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Le Bouillon - Orne. Une balade en forêt d’Écouves, carrefour de la nature et de l’Histoire... |
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La forêt d’Écouves, composée pour moitié de résineux et pour l’autre de feuillus, offre des ambiances dépaysantes au cÅ“ur du parc naturel régional Normandie-Maine. © Ouest-France
Aux confins du plus grand massif forestier de l’ex Basse-Normandie, la forêt domaniale d’Écouves se dévoile autour du petit bourg du Bouillon (Orne). Quelques kilomètres de sentiers peu connus suffisent pour admirer ces paysages changeants, façonnés par l’activité humaine depuis des siècles.
 Au XVIIe siècle, les gens parlaient de montagne pour désigner cette forêt !Â
Depuis, les Ornais ont vu les Alpes et les Pyrénées. Mais, pour Nicolas Blanchard, un enfant du pays, la forêt domaniale d’Écouves reste celle de tous les superlatifsÂ
.
Pour admirer ce patrimoine naturel et historique, rien de tel que de fouler ses sentiers. Sur un parcours de 5 km au départ du carrefour d’Alençon, dans la commune du Bouillon,  on peut visiter la forêt comme un musée »,
aime dire le géo-historien dont les travaux portent sur la forêt.

Nicolas Blanchard réalise une thèse sur la forêt d’Écouves. Passionné depuis sa plus tendre enfance, il vient de sortir le livre « Écouves, ma forêt ». Ouest-France
Une histoire gravée dans le charbon
Après seulement quelques minutes de marche apparaît la première plateforme de charbonnage. Difficile à repérer pour un œil non avisé, elle forme une alvéole au sol. Il suffit souvent de gratter un peu pour dénicher des restes de charbon, parfois de plusieurs centimètres de diamètre.  Le charbon alimentait les nombreuses forges alentour. Nous avons recensé 9 500 plateformes de charbonnage dans cette forêt, ce qui en fait sans doute l’endroit où on en trouve le plus en France, voire en Europe »,
indique Nicolas Blanchard.

La production de charbon, qui s’est poursuivie jusque dans les années 1960, a laissé des traces en forêt d’Écouves. Ouest-France
La production de charbon s’est poursuivie jusque dans les années 1960, avec des techniques ancestrales.  Les charbonniers coupaient les branches avant de les empiler sous la forme d’un cône. On mettait le feu à l’intérieur du monticule afin de créer une cuisson à l’étouffée qui durait plusieurs jours »,
détaille le passionné de photographie animalière.
Des vestiges de haies plessées
Les traces de l’activité humaine en forêt ne s’arrêtent pas là , pour qui veut le voir. Sur le parcours, on peut encore observer des restes de haies plessées, des barrières végétales naturelles obtenues grâce à une technique ancestrale. C’est au départ une haie classique où l’on est venu casser les branches des arbres avant de les enrouler entre elles. En continuant de pousser ainsi, elles créent une barrière impénétrable »,
raconte Nicolas Blanchard.

Les haies plessées étaient utilisées comme barrières naturelles. Ouest-France
Un travail de titan que les habitants de la région ont réalisé pour s’éviter des amendes vertigineuses, comme le rappelle notre guide d’un jour :  En 1774, Louis XVI offre la forêt en apanage (1) à son frère, le comte de Provence. Ce dernier va y interdire l’accès aux villageois. Les amendes pour les animaux qui viendraient y paître sont revues à la hausse et sont calculées en fonction de la taille de l’animal.Â
L’apanage du comte de Provence prend fin en 1790.
Maisons forestières et exploitation
À l’époque de l’apanage, la majorité des quatorze maisons forestières sont construites. Plusieurs de ces bâtiments, qui abritaient des gardes, sont encore visibles aujourd’hui. Chaque garde avait la responsabilité d’une unité territoriale, délimitée des autres par des routes forestières.  On compte plus d’une centaine de routes forestières, qui sont aussi souvent l’œuvre du comte de Provence »,
ajoute Nicolas Blanchard.
Ces larges routes servaient également pour l’exploitation forestière. Rectilignes, elles ont la particularité d’avoir été tracées en reliant différents clochers d’églises environnantes.
Église et chêne loupé
Le parcours se poursuit hors de la forêt, dans le petit bourg du Bouillon et son église Saint-Jean-Baptiste. D’apparence plutôt récente, l’édifice cache en réalité une partie plus ancienne :  Tout un pan du bâtiment date des Xe-XIe siècles. On le remarque grâce aux pierres posées en arêtes de poisson, mais aussi avec ses petites ouvertures, typiques de l’époque.Â

Les pierres posées en arêtes de poisson sur l’église du Bouillon, sont typiques de l’époque pré-romane. Ouest-France
Après la traversée de quelques hameaux, on pénètre de nouveau dans la forêt en direction d’un de ses arbres remarquables, le chêne loupé. Étonnant, il comporte une excroissance en son pied, la loupe, due à la cicatrisation du chêne après une blessure. Large de près de 2 m, cette loupe renferme un énorme nœud, prisé des ébénistes.

La loupe située au pied du chêne, est issue d’une réaction de l’arbre après une blessure. Ouest-France
La forêt d’Écouves en quelques chiffres
413 : sur les hauteurs de la forêt domaniale, on peut atteindre le point culminant de la Normandie, à 413 m d’altitude, au niveau du signal d’Écouves.
8 200 : la partie domaniale de la forêt d’Écouves s’étend sur 8 200 ha, auxquels il faut ajouter les terrains communaux et privés. Au total, le massif forestier compte plus de 13 000 ha, ce qui en fait le plus vaste de l’ex Basse-Normandie.
13 : treize communes de l’Orne sont traversées par la forêt : Radon, Vingt-Hanaps, Saint-Nicolas-des-Bois, Fontenay-les-Louvets, La Lande-de-Goult, Livaie, Rouperroux, Saint-Didier-sous-Écouves, Le Bouillon, La Chapelle-près-Sées, La Ferrière-Béchet, Saint-Gervais-du-Perron, Tanville.
(1) Le Roi pouvait donner une partie du domaine royal à ses fils ou frères cadets.
Pour plus d’informations, Écouves, ma forêt de Nicolas Blanchard, aux éditions de l’Étrave (2019). 112 pages, 24 €.