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Athis-Val-de-Rouvre. Deux loutres accidentées dans le Bocage en moins d’un an... |
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Une loutre observée par un piège photo posé par le CPIE des collines normandes. © CPIE des collines normandes
Dans le Bocage, des spécialistes des loutres font un travail de l’ombre pour protéger les loutres, menacées par le trafic routier.
Le bassin de l’Orne est le bastion de présence de la loutre en Normandie. Pourtant, elles font face à des défis majeurs pour leur survie. En moins d’un an, deux loutres ont été retrouvées sur les routes de la commune nouvelle d’Athis-Val-de-Rouvre, probablement renversées par des voitures. Emblématiques des rivières, les loutres sont, « une espèce parapluie, qui indique une bonne qualité des milieux », décrit Bastien Thomas, du Groupe mammologique normand.
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La dernière victime, c’était un jeune loutron le 24 septembre, non loin de la maison de la rivière et du paysage. Ces accidents, qui ont entraîné le décès des loutres, sont « un gros coup pour l’espèce », d’autant que deux jeunes loutrons ont récemment été observés sans leur mère, grâce aux pièges vidéos installés près des cours d’eau.
Des ponts particulièrement accidentogènes
« C’est un comportement inhabituel pour cette espèce », note Maria Ribeiro, chargée de mission Natura 2000 au Centre permanent d’initiatives pour l’environnement (CPIE) pour la Haute Vallée et Vallée de l’Orne et leurs affluents. Leur mère serait-elle une troisième victime ? Les spécialistes ne sont pas optimistes. « Ce qui est positif, c’est que, même s’ils ont peut-être perdu leur mère, il y a des jeunes loutrons, poursuit Maria Ribeiro, qui peut observer l’activité des loutres et loutrons avec des caméras et appareils photos cachés. C’est la preuve qu’il commence à y avoir une recolonisation. »
L’un des outils pour préserver les loutres est l’installation de « loutreducs », des banquettes suspendues sous les ponts pour offrir un passage aux petites bêtes, dans les endroits particulièrement accidentogènes. Le Groupe mammologique normand et le CPIE sont en train de monter des dossiers pour construire de nouveaux loutreducs. « Cet aménagement peut servir à tous les mustélidés : les putois, les martres, les fouines… », détaille Maria Ribeiro.
Le Groupe mammologique normand a fait un diagnostic complet des ponts et buses hydrauliques départementaux pour identifier ceux qui sont problématiques pour le passage des loutres et avait déjà identifié celui qui est au-dessus du Lembron, à Taillebois, où a été retrouvée l’une des loutres décédées. « On ne peut techniquement pas y mettre de loutreduc mais on va revenir vers le département pour voir comment protéger leur accès », déclare Bastien Thomas. Ce travail de l’ombre est essentiel pour la préservation de cette espèce vulnérable.