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La médiathèque du quartier de Perseigne, à Alençon, « c’est un point de repère »... |
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Madani Abkram, qui fréquente la médiathèque avec ses amis, pose avec le responsable des lieux, Philippe Bacala. © Ouest-France
À Alençon, le mercredi après-midi, la médiathèque du quartier prioritaire de Perseigne est remplie d’enfants et d’ados qui se posent, jouent ou travaillent, sous l’œil attentif et bienveillant de Philippe Bacala, le responsable. Ce lieu, c’est un « point de repère ».
Un groupe de jeunes hommes, dans l’espace ados de la médiathèque du quartier prioritaire de Perseigne, à Alençon (Orne). Ils fréquentent ce lieu depuis des années. Madani Abkram, 21 ans, rejoint ses potes. « C’est un endroit du quartier pour se poser, être tranquilles. » Tous sont d’accord : « On peut jouer, lire, discuter, partager, réviser… », détaille Yassir Mezian, 17 ans. Younès Lamdasni, 17 ans aussi, approuve : « En soi, à Perseigne, il y a peu de lieux pour ça. »
« Les petits s’amusent, mais on sent aussi qu’ils s’ennuient »
D’ailleurs, il appuie : « Tout le monde galère, on n’a rien à faire, comparé aux autres quartiers. On le voit bien. Dehors, les petits s’amusent, mais on sent aussi qu’ils s’ennuient. Si on veut aller au bar en centre-ville, on va être refoulés. » Pourquoi ? « Quand on sort, on est plusieurs. En ville, on est mal vus. »
L’image négative de Perseigne, pour eux, c’est une création, alimentée par les médias : « Beaucoup pensent qu’on est à Chicago. Mais les gens d’ici ont bon cœur ! » Et justement, dans la médiathèque, il y a un homme que tout le monde salue, ou checke, pour les plus jeunes : Philippe Bacala. Il fait partie des meubles de la médiathèque. Il y travaille depuis plus de trente ans et a connu l’époque où la structure se trouvait dans la tour Pascal. Elle a déménagé en 2012.

Philippe Bacala veille sur les enfants à la médiathèque de Perseigne, le mercredi après-midi. Ouest-France
« Philippe est une figure »
C’est en partie grâce à lui que cette médiathèque est un endroit « accueillant et bienveillant », comme le dit Adrien Helie, 40 ans, ancien habitant du quartier qui continue de venir ici, notamment avec ses trois enfants. Ces derniers appellent le lieu « la bibliothèque Disney. » Ils y savourent de gros bouquins autour de cet univers.
L’homme a fréquenté la médiathèque, jeune : « C’est un lieu central, ici. Philippe est une figure, que les gens connaissent depuis longtemps. C’est rassurant pour le public. Ce n’est pas une simple médiathèque, elle a une dimension sociale et elle crée du lien. »
Yassin Nfaoui, journaliste de 28 ans à Téléfoot, sur TF1 originaire du quartier, se rappelle aussi de Philippe Bacala. Il venait à la bibliothèque quand il était môme : « Philippe, c’est une valeur sûre dans le quartier, une présence, un sourire. Mes oncles l’ont aussi connu, dès qu’on avait besoin de quelque chose sur le plan culturel, il était là. »
D’ailleurs, le mercredi après-midi, Philippe Bacala répond aux questions des enfants, calme les plus turbulents, organise le passage aux sessions jeux vidéo des impatients, donne du « mes loulous » quand il les interpelle… L’homme sait y faire. Il a souvent vu grandir les parents. Il s’amuse : « Quand les parents me disent que les jeunes n’étaient pas comme ça avant. Je leur réponds : “Vous êtes sûrs ?” » Plus sérieusement, il déclare : « Il faut toujours partir du principe qu’on a tous été enfant ou ado. »
« C’est un point de repère »
Pour lui, « c’est une médiathèque de proximité, un lieu de rencontre, de partage et de convivialité. C’est basique, mais c’est la marque de fabrique : on essaie d’être le plus proche possible du public. » Une des spécificités, ici, c’est que « beaucoup d’enfants viennent non accompagnés. C’est un des axes de travail. » S’ils pointent le bout de leur nez, c’est qu’ils sont bien ici. Et que les parents ont confiance : « C’est un point de repère, ils appellent ou viennent voir si les petits sont là. »
Les mômes vont facilement vers les ordinateurs, ou demandent souvent l’accès à la salle de jeux vidéo – limitée à une heure. Philippe Bacala y voit une opportunité. Il les oriente vers un bouquin ou leur présente l’étagère d’ouvrages neufs. Et puis, des classes viennent à la médiathèque très souvent : « On a fait 98 rendez-vous avec les écoles entre 2023 et 2024. »
« Un rôle dans le quartier »
Des fois, Philippe file un coup de pouce pour les devoirs, « mais ce n’est pas du soutien scolaire ! » Il y a d’ailleurs une salle spécifique pour travailler. Il faut y faire silence. Ailleurs, les enfants peuvent s’exprimer, sans faire trop de bruit. Il y a presque un petit côté centre aéré.
L’an dernier, 569 personnes ont emprunté un document ici, mais elles peuvent venir du réseau des bibliothèques de la communauté urbaine d’Alençon. « On a prêté entre 16 000 et 17 000 ouvrages », poursuit le responsable.
Pour lui, la médiathèque « a un rôle dans le quartier, mais il faut rester modeste ». Il n’empêche que c’est un endroit nécessaire. Et Philippe l’aime autant que Perseigne. D’ailleurs, l’homme s’interroge : « Je ne sais pas si c’est moi qui ai choisi ce quartier, ou si c’est ce quartier qui m’a choisi. » Sûrement un peu des deux.