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Danylo, jeune Ukrainien réfugié, refuse de se battre « contre des gens qui n’y peuvent rien »... |
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Danylo Shatalov, réfugié ukrainien de 18 ans, est arrivé à Alençon à l’automne 2023. © Ouest-France
Il n’a que 18 ans mais a déjà vécu six mois en territoire occupé par l’armée russe. Jusqu’à ce qu’il décide de fuir. Vers la Pologne, d’abord, puis vers la France. Rencontre avec Danylo Shatalov, jeune réfugié ukrainien à Alençon.
On parlait beaucoup de la guerre en Ukraine, quand les premiers réfugiés sont arrivés à Alençon, à la fin de l’hiver 2022. Puis la vie a repris son cours. Un autre conflit a éclaté, en Palestine. Et on a moins parlé d’eux.
Pourtant, ils sont toujours bien là. Par dizaines. Des femmes, principalement, qu’on retrouve dans les files d’attente des différentes associations caritatives de la ville. Mais devant le local de la Croix-Rouge, ce jour-là, un visage détonne. Celui d’un adolescent.
Danylo Shatalov venait d’avoir 17 ans quand il a décidé de quitter son village, dans la région de Zaporijjia, dans le sud de l’Ukraine. Cela faisait six mois que la Russie avait déclaré la guerre à son pays et qu’il vivait en territoire occupé.
« J’ai vu les premières bombes »
« J’ai vu les premières bombes, les premiers chars, les premiers soldats. » Il voit ses 18 ans approcher, aussi, et avec eux, le risque d’être enrôlé dans l’armée. « Je ne veux pas me battre contre des gens qui n’y peuvent rien. C’est le président russe, le seul responsable. »
Pour Danylo, les Russes sont d’autant moins des ennemis que sa sœur est mariée à l’un d’eux. Elle vit d’ailleurs de l’autre côté de la frontière, avec son époux et leurs deux fils.
À son tour, le jeune homme donc a quitté l’Ukraine pour aller habiter chez son oncle, à Cracovie en Pologne. Mais la cohabitation n’était pas simple. Un an plus tard, Danylo a repris la route, direction la France cette fois.
Pourquoi Alençon ? « C’est la préfecture de Paris qui en a décidé ainsi. » Depuis, l’adolescent partage une chambre avec un autre réfugié ukrainien à l’Afpa.
« J’essaye de ne pas y penser »
Il a 200 € par mois pour vivre. « Pour l’instant ça va, car je ne paye pas de loyer. Mais ensuite ça sera compliqué. » Danylo s’en remet au travailleur social qui l’accompagne. « Je n’ai rencontré que des gens biens et j’en suis reconnaissant. »
Le jeune homme n’en veut pas aux personnes qui ne pensent plus à la guerre en Ukraine. « C’est normal que chacun vive sa vie. » D’ailleurs, lui aussi essaye de ne plus y penser. « Sinon, je deviens anxieux. »
Comme beaucoup de jeunes de son âge, Danylo ne sait pas encore ce qu’il veut faire de sa vie. « Ce sera sûrement dans le domaine artistique. » Sa seule certitude, c’est que ça ne sera pas en Ukraine. Il ne veut pas y retourner. « Mon rêve, c’est d’aller au Canada. Je m’en approche, étape par étape. Je veux essayer. Je n’ai qu’une seule vie. » Et quand on a connu la guerre, on sait combien elle est fragile.