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Orne. Après 11 ans de travail, son Hot Rod rutilant est enfin terminé... |
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En fonction de la luminosité, les reflets de la Hot Rod ne sont jamais les mêmes. © Ouest-France
Il lui aura fallu onze années pour réaliser son rêve : une Ford A transformée pour devenir un Hot Rod. Pascal Desvoies, habitant Chanu, près de Flers, dans l’Orne, a réalisé ce travail de fourmi après le cadeau d’une épave, en 2009.
« Là on m’a offert un cadeau empoisonné… » C’est ce que se dit Pascal Desvoies, habitant de Chanu, près de Flers (Orne), au premier abord, lorsqu’en 2009, famille et amis lui offrent une Ford A des années 30, pour ses 50 ans. « J’avais pour idée de réaliser un Hot Rod, là , j’étais mis au pied du mur ! Ils n’avaient pas trop de doute sur le résultat final que je souhaitais obtenir. »
Un Hot Rod, c’est une automobile américaine réparée et transformée, avec un moteur surgonflé et un pavillon abaissé, en gardant l’aspect de la carrosserie d’origine. Les modèles de prédilection : les voitures américaines des années 20 aux années 50, bien souvent des Ford modèle T, A ou B.
Pascal travaille en tant qu’ajusteur fraiseur le matin. Il a donc toutes ses après-midi de libre, et les samedis. « Jamais le dimanche », souligne-t-il. Il est désormais à la retraite.
En 1985, il avait réalisé avec un copain une Juvaquatre en custom, puis préparé une 2 CV en 2007, pour un raid en Tunisie. Mais là , c’était un tout autre défi !
« Comme si on conduisait dans une boîte aux lettres »
« Le démontage ce n’est pas facile, c’est tout rouillé ! » Pascal Desvoies garde une partie du châssis. Puis vient l’implantation des trains, du moteur, par rapport à la carrosserie, et celle de l’entraxe des roues, par rapport aux ailes. « C’est compliqué à expliquer, car ce sont des enchaînements logiques . Parfois on avance, parfois on recule. »
Suivent beaucoup de réflexions et de croquis pour imaginer les transformations, puis la recherche des éléments, au fur et à mesure des besoins.
Pascal opte pour Jaguar pour le train avant et le pont. Le moteur, c’est un V8 Rover 2,5 l (presque 200 chevaux) et la boîte de vitesses, c’est une Rover. « J’ai fait une cloche d’embrayage après de multiples essais, cela ne marche pas du premier coup ! »
Puis vient le temps de présenter la carrosserie, raccourcie en hauteur de 7 cm « pour l’aérodynamisme, de façon à avoir un petit pare-brise, un peu comme si l’on conduisait dans une boîte aux lettres ! »
Des recherches pour coller à l’époque
Le toit ouvrant panoramique provient d’une Twingo. Les ailes sont élargies de 10 cm, à cause des pneumatiques. Au moment de présenter la caisse, le moteur gênait, « j’ai donc allongé le capot de 10 cm et avancé la calandre ». Facile à dire !
Le faisceau électrique n’aura pas été de tout repos non plus. Et tous les vitrages sont neufs.
Pascal a façonné beaucoup de pièces lui-même. Pour cela, il a eu de l’aide et des apports de connaissances. « J’ai passé beaucoup de soirées pour résoudre les multiples difficultés. Et j’ai fait beaucoup de recherche, afin de rester dans le style de l’époque . »
Cerise sur le gâteau : Pascal a une conduite assistée, « c’est préférable à cause du poids ». Et il s’est fait un petit plaisir : le train avant est sur boudins pneumatiques, « c’est plus facile pour passer les ralentisseurs » !
Démontage… puis remontage
Quand on arrive vers la fin et que tout est installé, c’est l’étape du… démontage complet. Pour la peinture. « Le plus délicat, en réalité, vient après. C’est le remontage de l’ensemble et surtout sans rien abîmer. »
La partie haute est peinte en blanc nacré. Le bas, c’est un rouge rubis, avec des reflets noirs. Il y a sept couches : l’apprêt (peint en blanc), puis du noir, du gris, du rouge et deux couches de vernis, avec un ponçage entre chaque couleur. Il n’y a pas une vis qui n’a pas été peinte ou polie sur la voiture.
Les anecdotes fusent en parcourant le book réalisé au fur et à mesure. C’est une somme de travail et de temps passé qui est difficile à chiffrer. Il aura fallu onze années à Pascal pour que le Hot Rod soit terminé !
Il ne l’a pas fait expertiser pour connaître sa vraie valeur ; sentimentale certainement.
« C ’est une belle aventure, je ne regrette pas. Maintenant, j’en suis un peu esclave, je ne peux pas la laisser n’importe où ! »
Et quand on lui demande s’il a un autre projet en tête : « éventuellement, mais pas un si gros chantier, je ne veux pas en prendre encore pour dix ans ! »