|
Du château de Versailles aux Alpes mancelles, des feuilles d’or au bout des doigts... |
2
Héloïse Nice, doreuse à la feuille installée à Moulins-le-Carbonnel, participera au salon Métiers d’art, métiers passion, à Alençon, du 1er au 3 octobre 2021. © OUEST-FRANCE
Héloïse Nice, doreuse à la feuille, s’est établie en 2018 à Moulins-le-Carbonnel, à vingt minutes au sud ouest d’Alençon. Du 1er au 3 octobre, elle participera au salon Métiers d’art, métiers passion, à la halle au Blé. La veille, elle a accepté de nous ouvrir les portes de son atelier.
Il y a des enfants qui se passionnent pour les dinosaures. D’autres, pour les jeux de construction. Héloïse Nice, c’était le château de Versailles, découvert à l’occasion d’une sortie scolaire, quand elle avait 8 ans. « J’avais une carte postale du portrait de Louis XIV sur ma table de nuit », raconte-t-elle, tout sourire.
Après le bac, les ors de Versailles toujours en tête, Héloïse suit des études d’histoire de l’art à l’école du Louvres, option archéologie. « Je voulais être conservatrice de peintures murales romaines. C’est précis ! » Mais rapidement, la jeune femme réalise que cette voie est trop théorique pour elle. « J’avais besoin d’un métier manuel. De concret. »
Elle repense alors au reportage sur le doreur du château de Versailles, qu’elle a vu enfant. Et intègre le centre de formation d’apprentis de La Bonne graine, l’école d’ameublement de Paris. Héloïse alterne alors entre l’école et le terrain.
Et quoi de mieux pour apprendre les ficelles de la dorure à la feuille qu’un maître de stage basé « à cinq minutes à pied du château de Versailles » ! Ce dernier lui enseigne la déontologie de la conservation et de la restauration. « Le but n’est pas de tout redorer ou d’être dans la dorure clinquante, confie Héloïse. Il faut respecter l’objet. » C’est le coup de foudre pour ce métier, qui lui permet de « toucher des objets de toutes les époques ».
Une fois son diplôme obtenu, Héloïse travaille sur plusieurs chantiers, à Versailles toujours : elle participe à la restauration des dorures des toits, puis est nommée responsable de la restauration du salon de Mercure, l’une des chambres de l’appartement du roi. La doreuse restaure aussi le portrait de Louis XIV, celui-là même qui était posé sur sa table de nuit, quand elle était enfant…
En 2018, Héloïse Nice s’installe dans les Alpes mancelles et participe pour la première fois au salon Métiers d’art métiers passion, à Alençon. « Ça m’a permis de me faire connaître localement. Et j’ai été très bien accueillie : j’ai eu l’impression d’intégrer une famille d’artisans. »
« La doreuse est surtout ponceuse »
Dans son atelier, Héloïse commence par décaper les objets qu’on lui confie. « Ils sont parfois recouverts de bronzine, une peinture dorée », explique-t-elle. Elle passe ensuite beaucoup de temps à poncer. « La dorure, ce sont des heures et des heures de ponçage. » Car la feuille d’or prend tous les défauts.

« La dorure, ce sont des heures et des heures de ponçage, confie Héloïse Nice, doreuse à la feuille. OUEST-FRANCE
Dernière étape avant la dorure à proprement parler : la reparure. Il s’agit de restaurer les moulures et les ornements. Un véritable travail de sculpture. Enfin, la doreuse passe à l’habillage avec des feuilles d’or, si fines qu’on ne peut pas les tenir avec les mains, au risque qu’elles se désagrègent.
Quand elle ne restaure par les objets des autres, Héloïse Nice se lance dans ses propres créations : un mobile pour bébé, des silhouettes noires sur du verre doré, un tableau aux multiples teintes d’or… Mais l’artisane commence à manquer de place et cherche un nouvel atelier. Pas Versailles non plus. Juste un peu plus grand. Pour continuer à traverser le temps.
Vendredi 1er, samedi 2 (10 h à 19 h) et dimanche 3 octobre 2021 (10 h à 18 h) à la halle au Blé, à Alençon. Entrée gratuite. Passe sanitaire demandé.