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Le président des Restos, Normand au grand cœur... |
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Patrice Blanc. © frédérique jourdaa
Né en 1947 à Cherbourg, Patrice Blanc tient la barre des Restos du Cœur après un parcours militant et solidaire sans faille.
Portrait
ll y a dans tout Normand, un marin qui sommeille. Comment pourrait-il en être autrement pour Patrice Blanc, né il y a soixante et onze ans à l’hôpital maritime de Cherbourg, d’un père engagé dans la Royale et d’une mère qui éleva neuf enfants, dont huit garçons. Patrice Blanc était le 6e de la fratrie. « J’ai toujours eu une attirance pour les relations humaines et le travail collectif. » Il n’imaginait pas alors que les Restos du Cœur existeraient un jour et encore moins qu’il en deviendrait président, car, si les temps étaient rudes à Cherbourg, après-guerre, il y avait du travail pour tous. « À la fin de mes études, on m’a embauché sans difficulté au premier job auquel je me suis présenté. »
Expédition extrême
Modeste, Patrice Blanc ne dit pas qu’il sortait alors d’HEC, grande école de commerce. Le cœur à gauche, il mène une carrière discrète dans le monde coopératif agricole pour commencer, puis comme directeur de Bioforce, une école lyonnaise fondée par Charles Mérieux pour enseigner la logistique humanitaire. Dans cette cité HLM de Vénissieux, le futur patron des Enfoirés enseignait alors à ses élèves comment mener une expédition dans les pays du tiers-monde en situation extrême.
C’est là que Véronique Colucci, femme de Coluche, est venu le chercher en 1999 pour l’aider à transformer les Restos du Cœur, en tant que bénévole. « Je n’avais pas connu Coluche, mais j’avais eu un choc quand je l’avais vu remettre un gros chèque à l’abbé Pierre en 1986. Il se servait de son image pour construire », se souvient Patrice Blanc. Patiemment, le Manchois s’attelle à la tâche, construisant une à une les ramifications de l’organisation qui réunit aujourd’hui autour d’une association nationale 101 entités indépendantes dans les départements.
« Le repas chaud, c’est la part visible »
Cet enracinement est le gage à la fois de la motivation des 72 000 bénévoles et de la diversité de l’aide apportée (colis de nourriture, mais aussi conseils financiers, aides pour redémarrer à l’emploi, cours de français ou de cuisine, ou encore places de cinéma, de musée, visites dans les monuments). « Le repas chaud, c’est la part visible,
Savoir tout faire
La misère, la détresse, Patrice Blanc les a aussi regardées dans les yeux auprès de la défenseure des enfants, Claire Brisset, dont il a été le secrétaire général de 2000 à 2007 avant de finir sa carrière comme juge d’instruction à Créteil (Val-de-Marne). L’heure de la retraite venue et ses quatre enfants élevés, le Normand a repris du service d’abord comme secrétaire général des Restos du Cœur en 2014 avant d’en prendre la présidence deux ans plus tard.
Pas facile de tenir la barre de cette arche de Noé quand les inégalités ne cessent d’augmenter. Il faut savoir tout faire, y compris aller réclamer auprès des élus, chefs d’entreprise et dirigeants les fonds pour aider les 9 millions de démunis en France. Pourtant Patrice Blanc retrouve dès qu’il le peut les ciels magnifiques de la Normandie, entre Barneville et Granville où réside sa famille.
(*) Pour devenir bénévole, aider les Restos au Cœur www.restosducoeur.org.