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« On entend quand ça pète » : les pavillons de Perseigne attirent les familles, à l’écart du trafic... |
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À proximité de la tour Pascal, une vie pavillonnaire s’est développée à Perseigne. © Ouest-France
Une vie pavillonnaire se développe autour du quartier sensible de Perseigne à Alençon (Orne). Des habitants ont fait le choix d’acheter un bien immobilier dans ces lotissements, pour le travail ou trouver des services de proximité. Ils se disent plus ou moins épargnés par les problèmes liés au trafic de drogues.
En ce lundi après-midi, les rires d’enfants venus de la cour de récréation de l’école primaire Molière accompagnent le vent qui s’engouffre dans les rues Chateaubriant, Henri-Stendhal et l’Abbé-Letacq. Les pavillons qui bordent les immeubles du quartier prioritaire de Perseigne collent à l’image classique : des maisons individuelles à un étage, avec garage, un petit portail et un jardin. Tout ressemble à l’espace périurbain d’une ville moyenne comme Alençon, dans l’Orne.
Devant sa porte, Frédéric fume une cigarette avant d’aller au boulot. Perseigne ? « J’y vis depuis 2002 », répond cet habitant de la rue Alfred-de-Vigny âgé de 54 ans. Le quinquagénaire est propriétaire. Il a acheté cette maison 90 000 €, pour être proche de son travail et des commerces. « Je ne pense pas que je resterai ici toute ma vie, signale-t-il. Il y a des problèmes qui sont arrivés ces dernières années : le trafic de drogues, les voitures qui brûlent… »
« Des voitures brûlent devant notre porte »
Si le cœur du quartier a été touché par des violences urbaines en 2021, 2022, à l’été 2023 et encore en juillet cette année, les zones pavillonnaires alentours subissent aussi quelques secousses. Rue Jeanne-Messager, une place noircie par des cendres témoigne d’un récent feu de voiture. « Notre parking est une poubelle. Des individus garent des voitures, attendent deux mois et les brûlent », confie Michel, 54 ans, qui habite juste en face de l’aire de stationnement.
Ses voisins ont écrit au maire pour demander une sécurisation du parking. « Des voitures brûlent devant notre porte, expliquent-ils. Nous avons investi dans un portail à 2 000 € pour ranger la nôtre. »

Les habitants se plaignent de voitures qui brûlent sur un parking. Ouest-France
Un peu plus loin, rue Jean-Rostand, une locataire s’est installée en 2020 dans une maison de plain-pied gérée par Orne habitat. Être excentré de Perseigne était un choix pour cette résidente, qui a auparavant habité dans un immeuble. « C’est calme mais on entend quand ça pète », évoque-t-elle.
D’autres aussi sont partis du centre du quartier. Avec sa femme et ses enfants, Alcelon Sainthevin a quitté « les bâtiments pour une maison » en 2016. « On est partis à cause des incivilités. Nous avons acheté non loin de Perseigne pour trouver la tranquillité et avoir des commerces et l’école pas loin », développe cet habitant en train de couper sa haie. Prix de la maison : 200 000 €, travaux inclus.
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« Les maisons se vendent »
Malgré ces incivilités, la zone résidentielle autour de Perseigne a sa place sur le marché immobilier. « Les maisons attirent des familles, des primo-accédants qui souhaitent profiter de plusieurs services à proximité », note Christian Lair, agent immobilier à Alençon. « Le cœur de Perseigne est essentiellement de l’habitat locatif. C’est un quartier qui souffre d’une mauvaise connotation, estime-t-il. Les propriétés se situent autour du quartier et vivent sans difficulté. Les maisons se vendent et elles sont occupées. Des propriétaires âgés habitent ici depuis des décennies. »

Des pavillons se vendent dans le quartier de Perseigne selon un agent immobilier d’Alençon (Orne). Ouest-France
« On ne subit pas »
C’est le cas de Philippe et Monique Ménard. La tour Pascal domine leur maison qu’ils ont achetée en 1976. « On n’est jamais partis et on ne compte pas partir tant que la santé tient », confie Philippe Ménard. Le couple a connu le développement du quartier, « la fin de Moulinex et la casse sociale qui a suivi », l’arrivée du trafic de drogues et des violences urbaines. « On ne subit pas ce qu’il se passe dans Perseigne, insiste le couple. Le quartier a changé oui, mais beaucoup de familles y sont attachées. Il y a des gens qui habitent pour le travail, des retraités, des anciens salariés de Moulinex qui restent jusqu’à la fin de leur vie. »