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TÉMOIGNAGE. 80e D-Day : quand un prêtre français risquait sa vie pour soigner des soldats allemands... |
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Peter Murbe, pasteur protestant à Lobnitz (Allemagne), était artilleur dans la Wehrmacht lorsqu’il participa aux combats pour la poche de Falaise-Chambois. © Archives nationales américaines
Au cœur des combats de la poche de Falaise-Chambois, le 20 août 1944, un soldat allemand aperçoit un prêtre français risquer sa vie pour soigner, sans distinction de nationalité, les blessés. Inspiré par cette vision, il entra dans les ordres au lendemain de la guerre.
À l’occasion du 80e anniversaire de la fin de la Bataille de Normandie, Ouest-France et le conseil départemental de l’Orne vous proposent de découvrir un dossier de onze articles consacré à l’événement.
Peter Murbe, pasteur protestant à Lobnitz (Allemagne), était artilleur dans la Wehrmacht, au régiment 363, le 20 août 1944, lorsqu’il a vécu cette scène qu’il décrit dans la poche de Falaise-Chambois (Orne).
« Si ça pouvait finir ! Si je pouvais survivre à ce jour »
« Les obus venant de partout nous forçaient d’aller à toute vitesse, dans les prés, tirant des attelages de chevaux et des obusiers derrière nous. […] J’étais dans le fossé, je ne pouvais que penser : “Si ça pouvait finir ! Si je pouvais survivre à ce jour !”.»
« Le ciel était bleu et le soleil de ce jour d’août brillait sur les champs de bataille. C’est à ce moment que je l’ai vu : figure curieuse crevant le rideau de fumée qui courait sur le champ de bataille. »
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« Je n’en crois pas mes yeux. C’est un prêtre ou un religieux, habillé avec un froc noir ou brun protégé par un casque français en acier. Sur une épaule, il porte une quantité de bidons, sur l’autre une boîte à pansements. S’arrêtant auprès de nos camarades blessés, il se met à genoux, donne à boire, soigne leurs blessures, leur adresse quelques mots et continue allant au prochain. »

Une scène de désolation après les combats pour la Poche de Falaise-Chambois. IWM
« Le Bon Samaritain, je l’ai rencontré sur le champ de bataille »
« C’est incroyable : un prêtre français s’occupe de nos camarades, des Allemands détestés, qui ont apporté la guerre et la misère, et qui sont coupables d’avoir détruit leurs villes et leurs villages, d’avoir tué leurs compatriotes. Autour de lui, les obus tombent sur le pré, le prêtre inconnu continue et nous le perdons des yeux. »
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« L’année suivante, en prison en Belgique, lisant la parabole du Bon Samaritain dans le Nouveau Testament, je me suis dit que moi, le Bon Samaritain, je l’avais rencontré sur le champ de bataille près de Saint-Lambert. Merci cher frère de Saint-Lambert, j’aimerais bien faire ta connaissance, même si cela doit attendre l’éternité. Depuis que je t’ai vu, je sais ce que “suivre Jésus” veut dire. »

« C’est incroyable : un prêtre français s’occupe de nos camarades, des Allemands détestés, qui ont apporté la guerre et la misère. » Memorial de Caen
Qui était le Bon Samaritain de Chambois ?
Ce « frère de Saint-Lambert », c’était le père Bernard Doffagne, originaire de Trun, passé par le grand séminaire de Sées. L’abbé Paul Queinnec de Sées, qui faisait partie du groupe de séminaristes de Sées, a recueilli ce témoignage il y a plusieurs années. L’énigme du Bon Samaritain de Chambois est donc levée, et une belle histoire de vocation révélée.