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Briouze. Un livre consacré à l’histoire du marais... |
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Le marais du Grand-Hazé. © Archives Ouest-France
La riche histoire du marais du Grand-Hazé est décortiquée dans le dernier ouvrage du Pays Bas-normand. Il sera présenté ce jeudi 30 septembre salle du Rex à Briouze.
Ce jeudi 30 septembre, le groupement d’historiens le Pays Bas-Normand vient présenter, salle du Rex à Briouze (Orne), à 18 h, son nouvel ouvrage : Le marais du Grand-Hazé, Briouze et Bellou en Houlme, la zone humide la plus vaste de l’Orne. Entretien avec Jean-Luc Normand, qui a coordonné l’ouvrage.
Pourquoi consacrer un ouvrage au marais du Grand-Hazé ?
On essaie de publier les travaux de recherche des jeunes historiens qui écrivent sur notre région. Or, un étudiant en master, Alexis Robert, écrivait son mémoire sur l’élevage dans le pays d’Houlme. Et comme le marais du Grand-Hazé a été essentiellement utilisé, en été, pour faire paître les troupeaux, il l’a découvert au cours de ses recherches. J’ai été enthousiasmé par son travail, et c’est de là qu’est venue l’idée de faire un numéro sur le marais du Grand-Hazé.
De quoi est-il question plus précisément ?
L’idée est de montrer comment ce marais s’est mis en place naturellement et comment ce milieu naturel a été vu, utilisé par les différentes civilisations qui se sont succédé depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours. Pour moi, c’était passionnant, parce qu’on voyait comment, avant la révolution industrielle et l’arrivée dans le monde moderne, ce marais avait une importance économique extraordinaire.
C’est-à -dire ?
Avant 1850-1880, le Bocage existe, mais il est surtout en jachère ; le reste des terres sert à la culture du seigle et du sarrasin. On a à tout prix besoin d’élevage pour la viande, pour le cuir, pour le lait… Mais comme on manque de connaissances et d’engrais, on est obligés de faire de la jachère et on a finalement très peu d’endroits pour faire pâturer les bêtes. Le marais du Grand-Hazé est donc une bénédiction : en été, quand il n’est pas inondé, on peut envoyer les bêtes dessus.
Pourtant, le marais a longtemps été mal vu…
Oui, dans la mentalité de l’époque, tous ces brouillards, ces eaux boueuses… C’est malsain pour la santé physique et la santé morale. Ce sont des lieux dangereux la nuit, un peu diaboliques. On est intéressés, mais quelque part on en a peur. Cela culmine avec la légende selon laquelle le marais recouvre une ville engloutie, qui a été punie de ses péchés d’orgueil, de mauvaise vie, de luxure. Ce n’est pas du tout spécifique au marais de Briouze, ça se retrouve partout où il y a des marais. C’est une actualisation du thème éternel de Dieu qui punit les hommes pour leurs péchés.
Et après l’arrivée du chemin de fer ?
Toute la Normandie du Bocage va abandonner le sarrazin et les céréales et va faire ce qu’on appelle le couchage en herbe. On va devenir ce qu’on pensait être depuis toujours, mais ne date que de la fin du XIXe siècle : on va devenir une grande région d’élevage. Le marais est menacé de disparition, les agronomes des XVIIIe et XIXe siècles veulent assécher le marais et le transformer en terres cultivables.
Depuis quand n’en est-il plus question ?
Il y a un retournement de situation, à partir des années 1950-1960, où l’on voit les marais comme des milieux intéressants qu’il convient de protéger. Quand arrive la grande vogue écologique, le jugement est sans appel : il faut sauver la diversité du milieu, au vu de la végétation et des espèces animales.
Des choses vous ont surpris en particulier ?
L’histoire du marais de Briouze est celui de toutes les zones humides. J’étais content de voir que dans notre région, parfois considérée comme arriérée, on retrouve l’évolution que l’on constate partout. Les gens peuvent être fiers de ce marais.