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TÉMOIGNAGE. 80e D-Day. En 1944, on imagine « reconstruire Argentan pour 35 000 habitants »... |
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La guerre n’est pas encore finie qu’il faut déjà penser à la reconstruction des villes. Notamment celle d’Argentan, sinistrée à 88 %. Cette photo prise en 1952 montre la reconstruction d’un pont SNCF de 120 tonnes. © Archives Photo Boucher
De 1940 à 1945, dans son Journal de la guerre, l’érudit régionaliste Xavier Rousseau a relaté la vie quotidienne d’Argentan (Orne). En ce samedi 21 septembre 2024, voici ce qu’il s’est passé il y a quatre-vingts ans, du 15 au 21 septembre 1944.
Voici un extrait du Journal de la guerre, texte inédit rédigé entre 1940 et 1945 par Xavier Rousseau (1886-1978), érudit régional et cadre à la Poste d’Argentan (Orne). Les notes entre crochets sont des ajouts de la rédaction. Voici ce qu’il s’est passé il y a tout juste quatre-vingts ans.
15 septembre : Avant de partir [d’Argentan], les Allemands ont fait sauter les ponts de Fligny, sur l’Ure.
16 septembre : Des camions passent constamment, remplis de ponts démontables, d’autos amphibies, d’obus…
17 septembre : On dit que les trois quarts des maisons d’Argentan vont être abattues, on va y construire une ville nouvelle pour 35 000 habitants, avec des voies de 32 m de large, une zone civile, une zone industrielle et une zone commerçante. Et elle deviendra préfecture de l’Orne.
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18 septembre : Ce matin au Merlerault, un camion [américain] de munitions passant trop près d’une roulante a explosé, il y a 40 morts, les pompiers d’Argentan y sont partis. Les Anglais ont tronqué cette information parue dans les journaux. [NDLR : des soldats américains d’un convoi qui bivouaquait sur la place du village mettent accidentellement le feu à leur camion chargé de bombes. L’explosion est effroyable, la place n’est plus qu’un champ de ruines dont on retirera 27 morts et de nombreux blessés].
19 septembre : Toujours des convois. Chez L. [il cite une personne habitant place Mahé], les FFI [les résistants des Forces Françaises Libres] font la fête toute la nuit avec des femmes, tirent des coups de feu et empêchent les voisins de dormir.
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20 septembre : Metz et Verdun sont pris [NDLR : un symbole important pour Xavier Rousseau, ancien combattant de la guerre 1914-1918].
21 septembre : À propos de la destruction de l’église Saint-Germain entre le 13 et le 20 août, on me rapporte des propos de l’officier d’ordonnance du général Leclerc [qui était basé à Fleuré] : « La roulotte [le QG] du général ayant été bombardée, on a conclu que les Allemands avaient nécessairement un observatoire dans le clocher. »
Suite du Journal, samedi prochain : Les abus de certains résistants FFI.