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Pour sa 6e prise d’otage en détention, Francis Dorffer condamné à huit ans de prison... |
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« Dorffer devrait être libre ! », a proféré Me Thomas Hellenbrand, avocat du détenu jugé pour sa sixième prise d’otage en détention. © CAMILLE SKRZYNSKI
En détention depuis vingt-quatre ans et libérable en 2060, Francis Dorffer voit sa peine de prison allongée de huit ans. La cour d’assises l’a condamné pour avoir séquestré deux surveillants du centre pénitentiaire d’Alençon-Condé-sur-Sarthe (Orne), le 11 juin 2019. Au cours du procès, l’accusé a promis qu’il ne ferait pas de septième prise d’otage.
« Je ne ferai plus jamais de prise d’otage en prison. » La cour d’assises de l’Orne peut-elle croire la promesse de Francis Dorffer, alors même qu’il est jugé pour sa sixième prise d’otage en milieu carcéral, ce vendredi 20 septembre 2024 ? Avait-il émis une telle promesse après les faits de Nancy en 2006 ? Clairvaux en 2009 ? La Santé en 2010 ? Poissy en 2011 ? Ensisheim en 2017 ?
Détenu depuis ses 16 ans pour viol, meurtrier d’un codétenu en 2003, Francis Dorffer a aujourd’hui 40 ans et n’est jamais sorti de prison. Il assure : « J’ai changé. Le principal déclencheur, c’est après cette dernière prise d’otage. Mon fils de 14 ans m’avait dit qu’il ne veut pas que je me fasse tuer, il veut vivre des choses avec moi. » Libérable en 2060, encourant la réclusion à perpétuité, le détenu garde tout de même l’espoir de sortir un jour.
Il avance avoir pris conscience du mal causé aux otages, même sans heurt physique. « Je vous représente mes excuses. Je vous souhaite de vous rétablir. » Ne supportant plus ses conditions d’incarcération au centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe, l’homme avait séquestré deux surveillants, le 11 juin 2019, pour exiger un transfert près de sa famille, en Alsace.
Lire aussi : « Je n’avais pas envie de mourir » : les otages de Francis Dorffer témoignent aux assises de l’Orne
Quatorze ans de prison requis
Amandine Bogaert, avocate générale, le reconnaît : « La prison n’est pas du tout un club de vacances » et « Condé-sur-Sarthe accueille les détenus les plus dangereux ». Néanmoins, « ce n’est pas non plus le bagne ». Elle estime que l’accusé « se victimise » : « Dire que c’est la faute de l’administration pénitentiaire, c’est faux : il y a 76 000 détenus en France, pour 61 000 places. Pourquoi les cours d’assises ne sont pas pleines de ces détenus ? Parce que le dénominateur commun des procès de Francis Dorffer… c’est Francis Dorffer. »
Avait-il vraiment réalisé le mal fait aux victimes ? « Il avait déjà comparu quatre fois devant des cours d’assises : il a entendu les précédentes victimes. Et pourtant, il recommence ! » La procureure avertit les jurés : « Ce sont les mêmes éléments de langage. Il n’y a pas de cheminement. Il transgresse les règles, c’est sa manière de se sentir vivant. S’il est calme en prison depuis cinq ans, c’est parce qu’il est plus encadré. » Elle requiert quatorze ans de réclusion criminelle.
« Il recommencera »
Qu’en pensent les victimes ? « Ma cliente ne croit pas une minute qu’il va arrêter, communique Hélène Thieulart, avocate de la surveillante de 26 ans. Il recommencera tant qu’il s’estimera victime de l’administration pénitentiaire. »
Son collègue otage, âgé de 55 ans, partage un autre point de vue à travers son avocate, Me Anne-Sophie Rodrigues Da Silva : « Il croit en sa possibilité de rédemption. » Elle estime que la perpétuité n’aurait pas d’intérêt pour la société : « S’il pense que les peines n’ont plus de sens, qui va souffrir ? Les surveillants. »

Me Hélène Thieulart et Me Anne-Sophie Rodrigues Da Silva, avocates des otages. CAMILLE SKRZYNSKI
« Dorffer devrait être libre ! »
L’avocat de toujours du détenu, Me Thomas Hellenbrand, va même plus loin en affirmant : « Dorffer devrait être libre ! Et il lui resterait 45 ans de prison à faire ! Alors qu’aucune goutte de sang n’a jamais été versée durant les prises d’otage ! » La défense rappelle, encore, que « la prise d’otage commence sans violence et se termine sans violence. Il faut prendre ça en considération par rapport aux victimes d’autres prises d’otage qui ont été maltraitées, agressées, humiliées, violées… »
L’avocat évoque alors la « vie de misère » de son éternel client : parents alcooliques, violents et négligents ; à ses 8 ans, décès de sa sœur qu’il admirait ; placement en foyer… Avant que la prison ne devienne « son nouveau système éducatif ».
« Préserver la peine de son sens »
Malgré tout, son client aurait évolué : « Lors du procès pour meurtre il y a vingt ans, il crachait au visage des juges dans sa façon de s’exprimer, c’était un chien enragé. » Pas le personnage calme qui se trouve aujourd’hui dans le box.
La cour a pris en compte tous ces éléments : sa « nouvelle dynamique en lien avec son âge et sa paternité », son « histoire de vie », ses « regrets et remords ». Mais également « ses antécédents judiciaires », son « attitude de victimisation à faire peser la responsabilité de ses actes sur l’administration pénitentiaire » et la « gravité des faits ». C’est pourquoi il est condamné à huit ans de prison, « de nature à préserver la peine de son sens ». L’audience suspendue, Francis Dorffer a adressé un sourire à son avocat.