 10 % de leur production annuelle pour la vendre sous forme de glaces, yaourts, crème, beurre ou tout simplement de lait.

Florence Thommerel est l’une des cinq associés de 5 de trèfle. Elle est chargée, entre autres, de la fabrication des crèmes glacées et sorbets. Ouest-France
Chaque jour de la semaine, les cinq associés se relayent dans le laboratoire pour transformer le fruit de leur collecte du jour. Chacun a sa spécialité. Pour les aider dans la fabrication de leurs produits, ils peuvent compter sur l’aide d’une apprentie. Une salariée à mi-temps les épaule aussi pour la gestion de leur épicerie Au pré de ma ferme, qu’ils tiennent à tour de rôle, et où ils proposent leurs produits et ceux d’autres petits producteurs. « Nous commençons à sortir la tête de l’eau » , affirme Florence Thommerel.
Entre 150 000 et 200 000 €
« Notre chiffre d’affaires se situe entre 150 000 et 200 000 €. Il progresse de 10 à 20 % par an » , précise Jean-Luc Pluet, l’un des cinq associés, dont l’exploitation en conversion bio se trouve également à Bellou-en-Houlme. Thierry Salles, installé à La Fresnaye-au-Sauvage, et Romain Énée, à Saint-Hilaire-de-Briouze, complètent le quintette. « Les glaces assurent entre 40 et 50 % du chiffre d’affaires. C’est beaucoup plus rentable que le beurre, un produit d’appel, qui coûte très cher à produire » , poursuit-il.
Pour goûter à leurs produits, il n’est pas nécessaire de venir jusqu’à Briouze. Les glaces sont ainsi vendues dans plusieurs supermarchés comme à Argentan, mais aussi à Caen. Les agriculteurs devenus entrepreneurs fournissent également des cantines scolaires. « Pour nous, c’est plus intéressant car plus régulier que les épiceries » , décrypte Jean-Luc Pluet.
Pas payés à la juste valeur
Par leur association, les agriculteurs cherchent aussi à moins dépendre de l’industrie laitière. « Nous ne leur vendons pas notre lait. Nous leur fournissons. Ils donnent ce qu’ils veulent. Nous ne sommes pas payés à la juste valeur » , tranche Jean-Luc Pluet, tout en étant conscient de ne pas être encore en mesure de demander le divorce. Si le revenu généré par 5 de trèfle leur permet de se verser un salaire, il n’est pas suffisant pour vivre.
Le simple aspect financier ne suffit pas à résumer l’ambition de 5 de trèfle. Les cinq associés partagent avant tout la volonté « de mieux produire sans agrandir » en respectant l’environnement. Pour Jean-Luc Pluet, c’est surtout une bouffée d’oxygène : « Enfermés dans nos fermes, nous étions invisibles. Être au contact des consommateurs, ça donne un coup de peps. Nous avons maintenant l’impression de servir à quelque chose. »