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Vétérinaire, présidente, restaurateur: au collège de Perseigne, les rêves sont les mêmes qu’ailleurs... |
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Des élèves devant le collège Louise-Michel au sein du quartier de Perseigne à Alençon. © Martin ROCHE / Ouest-France
Nous sommes allés à la sortie du collège Louise-Michel, de Perseigne, le quartier prioritaire d’Alençon (Orne), un mercredi midi. L’occasion de parler avec les élèves et leurs parents de leur quotidien, leurs rêves et leur rapport au quartier.
À la sortie du collège Louise-Michel du quartier de Perseigne à Alençon (Orne), un mercredi midi de septembre 2024. Ylan a douze ans, il est en cinquième. Il attend son cousin pour le ramener chez sa belle-sœur. Sur ses genoux, une petite boîte transparente, remplie de bonbons multicolores. Cet après-midi, c’est temps libre. Il ne sait pas encore ce qu’il va faire, et hésite : « Je vais rentrer chez moi, regarder mon téléphone ou bien sortir avec des amis, peut-être jouer au foot. » Des fois, ils vont manger ensemble : « On vote pour choisir le lieu. »

Ylan attend son cousin avec une boîte de bonbons, Ouest-France
Des copains, il en a plein : « D’ici, ou alors de la Guadeloupe. » Le préado vit avec ses six frères et sœurs et sa mère. Son quartier, il l’aime bien, mais ce qui lui déplaît, « ce sont ceux qui travaillent dans un boulot de drogue », comme il dit, avec ses mots d’enfant. « Des fois, s’ils se font arrêter, ils brûlent des voitures… » À son jeune âge déjà , il voit tout cela. Mais il n’a « pas trop peur », et se concentre sur le collège, « où les profs ne sont pas énervants et il y a les amis. » Il habitait auparavant à Toulouse (Haute-Garonne). Il a déjà une bonne idée de ce qu’il veut faire plus tard : « J’aimerais ouvrir un restaurant, ou bien un salon, comme ma sœur. »
« Je veux être présidente de la Tunisie »
Salma, quant à elle, a quinze ans. Elle est en troisième. Si elle vit à Saint-Germain-du-Corbéis, en périphérie d’Alençon, elle est scolarisée à Louise-Michel. Et ça lui va : « J’étais à Balzac auparavant, dans un quartier plus riche. Mais Louise-Michel est beaucoup mieux ! Les professeurs et élèves sont plus indulgents, plus gentils. » Elle défend aussi Perseigne : « On dit des choses négatives sur le quartier, des histoires de gang, de bagarres. Certaines personnes font de mauvaises choses, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Et puis, il y a de la verdure, des espaces publics où l’on peut jouer. »
La jeune fille est en France depuis six ans. Cette ado brillante a des rêves titanesques, et elle a bien raison : elle veut devenir présidente de la Tunisie, dont elle est originaire. « Je m’intéresse à la politique. Le pays est bien, mais le gouvernement est corrompu. La Tunisie a des ressources, mais le gouvernement profite du peuple, de son argent. »

La sortie du collège Louise Michel entre deux sonneries. Ouest-France
Il n’y a pas que la géopolitique qui l’intéresse. « J’étudie les arts, la peinture, la musique, le théâtre, la littérature. Je dessine depuis que j’ai trois ans. Au début, c’était de petits graffitis, maintenant, ce sont des œuvres. » Cette après-midi, elle va se rendre au conservatoire.
« On a vu l’évolution. Il n’y avait pas autant de trafic ou d’incendies »
Teddy Debeausse vit aussi aujourd’hui à Saint-Germain-du-Corbéis. Il vient chercher sa fille qui est scolarisée là , en troisième. « Elle est ici depuis la sixième, son frère aîné aussi. Il y a un très bon suivi scolaire. Ma dernière est rentrée en sixième et ça se passe très bien. » Il connaît bien Perseigne, pour y avoir grandi. « On y a aussi habité avec la mère des enfants. On a vu l’évolution. Il n’y avait pas autant de trafic ou d’incendies. » Il se souvient notamment d’un quartier « riche au niveau des échanges culturels. »
Aujourd’hui, l’homme bosse dans le milieu pénitentiaire, à la prison de Condé-sur-Sarthe, aux cuisines. « J’ai connu des gens ici qui travaillent avec moi. J’en ai aussi connu qui sont du mauvais côté du centre pénitentiaire… »

Teddy Debeausse a grandi ici, et ses enfants sont scolarisés à Louise Michel. Ouest-France
« Tout le monde s’entend »
Mishel Charles est venu saluer ses anciens surveillants. Il est désormais au lycée. Lui, il veut être chauffeur routier, « pour être seul, sur la route. » Son après-midi, il le prévoit classique : « Je rentre chez moi, si j’ai envie de sortir, je sors. » Avec ses amis, il « reste dehors, pour passer le temps. »
Shayliana, elle, aimerait devenir vétérinaire et aime « jouer au foot. » Elle apprécie ce quartier où « tout le monde s’entend. » Mishel Charles a conscience du trafic, qui a lieu tout près. « Le trafic, on ne s’en occupe pas. Chacun fait ce qu’il a à faire. On reste dans notre coin. »
Ce qui est sûr, c’est qu’au collège Louise-Michel de Perseigne, on a des tonnes de passions et des rêves plein la tête. Comme dans tous les collèges de France.