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Près d’Argentan. Une plateforme logistique sous surveillance... |
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La plateforme Distriservices, dépendant de la coopérative Agrial, a ouvert en 2014, à Argentan et fait partie des trois sites ornais classés Seveso seuil haut. © Ouest-France
Le site de Distriservices, dépendant d’Agrial, à Sarceaux, est un immense entrepôt de 35 000 m² autorisé à stocker, entre autres, des produits agro-pharmaceutiques. Ce qui lui vaut d’être classé site Seveso seuil haut, comme l’usine Lubrizol qui a brûlé à Rouen.
La classification Seveso s’applique à des installations industrielles où sont utilisées ou manipulées des matières dangereuses. La réglementation prévoit deux seuils, bas et haut, en fonction de la quantité et du type de substances répertoriées dans ces sites.
Ce référencement induit des mesures de sécurité et des procédures telle la mise en place, par la préfecture, d’un plan particulier d’intervention en cas de sinistre, assorti de moyens de secours importants.
Trois installations sont référencées « Seveso seuil haut » par la préfecture de l’Orne (environ 700 le sont, en France) : Distriservices, à Sarceaux ; Produits chimiques auxiliaires et de synthèse (Couterne) ; et Antargaz Finagaz (Le Merlerault).
L’usine Lubrizol, où s’est produit un incendie, jeudi, fait également l’objet d’un tel classement.
Pourquoi la plateforme Distriservices est-elle concernée ?
Le site, inauguré en 2014, emploie une centaine de personnes et assure pour la coopérative agricole Agrial le stockage et la distribution de produits destinés à 200 points de vente, dans l’ouest de la France.
Y sont entreposés des semences ou encore des outils de jardinage mais des produits agro-pharmaceutiques peuvent aussi y être stockés (dans la limite d’un volume de 2 000 t) ainsi que des aérosols. Ce sont ces produits et leur dangerosité qui justifient la classification Seveso du site.
Quels sont les risques ?
Le risque principal identifié par la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) est celui d’un incendie et des dégagements de fumées toxiques qu’il pourrait engendrer, en premier lieu pour les salariés intervenant sur le site.
Des cellules spécialisées ont été aménagées pour accueillir les produits classés et l’entrepôt est équipé de murs coupe-feu. Le site est protégé par un système d’extinction automatique d’incendie et le personnel a été formé aux risques chimiques et aux procédures d’urgence.
Comment est encadrée l’activité du site Seveso ?
La Dreal inspecte régulièrement la plateforme : son dernier passage remonte à mars 2019.
Une commission de suivi réunit une fois par an les exploitants du site, des représentants de l’État et des collectivités concernées, des riverains et des associations de protection de l’environnement. La dernière réunion remonte au mois de février 2019.
Des exercices mobilisant les secours sont organisés tous les trois ans. La dernière initiative de ce type, à Sarceaux, date de juin 2018.
Comment la population est-elle protégée des risques ?
Lors de la dernière commission de suivi, en février, Gilles Tresse, un riverain, avait interpellé les exploitants du site sur cette question. À laquelle il avait été répondu que « les effets graves [en cas d’accident industriel, N.D.L.R] sont strictement cantonnés à l’intérieur du site » et que « seule une fumée incommodante peut s’échapper et gêner la population. »(1)
Tanguy Lemaire, responsable sécurité environnement de Distriservices, avait ajouté : « La commune de Sarceaux n’est pas concernée par les risques majeurs. » La société a néanmoins acheté les 40 ha entourant le site « pour limiter les effets indésirables et les risques pour la population. » (1)
Un périmètre de sécurité de 200 m, délimitant la « zone à risque », a été intégré au plan particulier d’intervention.
Des inquiétudes subsistent-elles ?
Le projet d’implantation de la plateforme n’a pas toujours fait l’unanimité. Une association de riverains, qui s’est dissoute depuis, s’était même constituée à l’époque pour attirer l’attention sur ce risque industriel.
Cinq ans plus tard, Gilles Tresse soupire : « On n’est jamais totalement rassuré quand on vit à proximité de ce genre de site. Je trouve que la population n’a pas vraiment été informée des risques. »
Michel Horn, président du groupement régional des associations de protection de l’environnement de Normandie, fronce aussi les sourcils : « En sortant de la commission, j’ai remarqué un lotissement en construction, à 500 m du site. Est-ce bien raisonnable ? »
C’est en tout cas réglementaire : « Le stockage de ces substances est totalement sécurisé et la dangerosité n’est pas telle qu’il faille prendre des mesures d’inconstructibilité aux abords de la plateforme », indique Michel Lerat, vice-président d’Argentan Intercom chargé de l’urbanisme.
Une brochure est disponible en mairie de Sarceaux, prodiguant des consignes au cas où un sinistre se produirait. La sirène qui alerterait alors la population résonne, en guise de test, chaque premier mercredi du mois.
(1) Rapport (préfectoral) de la commission de suivi de site du 22 février 2019. Il ne nous a pas été possible de joindre le responsable sécurité environnement de Distriservices, ce lundi.