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REPORTAGE. «Ce dépotoir attire les asticots»: à Alençon, ils travaillent pour garder la ville propre... |
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Christopher Mauvalais et Andy Lacourt nettoient les points de collecte d’Alençon. © Ouest-France
Encombrants, poubelles non conformes, dépôts sauvages… Les déchets sont devenus problématiques à Alençon (Orne) et dans les communes voisines. Des agents de la propreté s’occupent de nettoyer les rues et trier les sacs à la place des habitants. « Ouest-France » a suivi deux tournées. Immersion.
« Si on devait le classer, il est numéro 1. C’est le plus gros point noir du quartier. » 7 h 45, un jour d’été 2025 dans le quartier de Courteille d’Alençon (Orne). Le camion de Christopher Mauvalais, Alexis Boblet et Andy Lacourt s’arrête au pied de la tour Charcot.
Sous leurs yeux, un monticule de déchets jonche le sol autour des conteneurs de ce point d’apport volontaire. « Venez voir, ce dépotoir attire les asticots. Ça grouille sous les sacs », indique Andy Lacourt. « C’est comme ça toutes les semaines, j’avoue qu’il y a mieux pour commencer le boulot », embraye son collègue Christopher Mauvalais. Le trio n’est pas au bout de ses surprises. Des excréments mêlés à de la nourriture sont découverts sous le ramassage des sacs effectués par les agents du service propreté d’Alençon.
« Le pire dépôt du quartier »
« C’est le pire dépôt du quartier, on va y passer un petit moment pour remettre les sacs dans les conteneurs et nettoyer les lieux, développe Alexis Boblet, 32 ans. Le problème, c’est qu’il y aura à nouveau des déchets dans l’après-midi. » Le quotidien se répète toutes les semaines pour ces trois agents, qui gardent le sourire et le moral dans leur collecte à Courteille.
Toute la matinée, ils passent en revue la quinzaine de points d’apport volontaire du quartier. « Notre mission principale, c’est le nettoyage des rues et le désherbage des espaces verts dans Alençon. Une fois par semaine, on va à Courteille remettre les sacs-poubelles des habitants dans les conteneurs et ramasser les encombrants pour les mettre en déchetterie. C’est à l’habitant de faire tout ça. Beaucoup de personnes s’en foutent et laissent leurs déchets à l’air libre », souffle Andy Lacourt, 37 ans.

Les agents d’Alençon ramassent souvent des matelas laissés dans les rues. Ouest-France
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« C’est la saison des déménagements »
Ce gaillard, douze ans d’expérience, a vu la situation des déchets se dégrader ces dernières années. Exemple dans la rue Jean-Mermoz. Un matelas a été déposé dans un buisson à côté des conteneurs. « On en trouve plein, affirme Christopher Mauvalais. En ce moment, c’est la saison des déménagements. Les gens font le tri, déposent la literie dans la rue et s’en vont. » Parfois, c’est de l’électroménager qui termine dans la benne du camion. « On transporte des frigos, des lave-linge… Heureusement qu’on est trois », prolonge son collègue Alexis.

Claude Piel, agent du SEP, est exaspéré de voir des dépôts sauvages autour d’Alençon. Ouest-France
Au bout d’une heure, les agents ont nettoyé cinq points d’apport volontaire. Leur benne est presque remplie. « On va aller peser tout ça, je pense qu’on est encore sur une bonne tournée », indiquent les trois hommes. Résultat au quai de transfert des déchets de Valframbert : 240 kg. « C’est pas mal, note l’un des agents. Notre record pendant une tournée, c’est 1,1 t. »
Depuis le début de l’année, les agents de Courteille ont ramassé près de 12 t d’encombrants. La pesée est obligatoire depuis un an pour permettre à la Communauté urbaine d’Alençon d’avoir des chiffres.
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« On ramasse une quantité astronomique »
La collectivité travaille avec le service environnement propreté (SEP) dans la collecte des points d’apport volontaire et aussi le ramassage des encombrants. En périphérie de la ville, la situation n’est guère mieux. Elle exaspère Claude Piel, agent depuis trente-cinq ans au sein du SEP. « Les gens voient que le conteneur des ordures ménagères est plein. Ils ne font pas l’effort de déposer leur sac cinq mètres plus loin, dans l’autre conteneur. C’est désespérant », souffle le technicien, entre deux coups de balai, au point de collecte de Semallé.
La SEP facture ses prestations de nettoyage des lieux à la collectivité. « Cela représente entre trente et quarante heures de travail par mois, estime Charlène Audou, attachée d’exploitation au SEP. Nos collègues nous préviennent quand le point de collecte est jonché de sacs et d’encombrants. On ramasse une quantité astronomique. »
Face à cette problématique, la collectivité a décidé de taper au portefeuille des auteurs des dépôts sauvages. Joaquim Pueyo, le maire et président de la communauté urbaine, a pris un arrêté pour exploiter des caméras de vidéoprotection afin de verbaliser ceux qui ne respectent pas les règles de tri. « Il faut passer par là , estime Andy Lacourt. La situation des déchets s’est dégradée. Des amendes permettraient de dissuader. »