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REPORTAGE. « L’homme est partout » : aux racines de la forêt d’Écouves, avec Nicolas Blanchard... |
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Nicolas Blanchard fait découvrir au public ses recherches sur l’exploitation du charbon de bois en forêt d’Écouves. © Ouest-France
Doctorant ayant pour objet d’étude la forêt d’Écouves, Nicolas Blanchard fait découvrir au public l’histoire du massif forestier ornais, situé près d’Alençon. Une manière de comprendre l’activité humaine dans cet espace naturel.
Les sorties organisées par l’office de tourisme d’Alençon (Orne) pendant la période estivale prennent de la hauteur. Aux portes d’Alençon, dans la commune du Bouillon, Nicolas Blanchard a donné rendez-vous à une quinzaine de curieux prêts à s’engouffrer dans la forêt d’Écouves.
Les bottes et les imperméables sont de sortie, le thermomètre dépasse à peine les 12 °C. « C’est la première fois que je fais cette balade dans ces conditions », déclare en guise d’introduction le chercheur à l’université de Rouen (Seine-Maritime) qui étudie pour sa thèse les traces d’anthropisation du massif.
Une forte activité de charbonnage
Nicolas Blanchard emmène le groupe sur un nouveau circuit de 5 km. « Il s’agit de montrer en quoi l’homme est partout dans un espace naturel marqué par l’exubérance de la végétation. »
Preuve en est, la boucle démarre sur la route forestière du Bois d’Aché. Les premiers rayons de soleil font leur apparition lorsque le guide forestier s’arrête devant son objet d’étude : la plateforme de charbonnage. Carte en mains, Nicolas Blanchard expose la « forte densité » des sites d’exploitation des taillis : 9 422 au total.

La balade organisée par Nicolas Blanchard et l’office de tourisme d’Alençon (Orne) part à la recherche de l’activité humaine en forêt d’Écouves. Ouest-France
Des bornes pour « marquer le territoire »
Le massif domanial de 8 200 ha est l’un des plus importants centres d’activité de France et d’Europe. « Le charbon servait à alimenter les nombreuses forges et verreries de la région. » Les visiteurs, dont la plupart sont des locaux, repartent avec des fragments du combustible et un zeste de savoir archéologique.
La balade continue en lisière de la forêt ornaise. Sous l’Ancien régime, des bornes clôturaient le domaine royal. « Pour la majorité, elles étaient payées par des habitants qui avaient des parcelles extérieures. » À cela s’ajoute un fossé de limite de 80 km creusé au XVIIe siècle sous ordonnance de Colbert. « Malgré l’absence de sources écrites, ces éléments montrent bien que les hommes voulaient marquer leur territoire », insiste le géo-historien.

Nicolas Blanchard étudie les formations toponymiques autour de la forêt d’Écouves. Ouest-France
La toponymie en ligne de front
La vie rurale est aussi bien présente à travers la toponymie des lieux-dits aux suffixes en -erie et -ières. « Ce sont des enclaves de défrichement qui forment des lignes de front tout autour de la forêt », explique l’expert de la cartographie.
Les deux heures et demie de marche se concluent par une dernière remontée en forêt. L’occasion d’apercevoir les modifications apportées par les humains dans le paysage forestier. « Le massif a fait l’objet d’un enrésinement intensif au XIXe siècle pour repeupler le minimum forestier. »
Au terme de cette excursion sous des conditions automnales, les randonneurs regagnent leur véhicule avec de belles anecdotes à raconter sur l’une des forêts les plus vastes de la région normande.
Samedi 14 août, une balade sur les traces du peintre Georges Lacombe a lieu. Départ à 9 h 45 au parking des rochers du Vignage pour 4 km de randonnée. Durée : trois heures. Inscription à l’accueil de l’office du tourisme d’Alençon, par mail à contact@visitalencon.com ou au tél. 02 33 80 66 33.