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Giel. Aux fourneaux, le confinement n’est pas de tout repos... |
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Le père Christophe Peschet a croqué, pour la chronique de frère Manu, la passion du Salésien pour la cuisine. Et ses possibles séquelles post-confinement. © Christophe Peschet
La chronique de frère Manu. Le responsable de la communauté salésienne du lycée Giel- Don Bosco ne manque pas d’occupations, pendant le confinement. Cuisine, conversations téléphoniques, réparation de vélos…
Pendant le confinement, Emmanuel Philippart, responsable de la communauté des frères salésiens du lycée Giel-Don Bosco, rédige une chronique alors qu’il se trouve cloîtré au lycée avec six autres religieux et une vingtaine de mineurs non accompagnés.
12 avril : je vous salue, de loin
« Chacun y va de son geste, du plus simple au plus farfelu. Au début, on en rit, puis cela devient vite lassant. Jean et Pierre se touchent avec leur coude, Marcel et Kevin se touchent le pied, d’autres se frottent leur derrière… Vous voyez le spectacle ! » Frère Manu a trouvé une solution plus conforme aux règles de distanciation : « Je mets ma main sur le cœur et puis je la retire en signe d’ouverture et d’accueil envers la personne saluée. Il n’y a pas de contact et le geste est universel, compris par toutes les cultures. »
13 avril : les chicons, péché mignon
Les vacances scolaires viennent de commencer, le confinement va être prolongé… « Ma première réaction fut de me dire : ça va être long ! » Alors, entre-temps de prière et tâches quotidiennes, frère Manu (originaire de Belgique) se voue à l’une de ses passions : la cuisine. « Je fus en d’autres lieux, cuisinier pendant vingt ans… » Alors, lundi de Pâques oblige – le Carême est fini, de surcroît – il nous livre le menu du jour : ce sera « en entrée, une tatin de chicons ; pardon d’endives (ah, cette belgitude !) », de la souris d’agneau (pascal) assaisonné « d’un peu de calva » et en dessert « un nid de Pâques maison à base de Forêt-Noire. » La gourmandise, un péché mignon ?
14 avril : baisse de moral
« Pourrons-nous nous rassembler à l’Ascension ? » Au lendemain des annonces présidentielles, frère Manu est préoccupé. Le cap du 11 mai charrie son lot d’incertitudes. « Quel sera l’état psychologique des jeunes, après un enfermement aussi long ? […] Pour tout un chacun, il y aura des séquelles et donc aussi pour les enseignants. Reprendre les cours demandera beaucoup de patience et de créativité pour remettre la machine en route. » Ses inquiétudes portent aussi sur la communauté des frères Salésiens de Giel-Don Bosco. « Les personnes âgées, en situation de handicap sévère ou atteintes de maladies chroniques devront rester confinées, même après le 11 mai. C’est le cas pour quatre d’entre nous, dont votre humble serviteur. […] Nous devrons être très prudents. »
15 avril : dialogue de confinés
Cette fois, frère Manu nous rapporte une étrange conversation téléphonique. Occupé à démonter des VTT, il répond à un appel, « les mains en plein dans le cambouis ». « Allô, je suis bien chez madame Françoise G. ? – Désolé, vous faites erreur. Mais, comment va votre confinement ? » Son interlocuteur lui répond : « Je trouve que c’est un temps de grâce qui me permet de prendre contact avec des personnes isolées et de les rassurer. Vous savez, je crois en un monde meilleur et j’espère que l’on tirera des leçons de ce qui a précédé la pandémie. Et vous, que faites vous, pendant votre confinement ? » Réponse de frère Manu : « Pour moi, ça se passe bien, j’habite un lycée avec six autres personnes et 21 migrants dont je m’occupe avec d’autres collègues. » « Je vois que vous faites quelque chose de bien » « Je fais juste mon métier, » renvoie le religieux. La discussion se prolonge. Puis : « Vous savez, monsieur, je suis [témoin de] Jéhovah. » Frère Manu ne se démonte pas : « Eh bien Monsieur, moi je suis catho religieux. […] Que m’importe que vous soyez [témoin de] Jéhovah, vous avez été très sympa et très humain, cela m’a touché et pour moi, c’est le cadeau de la journée. »
16 avril : conseil
Bref extrait, pour finir la semaine : « À toute chose, malheur est bon. […] Je vous propose de prendre quelques minutes chaque soir pour faire le bilan des événements de la journée et je suis certain vous allez trouver ce qui est bon dans nos temps de malheur 2020. » Chiche, on essaie ?
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