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Comment ces neuf séries ont rompu avec les codes de leur époque

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photo  adaptée de l’œuvre de george r. r. martin, « game of thrones » incarne le basculement de la série dans le blockbuster mondial.  ©  hbo 4

Adaptée de l’œuvre de George R. R. Martin, « Game of Thrones » incarne le basculement de la série dans le blockbuster mondial. © HBO

La série télé s’est, au fil des décennies, émancipée du divertissement pour devenir un art à part entière, populaire, inventif, addictif. Les séries racontent soixante-dix ans d’histoire culturelle. Elles accompagnent nos vies, reflètent leurs époques et ont transformé nos soirées.

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Il y eut d’abord les romans-feuilletons publiés dans la presse du XIX? siècle puis les soap operas (financés par des marques de savon - soap - en anglais) radiophoniques des années 1930. Et c’est I Love Lucy, diffusée en 1951 sur la chaîne américaine CBS, qui est considérée comme la mère des séries télévisées et des sitcoms - ces comédies de situation humoristiques et tournés dans un seul lieu.

Créée et interprétée par Lucille Ball, cette histoire d’épouse rêvant d’une carrière artistique fait entrer la télévision dans le quotidien des Américains. I Love Lucy ouvre la voie à Ma sorcière bien-aimée et à la science-fiction fondatrice de The Twilight Zone (La Quatrième dimension en version française) ou, en Angleterre, à Doctor Who (1963), toujours en production. En France, Belphégor (1965) ou les séries policières Les Brigades du tigre (1974) et Arsène Lupin (1971) deviennent des phénomènes populaires.

Dans les années 1960 et 1970, ces séries deviennent des rendez-vous familiaux rassurants. Zorro, Mission : Impossible, Columbo ou encore Starsky et Hutch bouclent leurs intrigues en une heure, avec les premiers codes du genre : un héros, un générique culte, un épisode par semaine, un rendez-vous attendu pensé pour la télévision linéaire.

Dallas invente le soap planétaire

Les années 1980 marquent une première rupture : les séries gagnent en rythme, en glamour. Dallas invente le soap planétaire et les intrigues continues, à rebondissements, tandis que Magnum puis Miami Vice, façonnée par Michael Mann, introduisent une esthétique inspirée du clip.

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Le basculement majeur survient dans les années 1990. Avec Twin Peaks (1991), David Lynch révolutionne l’écriture sérielle en réunissant cinéphiles et grand public dans une série inclassable, matrice des œuvres à venir. Les Soprano (1999), The Wire (2002) ou Six Feet Under (2001) impose la « grammaire HBO », première chaîne payante américaine devenue productrice : auteur au centre, récit adulte, ton audacieux. Le cinéma américain s’essouffle ? Ses scénaristes ont migré vers la télévision qui devient un laboratoire créatif.

La production explose depuis le Covid

En deux décennies, la série devient un art majeur, capable d’explorer les marges, de revisiter les genres et d’interroger la société, du Baltimore de The Wire au monde imaginaire de Game of Thrones (2011). À partir de 2007, les plateformes – Netflix, puis Amazon Prime Video, Disney+, Apple TV + – accélèrent le phénomène avec leurs productions mondialisées. Les mots « cliffhanger » (fin d’un épisode laissée en suspens, suscitant une forte attente) « binge-watching » (visionnage de nombreux épisodes d’une série d’affilée, de façon compulsive) entrent dans le dictionnaire : on enchaîne trois épisodes, puis une saison entière sur ordinateur, tablette ou téléphone.

Le confinement lié à la crise sanitaire du Covid en 2020 ancre définitivement ce nouveau mode de consommation : cloîtrés chez eux, des millions de spectateurs se plongent dans La Casa de Papel,  The Crown, Succession ou Le Bureau des légendes, série Canal déjà culte. Les séries deviennent refuge, lien social, horizon commun partagé en famille ou avec des amis. Depuis, la production explose. La série n’est plus un simple divertissement, mais une manière de raconter le monde, épisode après épisode.

