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ENTRETIEN. À Champsecret, où en sont les travaux de conservation des forges de Varenne ?... |
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Les travaux de l’ancienne fenderie des forges de Varenne de Champsecret (Orne), devraient être achevés fin octobre-début novembre 2021. © Ouest-France
Les travaux vont bon train sur le site des forges de Varenne à Champsecret, dans l’Orne, qui comptent parmi les mieux conservées d’Europe. Le site, actif jusqu’au XIXe siècle, employait plus d’une centaine de forgerons.
Depuis décembre 2019, les forges de Varenne, à Champsecret (Orne), connaissent d’importants travaux de rajeunissement grâce aux fonds européens, à l’État, la région Normandie et le conseil départemental de l’Orne et divers mécènes. Ces forges, actives du début du XVIe siècle jusqu’à 1866 faisaient travailler quotidiennement plus d’une centaine de forgerons. Les emblématiques forges d’affineries sont passées en premier entre les mains des experts du patrimoine. C’est actuellement le tour de la fenderie, où les barres de fer étaient découpées en fonction des besoins des forgerons et cloutiers. Nous avons interrogé Benoît Maffre, architecte du patrimoine.
En quoi consistent les travaux aux forges de Varenne ?
Ce sont des travaux de conservation des ruines. Le terme qu’on utilise, c’est « cristallisation », c’est-à -dire qu’on doit figer les murs et les maçonneries pour qu’elles se dégradent le moins possible, sans chercher à rétablir des choses qui ne sont pas avérées. Nous assurons ainsi les consolidations structurelles nécessaires à la conservation de ces ruines.

Benoît Maffre, architecte du patrimoine, présente les travaux effectués dans les forges d’affineries à Champsecret (Orne). Ouest-France
Quel est l’intérêt de cristalliser ces ruines ?
Il y a encore beaucoup de choses à découvrir sur ce site. À l’origine, la restauration a été décidée après une demande des services d’archéologie de fouiller ce patrimoine industriel pour en avoir une meilleure connaissance. On s’est aperçus que les ouvrages étaient en trop mauvais état et dangereux pour les personnes qui circulaient dessous. La plupart des ruines n’étaient pas accessibles au public. On les regardait à distance.
Les hauts fourneaux, les forges d’affinerie et la fenderie sont concernés par vos travaux. La halle à charbon, la chapelle, le logement ouvrier et le moulin sont-ils susceptibles de l’être ?
Les travaux coûtent 1,2 million d’euros. À l’échelle de la région, c’est un gros chantier. Pour un propriétaire privé, l’association Vivre en Famille, dont la vocation n’est pas la conservation du patrimoine, c’est un budget considérable. On a sauvé les choses les plus importantes et les plus précieuses, mais il y a une chose importante sur le site : tout le système hydraulique a besoin de gros travaux d’entretien, notamment le bassin de retenue de l’affinerie qui serait à curer.

Les forges d’affinement à Champsecret (Orne), avant le début des travaux. archives Ouest-France
Comment se passent les travaux ?
Au cours de la première partie du chantier on a dû enlever la végétation, les couches de terre pour commencer à découvrir les pierres qui étaient tombées, et adapter le projet. On a pu trouver des petits indices de disposition dont il a fallu prendre compte pour faire une restauration la plus fidèle et qui ne modifie pas le sens de l’ouvrage. Il ne faut pas qu’en déplaçant une pierre, on fausse la lecture du bâtiment.
Avez-vous été surpris par quelque chose lors de cette restauration ?
Restaurer les ruines, c’est toujours plein de surprises ! On a des équipes compétentes, qui font un vrai travail d’analyse et de compréhension des pierres qui sont tombées. C’est comme ça qu’on a pu rétablir la porte d’entrée de la fenderie, alors qu’au départ, on n’imaginait pas qu’on pourrait la remonter en totalité. On a retrouvé la pierre du dessus sous les gravats, complète et pas cassée.
Autre exemple : le chef de chantier est allé faire le tour des fermiers pour trouver du sable local. On utilise donc des vrais sables un peu terreux, et c’est pour ça qu’on a cette couleur de joints particulière qui correspond vraiment à ceux d’origine.

Fabien Labaisse et son père, Maurice Labaisse, de l’association Vivre en famille, propriétaire des forges de Varenne, posent devant l’ancienne fenderie en 2019. Archives Ouest-France
Quand est-ce que les travaux devraient prendre fin ?
Les travaux de la fenderie devaient être terminés entre fin octobre et début novembre. On devrait continuer sur le haut-fourneau soit immédiatement après, soit après Noël. Les travaux devraient être achevés avant l’été.
Comment voyez-vous la suite pour les forges de Varenne ?
On va remettre en eau ce bâtiment. On pourrait presque remettre des roues et faire de l’énergie hydraulique, durable et pas polluante pour produire de l’électricité, qui pourrait alimenter le site et des maisons autour. Même si le mécanisme n’est pas tout à fait celui d’origine, le principe d’utilisation de l’eau, la mise en place d’une turbine électrique pour produire de l’électricité pourrait permettre de financer ou d’entretenir ce patrimoine et tout le réseau hydraulique. Il ne faudrait pas grand-chose pour arriver à trouver un nouveau système qui serait une source d’autofinancement.
Une souscription est toujours en cours pour aider à boucler le plan de financement : www.fondation-patrimoine.org/les-projets/forges-de-varenne-champsecret