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Giel. Un confinement vachement palpitant... |
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Chaque semaine, le père Christophe Peschet croque la chronique de frère Manu. Cette semaine, les inquiétudes du prêtre salésien quant aux masques l'ont inspiré. © Christophe Peschet
La chronique de frère Manu. Lassé du confinement, notre prêtre salésien ? Pas vraiment. Les épisodes s’enchaînent, qui viennent briser la routine du lycée où vit la communauté.
Depuis le début du confinement, Emmanuel Philippart, prêtre salésien, est confiné avec la communauté et une vingtaine de mineurs non accompagnés au lycée Don Bosco de Giel. Trois passages de sa chronique quotidienne ont particulièrement retenu notre attention, cette semaine.
Un effet bœuf !
« D’habitude, elles voient passer un tracteur ou autres véhicules agricoles, bruyants et à l’odeur écœurante mais depuis quelques jours, ce n’est plus pareil… » Mais de qui parle donc frère Emmanuel ? « Le voilà qui s’amène avec un drôle d’engin, pas de bruit, pas d’odeur, juste une couleur fluo, un peu comme l’herbe tendre… » Le mystère s’épaissit. Le confinement lui aurait-il finalement dérangé l’esprit ? « Au premier passage, elles étaient étonnées. Au deuxième, c’était tout autre chose. Il est vrai que chaque fois, elles s’entendent dire : Spectacle du jour, les filles. Profitez-en ! Ça ne durera pas toute l’année ! C’est comme au tour de France mais sans caravane. Elles attendent paisiblement que leur favori débouche dans la cour. Alors le regard change, il devient pétillant, presque langoureux, elles tournent la tête pour suivre leur champion jusqu’à ce qu’il disparaisse derrière l’ancienne stabulation. » Sur son vélo, frère Manu a fière allure, comprend-on. Tant et si bien que « quelqu’un m’a dit : Arrête un peu de faire du charme ; tu vas finir par les séduire ! » Il y a là comme une exagération : « Je sais que je leur fais un effet « bœuf », mais à mon âge, vouloir me marier à une génisse, vous ne trouvez pas ça vache, vous ? »
Amour vache
Elles sont décidément les vedettes de cette chronique. Cette fois, les vaches de Giel ont fait la rencontre d’un autre membre de la communauté, adepte de la course à pied. Frère Manu file la métaphore. « Un jeune confrère, sportif, bien mis de sa personne, en temps d’enfermement se sent pousser des ailes et le voilà parti dans le fond du domaine. […] C’était sans compter sur les « demoiselles » qui s’abritaient derrière la haie du soleil bien brûlant, en ce début d’après-midi… » Alerté par un bruit suspect, ce coureur insouciant fait volte-face et « voit 25 demoiselles en liesse, heureuses de voir enfin un humain. Ils se font rares, en ce moment… »
Les génisses « se sont arrêtées net » mais frère Manu y va tout de même de son conseil : « Quand on est jeune et beau, il faut rester prudent ! »
Avancer masqué
En fait de prudence, il est une précaution qui tarabuste le narrateur. Le port du masque, dans les établissements scolaires. Sera-t-il obligatoire au lycée comme au collège ? « Faudra-t-il les garder toute la journée ? Si ce n’est pas le cas, comment procéder ? Où déposer ces masques censés être contaminés puisqu’il est recommandé de ne pas les toucher ? Comment faire avec les internes pour lessiver ces masques ? » Prière de patienter, pour y voir plus clair…
Repas œcuménique
L’anecdote, cette fois, est culinaire. Mais pas que… « Ce soir je suis de service pour gérer le repas des jeunes en Ramadan. Le coucher du soleil est à 21 h 16. J’avais commencé à réchauffer la viande en sauce venant du self, ainsi que les pâtes. Encore des pâtes ! Déjà hier, c’est toujours la même chose et elles n’ont pas de goût. En tant qu’ancien cuisinier, au fond de moi, je ne peux que leur donner raison. C’est une cuisine plus que basique, insipide, sans âme et sans amour. S’il n’y a pas d’amour dans la cuisine, alors elle ne peut pas rassembler les gens sereinement autour d’une table. Un repas a quelque chose de sacré s’il permet aux personnes qui y participent, de savourer les mets présentés et de favoriser l’échange et la convivialité. C’était loin d’être le cas. Et chacun de s’y mettre, qui d’un peu de piment, un autre d’un mélange d’épices exotiques… À chacun sa petite recette. Une odeur à faire envie, pour ne pas dire à damner un saint, envahit le foyer. Le repas est devenu une fête. Allah seul sait si pendant le Ramadan, c’est important ! »
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