1. Columbo (1971) – Le triomphe de l’anti-héros

photo peter falk dans « columbo ».  ©  photo12 via afp

Peter Falk dans « Columbo ». Photo12 via AFP

Trench-coat froissé, cigare vissé au coin des lèvres, air distrait et regard perçant : le lieutenant Columbo, incarné par Peter Falk, bouleverse les codes du polar télévisé. Diffusée à partir de 1971, la série inverse la mécanique classique du suspense : le spectateur connaît le meurtrier dès le départ. Le plaisir réside dans la façon dont Columbo, avec sa fausse bonhomie, démasque l’assassin. Produit par Universal, Columbo s’impose dans le monde entier comme la quintessence du « crime parfait » déjoué par un esprit rusé plus que par la force. Dans une Amérique fascinée par les héros virils et les détectives durs à cuire, ce flic modeste, mal habillé, obstiné et sous-estimé par ses adversaires devient une figure révolutionnaire. Sa popularité s’étend sur trois décennies, et son influence irrigue toutes les séries policières modernes, de Monk à Sherlock.

 2. Dallas (1978) – L’Amérique feuilletonnée

Le générique flamboyant, les ranchs texans, la rivalité entre J.R. et Bobby Ewing : Dallas transforme la télévision en feuilleton à suivre comme un roman. Créée en 1978, la série impose le modèle du « soap » grand public, fait de complots familiaux, d’amours contrariées et de coups de théâtre. Avec son suspense haletant (« Who shot J.R. ? », l’un des cliffhangers les plus célèbres de l’histoire), Dallas rassemble chaque semaine plus de 300 millions de téléspectateurs dans le monde. La série invente la culture de la dépendance télévisuelle : on veut savoir la suite, coûte que coûte. Ce feuilleton du capitalisme américain, entre pétrole et jalousies, devient un miroir de la société reaganienne. En France, diffusée à partir de 1981, elle cristallise l’entrée de la télévision dans l’ère du divertissement mondialisé.

 3. Twin Peaks (1990) – Le basculement dans l’étrange

photo twin peaks les 7 derniers jours de laura palmer.  ©  collection christophel via afp

Twin Peaks Les 7 derniers jours de Laura Palmer. Collection ChristopheL via AFP

Quand David Lynch débarque sur ABC en 1990, personne ne s’attend à un tel séisme. Twin Peaks commence comme une enquête sur le meurtre de Laura Palmer, mais glisse rapidement dans « l’inquiétante étrangeté » chère au cinéaste, entre soap et surréalisme. L’agent Dale Cooper, le café noir, la “Black Lodge”… tout devient culte. La série fait exploser la frontière entre cinéma et télévision : son univers visuel, la musique d’Angelo Badalamenti, son écriture à tiroirs fait de chaque épisode une œuvre d’auteur. Les spectateurs, déconcertés, découvrent qu’une série peut être une expérience esthétique. Twin Peaks, avec son écriture novatrice, devient la mère des séries à venir, notamment produites par HBO. Elle engendre aussi toute la génération suivante tournant autour du mystère et du surnaturel : X-Files, Lost, Dark, et jusqu’à la troisième saison de Twin Peaks de retour en 2017, véritable testament lynchien.

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 4. Les Soprano (1999) – L’âge adulte des séries

Le 10 janvier 1999, HBO diffuse le premier épisode des Soprano. L’histoire d’un parrain de la mafia en thérapie devient le manifeste d’une nouvelle télévision : plus complexe, plus ancrée dans le réel, plus littéraire. Tony Soprano (James Gandolfini) n’est pas un héros, mais un homme en crise, partagé entre famille, psychanalyse et crime organisé. Créée par David Chase, la série mêle réalisme social et introspection, violence et humour, et impose la figure du showrunner : un auteur total à la tête de son œuvre. Les Soprano ouvre la voie à The Wire, Mad Men, Breaking Bad. Elle marque l’entrée de la série télé dans la modernité narrative, celle du récit feuilletonnant, psychologique et adulte.

