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« Jean-René Gougeon, c'était un monsieur »
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« Jean-René Gougeon, c'était un monsieur »
Il avait entraîné et drivé Ourasi et détenait le record de victoires au Prix d'Amérique. L'entraîneur-driver ornais, figuredu monde hippique, est décédé vendredi soir, à son domicile d'Argentan. Il avait 80 ans.
Voilà Ourasi orphelin. Le crack aux quatre victoires dans le Prix d'Amérique a perdu son driver. Celui avec lequel, il en avait remporté trois en 1986, 1987 et 1988. Jean-René Gougeon est mort vendredi soir à 80 ans, à son domicile argentanais, des suites d'une maladie cardiaque.
C'est bel et bien à huit reprises que l'entraîneur-driver ornais s'était imposé dans la plus prestigieuse épreuve de trot. Outre les victoires avec Ourasi, il y en a eu deux avec Roquépine en 1966 et 1968, et trois autres avec Bellino II en 1975, 1976 et 1977. Celui qui était depuis lors surnommé le pape de Vincennes avait un palmarès énorme. Des victoires à la pelle au Grand critérium de la Côte-d'Azur qu'il avait gagné douze fois. Sans compter les huit victoires dans le Prix de l'Atlantique. Et des dizaines d'autres un peu partout, jusqu'en Suède et en Italie.
« Le métier de A à Z »
Hier samedi, ceux qui l'avaient approché, de près ou de loin, étaient unanimes pour louer « l'élégance » de ce grand bonhomme qui a tant fait pour les chevaux. Né en 1928 à Vrigny, à quelques encablures d'Argentan (Orne), Jean-René Gougeon a appris « le métier de A jusqu'à Z », confie l'entraîneur-driver, Joël Hallais, visiblement marqué par le décès de son aîné de 20 ans. « Son père Marcel Gougeon avait été un grand propriétaire », ajoute Alain Roussel, président de la société des courses d'Alençon.
Et c'est ce qui a fait sa force: « Pour réussir à un tel niveau, il faut être apte à occuper tous les postes : détecter les aptitudes d'un cheval, le préparer, le faire gagner et surtout le faire durer. Et Jean-René Gougeon savait faire tout ça. »
Albert Rayon, l'ancien président de la société des courses d'Argentan, pleure un ami: « Nos familles se connaissent depuis longtemps. C'était un homme de grande valeur, honnête dans son travail. » Au passage, il glisse que c'est un peu grâce à lui si Jean-René Gougeon a pu être entraîneur au Haras des Coudraies, chez le comte Pierre de Montesson: « C'est moi qui lui aie fait connaître. » « L'écurie du comte lui donnait beaucoup de moyens », confirme Alain Roussel.
Après un accident cardiaque à l'aube des années 90, Jean-René Gougeon se retire des champs de courses. Il vient quand même au moins une fois par an à Vincennes assister à «son» Prix d'Amérique. En 1990, c'est donc en spectateur qu'il assiste à la quatrième victoire d'Ourasi, drivé par son frère Michel-Marcel Gougeon. Joël Hallais se souvient: « Je me demande si ce n'est pas la victoire qui l'a le plus marqué. Il était très ému, il pleurait. Son épopée avec « Ourasi » a été la plus belle de sa vie. »
L'élégant Jean-René Gougeon s'en est allé. « C'était un monsieur, conclut Alain Roussel. Quand on le voyait sur un champ de courses, il représentait quelque chose. Des gens comme ça, on n'en voit plus. »
Les obsèques de Jean-René Gougeon seront célébrées mercredi à 14 h 30 en l'église Saint-Germain d'Argentan. Il sera ensuite inhumé dans son village natal de Vrigny.
Vincent COTINAT.