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CARTE. Interdire les trajets courts en avion en France : quelles lignes seraient concernées ?... |
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Un vol au départ de l'aéroport de Rennes-Saint-Jacques, dont la liaison vers Paris (1 h 25 en train) serait sur la sellette. © Joël LE GALL / OUEST-FRANCE
Pour lutter contre la pollution, des députés proposent de supprimer certaines lignes intérieures françaises, pour lesquelles un trajet en train est aussi performant. Cette mesure sera discutée dans le cadre de la vaste Loi d’orientation des mobilités. Découvrez quelles liaisons pourraient être concernées.
Plusieurs députés Insoumis et écologistes suggèrent d’interdire purement et simplement les trajets en avion en France, sur lesquels le train est aussi rapide. Le député François Ruffin propose ainsi de supprimer les liaisons pour lesquelles le trajet en train est aussi rapide en ajoutant 2 h 30 (temps d’attente et de transfert à l’aéroport).
Cette proposition fait partie des amendements à la Loi d’orientation des mobilités, examinée à l’Assemblée nationale depuis le lundi 3 juin. Ce texte considérable sera étudié durant deux semaines par les députés, et abordera notamment l’assouplissement des 80 km/h, l’encouragement des modes de transports doux, la taxation du transport aérien…
L’amendement déposé par des députés Insoumis et écologistes, dont Delphine Batho, risque aussi de donner lieu à des débats. Partant du constat qu’un trajet en train est près de 50 fois moins polluant qu’un trajet en avion, ils proposent d’interdire les vols intérieurs lorsqu’un trajet est possible en train dans un délai similaire, sans correspondance.
Liaisons vers Paris
Seules les liaisons radiales (vols au départ de ou à destination de Paris) seraient concernées, les liaisons transversales (comme Lille-Marseille ou Brest-Lyon) ne seraient pas immédiatement remises en question.
L’amendement propose que « lorsqu’un trajet en train sans correspondance existe, qu’il permet un temps de trajet équivalent au temps de trajet en avion plus 2 h 30, l’autorité administrative ne délivrera pas d’autorisation d’exploiter une ligne régulière ». Le texte ajoute ainsi 2 h 30 au trajet en avion pour prendre en compte le temps d’attente, d’embarquement et de transfert à l’aéroport.
Voici les liaisons entre les villes de province et les aéroports parisiens susceptibles d’être concernées. Pour chacune d’elles sont indiqués le temps de trajet en train, et le temps de trajet en avion. En vert, les lignes susceptibles d’être maintenues, en rouge celles qui seraient interdites si le texte était voté en l’état :
Pour calculer si la ligne était susceptible d’être maintenue, nous avons effectué le calcul suivant : temps de trajet en train - (temps de trajet en avion + 2 h 30).
Trois lignes maintenues
Par exemple, la SNCF donne 3 h 25 pour effectuer Brest - Paris en TGV. Le vol Brest-Guipavas - Roissy prend 1 h 10. Si on y ajoute 2 h 30, cela donne 3 h 40, soit 15 minutes de plus que le train. La ligne Brest-Paris serait donc interdite. À Nice, le temps de train vers Paris est de 5 h 33, et le temps d’avion d’1 h 25. Le différentiel est de 1 h 38 ; la ligne Paris-Nice ne serait donc pas concernée.
Si l’amendement est adopté tel quel, seules trois lignes intérieures directes vers Paris seraient maintenues : Biarritz/Bayonne - Paris, Toulouse-Paris, Nice-Paris.
Dans l’Ouest, les vols de Quimper, Brest, Nantes et Rennes seraient supprimés, ce qui ne se ferait certainement pas sans débats. À Rennes, la ligne Rennes-Paris assurée par Air France a été fréquentée par 145 000 personnes en 2018. Si Rennes est à 1 h 25 de Montparnasse par la LGV, l’avion permet lui d’aller à Roissy pour prendre ensuite un vol international. Selon Emmanuel Thaunier, le président de la Chambre de commerce et d’industrie d’Ille-et-Vilaine, 80 % des passagers qui font Rennes-Roissy prennent un vol long-courrier en correspondance.