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« Ce sont des enfants très sensibles » : prof au collège de Perseigne depuis 1988, elle raconte... |
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Edmée Le Caër, professeure de musique au collège Louise-Michel d' Alençon. © Martin ROCHE / Ouest-France
Edmée Le Caër a obtenu son premier poste d’enseignante titulaire à Perseigne, le quartier prioritaire d’Alençon (Orne), en 1988. Elle y a découvert un collège ouvert sur le quartier. Depuis, les locaux sont devenus plus classiques et les élèves ont changé.
« Un serpentin de petites maisons qui traversait le quartier. » C’est le décor que découvre Edmée Le Caër, lorsqu’elle prend son poste de professeure de musique au collège Louise-Michel, en septembre 1988. Les élus ont souhaité, lors de la construction de l’établissement en 1979, un établissement « ouvert », sans barrières, en plein cœur de Perseigne, le quartier prioritaire d’Alençon (Orne).
« J’étais assez déconcertée au début »
« On allait de classe en classe en passant par l’extérieur, les élèves pouvaient aller et venir. » Les collégiens allaient acheter des bonbons à la supérette pendant la récré ; les jours de marché, les commerçants s’installaient à quelques mètres des fenêtres.
« C’était mon premier poste, j’ai été très bien accueillie par l’équipe enseignante, mais j’étais assez déconcertée au début. J’avais affaire à des élèves d’origines et d’ethnicité différentes. Je prononçais parfois mal les prénoms… Ils ne le prenaient pas toujours bien. Finalement, je m’en suis bien sortie, et je suis toujours là . »
« J’ai le souvenir que cela a commencé à dégénérer au milieu des années 1990 »
L’expérience du collège ouvert, unique en France, a pourtant pris fin en 2003, avec la construction d’un établissement plus classique, le long du petit bois. « J’ai le souvenir que cela a commencé à dégénérer au milieu des années 1990. Ce n’est pas tant ce qui se passait à l’intérieur du collège que ce qui se passait à l’extérieur qui a posé problème. Des jeunes entraient dans les classes, puis un jour, on a mis le feu au bureau du principal. C’était le début de la fin. »
Le collège Louise-Michel, dans des locaux plus classiques, accueille aujourd’hui un peu moins de 300 élèves. « Il fait partie du Réseau d’éducation prioritaire + et bénéficie donc de plus de moyens financiers. Nous avons beaucoup de dispositifs stimulants comme les classes à horaires aménagés théâtre ou EPS. »
« Chaque enfant est unique et un par un ils sont adorables »
Les élèves ont changé, leur environnement aussi. Une attention particulière est parfois nécessaire les lendemains de violences urbaines dans le quartier. « Je m’aperçois, certains matins, qu’ils sont épuisés, il faut en tenir compte. L’atmosphère est un peu lourde, certains ont besoin de parler. Ce sont des enfants très sensibles. » Dans ces cas-là , Edmée Le Caër allège ses cours.
Malgré l’attention des enseignants, certains élèves passent de l’autre côté. « On reconnaît parfois des jeunes qu’on a eus en classe s’adonner au trafic de drogue. C’est comme ça. Chaque enfant est unique et un par un, ils sont adorables. Il faut continuer à apporter de la bienveillance à ceux qui sont là , à les encourager, ils en ont besoin. »