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Le loup « mal-aimé » de la pub et le jeu vidéo « Clair Obscur » y sont nés : la recette du succès made in Montpellier... |
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La création du dessin animé du Loup « mal-aimé » à Illogic Studios. © Illogic Studios
Un loup végétarien vu dans le monde entier, un jeu vidéo qui rafle tous les prix à Los Angeles… À Montpellier, ces petits studios rivalisent avec les plus grands. Un succès qui ne doit rien au hasard.
« On s’attendait à ce que ça fasse un peu de bruit. Mais à ce point… personne ne l’avait vu venir ». Depuis la soirée Miss France, et la première diffusion de leur dessin animé dans une publicité pour Intermarché, Théophile Dufresne et sa petite équipe d’Illogic Studios sont sur un nuage.
Les tribulations tendres et drolatiques de leur loup, carnivore contrarié se convertissant aux fruits et légumes pour s’intégrer parmi les animaux de la forêt, sur l’air du « Mal aimé » de Claude François, ont été vues et partagées des millions de fois dans le monde entier. Un conte de Noël animé réalisé pour l’agence de pub Romance, qui répond à la stratégie d’Intermarché mise en place depuis quelques années qui fait de ses publicités des récits. Et un immense coup de projecteur sur un petit studio, niché en centre-ville de Montpellier, qui a travaillé six mois en réunissant une équipe de 70 artistes pour réaliser ce petit bijou d’animation « garanti sans intelligence artificielle ».
Le jeu vidéo « Clair Obscur : Expédition 33 », également montpelliérain
Jeudi, c’était au tour d’un autre petit studio montpelliérain, Sandfall Interactive, de décrocher la timbale : son premier jeu vidéo, « Clair Obscur : Expédition 33 », a raflé neuf prix sur onze aux Game Awards de Los Angeles (l’équivalent des Oscars pour le cinéma). Du jamais vu, au nez et à la barbe des géants du secteur. « Merci pour tout, vous avez changé la vie de notre studio, c’est merveilleux ! », s’extasiait Guillaume Broche, le jeune directeur du studio, sur la scène du Peacock Theater, affublé d’un béret rouge et d’une marinière, en référence à l’univers Belle Époque du jeu vidéo. Un succès planétaire vendu depuis sa sortie à plus de cinq millions d’exemplaires et qui a demandé cinq ans de travail acharné à une équipe d’une trentaine de passionnés, installés dans une grande maison de ville transformée en studio.

Le studio a travaillé six mois en réunissant une équipe de 70 artistes pour réaliser ce petit bijou d’animation « garanti sans intelligence artificielle ». Illogic Studios
« Un écosystème solide »
Ces deux réussites ne sont pas nées à Montpellier par hasard : depuis que le géant Ubisoft y a ouvert un studio en 1994 pour développer le mythique jeu « Rayman », cette ville du Sud est devenue une terre fertile pour les industries culturelles et créatives (audiovisuel, cinéma, animation et jeux vidéo).
Elles emploient 3 500 équivalents temps plein, selon la Métropole de Montpellier qui mène, tout comme la Région Occitanie, une politique de soutien actif au secteur. « Nous sommes une des villes les plus attractives de France dans ce domaine, avec un écosystème solide », se réjouit Dominique Peyronnet, directrice de l’école d’animation et d’effets spéciaux ArtFx à Montpellier. « Que ce soit dans le cinéma d’animation ou dans le jeu vidéo, on trouve les effets spéciaux, les studios d’enregistrement, tous les éléments qui permettent de produire de A à Z ». Elle estime que le secteur des jeux vidéo fait travailler à lui seul à Montpellier « 1 300 à 1 500 personnes dans une quinzaine de studios. À côté d’Ubisoft, ce sont surtout des petits studios indépendants qui proposent des sujets qualitatifs et qui n’ont pas peur d’oser ».
Des écoles « qui forment à nos métiers »
Plusieurs de ces studios ont été lancés par des anciens d’Ubisoft : c’est le cas de Sandfall Interactive, qui vient de triompher à Los Angeles, mais aussi de DigixArt, créateur du jeu vidéo d’aventure Road 96, grand succès en 2021. Le secteur de l’animation bénéficie lui aussi à plein de l’écosystème montpelliérain. « La plupart des artistes qui travaillent pour nous sont des intermittents », explique Théophile Dufresne, le directeur d’Illogic Studios, qui a choisi Montpellier « pour la qualité de vie et toutes ces écoles qui forment à nos métiers ». « Avec le nombre de studios à Montpellier, ils peuvent travailler six mois dans l’un, deux mois dans l’autre, en fonction des projets ». Après la belle histoire du loup de Noël, l’équipe d’Illogic planche sur un projet de long métrage d’animation. Quant au jeu vidéo « Clair Obscur », il pourrait être adapté sur grand écran.