5. The Wire (2002) – L’Amérique disséquée

photo the wire.  ©  alamy stock photo

The Wire. Alamy Stock Photo

Diffusée sur HBO de 2002 à 2008, The Wire (Sur écoute en français) est sans doute la série la plus réaliste et la plus politique de son époque. Créée par l’ancien journaliste David Simon, elle explore Baltimore à travers cinq saisons et autant de milieux : la police, la drogue, le port, l’école, la presse. Chaque épisode fonctionne comme une pièce d’un immense puzzle social. Sans effets spectaculaires ni musique appuyée, The Wire raconte l’Amérique du bas, la bureaucratie, les institutions en déliquescence. Les personnages y sont d’une humanité rare, complexes, faillibles. Boudée par l’audience lors de sa diffusion, la série est devenue culte, étudiée dans les universités, célébrée par les auteurs et les cinéastes. Elle a montré que la télévision pouvait être un instrument d’analyse du réel, un miroir impitoyable de la société moderne.

6. Breaking Bad (2008) – Le laboratoire du mal

Avec Breaking Bad, Vince Gilligan signe l’une des sagas les plus acclamées de l’histoire. En cinq saisons, il suit la transformation de Walter White, professeur de chimie sans histoire, en baron de la drogue méthamphétaminée. Tournée dans les paysages brûlants d’Albuquerque, la série mêle thriller, tragédie et humour noir. Chaque plan est composé comme une scène de cinéma, chaque épisode un pas supplémentaire vers la chute. Breaking Bad a redéfini la notion de « binge-watching » avant l’heure, tant sa narration et ses cliffhangers tenaient le spectateur en haleine. Elle a confirmé que la télévision pouvait rivaliser avec le grand cinéma américain, et fait de Bryan Cranston un anti-héros mythique, symbole de la série moderne.

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7. Game of Thrones (2011) – Le choc planétaire

Adaptée de l’œuvre de George R. R. Martin, Game of Thrones incarne le basculement de la série dans le blockbuster mondial. Lancée en 2011 par HBO, elle mêle fantasy, guerre et politique dans un univers médiéval d’une richesse inédite. Ses dragons, ses conspirations et ses morts brutales ont captivé la planète pendant huit saisons. La série a imposé des budgets de cinéma, un marketing global et une narration tragique. Elle a aussi lancé l’ère du « spoil », des forums, des théories, des communautés en ligne : les spectateurs deviennent acteurs du récit. Avec ses scènes spectaculaires et ses dilemmes moraux, Game of Thrones a transformé la série en phénomène culturel planétaire, clôturant une décennie où la télévision n’avait plus rien de mineur.

8. Le Bureau des Légendes (2015) – Le réalisme à la française

Créée par Éric Rochant et diffusée sur Canal +, Le Bureau des Légendes raconte le quotidien des agents de la DGSE infiltrés à l’étranger. Portée par Mathieu Kassovitz, la série a imposé en France une écriture exigeante, sobre, ancrée dans le réel : loin des gadgets d’espionnage, elle s’attache à la psychologie des personnages et à la tension entre secret et vérité. C’est la première fois qu’une série française rivalise avec les standards américains par la précision de sa mise en scène, son interprétation et son tempo. Le mot « bureaucrate » y devient presque héroïque. Avec ses cinq saisons, son aura internationale et sa rigueur quasi documentaire, Le Bureau des Légendes a ouvert la voie à toute une génération de séries françaises ambitieuses (Baron Noir, Engrenages, Les Sentinelles).

9. Squid Game (2021) – Le monde en série

Produite par Netflix et imaginée par le Sud-Coréen Hwang Dong-hyuk, Squid Game est le symbole de la mondialisation des séries. En 2021, ce drame cruel sur des individus endettés participant à des jeux mortels devient le programme le plus vu de l’histoire de la plateforme. Métaphore du capitalisme contemporain, Squid Game réunit esthétique du jeu vidéo, satire sociale et suspense de thriller. Son succès prouve que la domination américaine n’est plus totale : les créations venues d’Asie, d’Europe ou d’Amérique latine peuvent désormais conquérir le monde grâce au streaming. La série est devenue une langue commune, traduite et regardée partout, en même temps. 

 
Grégoire LAVILLE    Ouest-France  

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