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RÉCIT. 80e D-Day: «Un véritable enfer» en forêt d’Écouves en 1944, le char Montereau est détruit... |
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Le char Montereau a été neutralisé le 12 août 1944 en forêt d’Écouves. © Ministère de la Défense / ECPAD
Le 12 août 1944, après la libération d’Alençon (Orne), le char Montereau est engagé dans les combats opposant la 2e Division blindée de Leclerc à l’armée allemande. Le blindé est mis hors de combat dans un duel face à un char allemand dans la forêt d’Écouves. Quatre-vingt ans après, le char a été préservé grâce à une association œuvrant pour continuer de faire vivre les mémoires de la Seconde Guerre mondiale.
À l’occasion du 80e anniversaire de la fin de la Bataille de Normandie, Ouest-France et le conseil départemental de l’Orne vous proposent de découvrir un dossier de onze articles consacré à l’événement.
12 août 1944. Les habitants de la ville d’Alençon (Orne) célèbrent la Libération. Le général Leclerc pose sa chaise et prend ses quartiers rue du Pont-Neuf, le temps de faire le point avec son état-major sur la situation. Ses hommes sont entrés dans la nuit par le sud pour prendre possession d’Alençon, première ville de France libérée par la 2e Division blindée. Les garnisons allemandes ont évacué vers le nord en direction de la Poche de Falaise-Chambois qui se resserre au fur et à mesure que les Alliés progressent en Normandie.
Depuis quelques jours, la 2e DB est lancée dans une vaste offensive depuis Le Mans pour encercler les restes de la 7e armée allemande. Pour cela, Leclerc bénéficie de chars Sherman. Le blindé américain constitue la principale arme offensive de l’infanterie au cours de la Libération. Le Montereau figure dans l’un des trois groupements tactiques de la Division Leclerc.
En première ligne après la libération d’Alençon
Assemblé en 1942 aux États-Unis, le blindé débarque en France début août 1944. À son bord, cinq hommes arrivent avec un long entraînement de manœuvres réalisé en Afrique française du nord et en Angleterre. Le chef de char Jules Jamette est accompagné de l’aide-pilote Félix Wicinsky, le pilote Louis Tréguer, le tireur Jean Moracchini et l’officier radio Emile Fray. « Le char est placé dans le 501e régiment de chars en réserve. Il ne combat pas avant d’arriver à Alençon le 12 août 1944 », retrace Alexandre Delalande, bénévole de Garand de la mémoire, une association qui a participé à la restauration du Montereau.
Après la libération d’Alençon, le blindé passe en première ligne. L’objectif de Leclerc est d’avancer vers le nord en piégeant les Allemands retranchés dans la forêt d’Écouves. Une offensive est menée au sud du massif forestier, à hauteur de Saint-Nicolas-des-Bois mais elle est neutralisée par l’armée allemande. Le Montereau passe par Sées puis prend la direction de la route de Carrouges avant de s’engager dans la forêt. « L’équipage atteint en fin de journée le carrefour de la Croix-Médavy, il passe en tête dans la descente en direction de Saint-Nicolas-des-Bois », poursuit Alexandre Delalande.
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Félix Wicinsky meurt dans le combat
Mais après deux kilomètres, le blindé français est touché par cinq tirs venant d’un Panzer IV, embossé dans un virage. « Le premier obus “réveille” l’équipage sans faire de dégât, décrit le bénévole. Puis, un deuxième tir du Panzer touche la tourelle. » Dans ce duel, l’équipage tente de défendre coûte que coûte mais les derniers tirs percent le blindage et l’un des obus termine sa course dans le moteur qui finit par prendre feu. « Le char ne plus bouger, Félix Wicinsky est blessé. Il couvre ses équipiers pour qu’ils sortent du char. Il y laisse sa vie dans ce combat. »

Le char a été touché par cinq obus durant la bataille face à un char allemand dans la forêt d’Écouves. Ouest-France
Le reste de l’équipage parvient à se sauver, laissant le Montereau en flammes dans la forêt d’Écouves. « Félix Wicinsky est mort dans ce char, c’est son cercueil », rappelle Alexandre Canada-Bueno, président de Garand de la mémoire. Dans son carnet, le lieutenant allemand Karl Kwasnitschka, à la tête du régiment de Panzers indique qu’en forêt d’Écouves, « se forma un véritable enfer, marqué par un jour de combat violent et des tirs rageurs ».
Au cœur du 80e anniversaire de la Libération
Quatre-vingt après, le Montereau figure au patrimoine de la Libération en Normandie. Le blindé récupéré par la délégation militaire départementale de l’Orne a été conservé puis récemment rénové pour les commémorations du 80e anniversaire.

Le char Montereau a été rénové par l’association Garand de la mémoire, entre janvier et mai à Alençon (Orne). Archives Ouest-France
L’association Garand de la mémoire a participé à sa restauration en renouvelant les galets des chenilles. Cet investissement a été rendu possible grâce à de nombreux mécènes. « Voir ce char rouler à nouveau dans sa couleur d’époque, c’est un rêve d’enfant qui se réalise », se réjouit Alexandre Canada-Bueno.
Après avoir participé aux festivités du 14-Juillet à Paris, le Montereau réempruntera la route Leclerc de la Sarthe à l’Orne début août. Il passera à Alençon (12 août), Carrouges (13 août), Écouché-les-Vallées (13 août au soir), Ciral (14 août), Sées (16 août au soir et 19 août matin) et Exmes (commune déléguée de Gouffern-en-Auge, 19 août).
Article réalisé dans le cadre d’un partenariat rémunéré.