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Dans l’Orne, cette juge aide les entrepreneurs à sortir de la spirale des « 3 D : dépôt de bilan, divorce, dépression »... |
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Claudye Jouis est juge au tribunal de commerce d’Alençon (Orne). © Ouest-France
Claudye Jouis, 67 ans, est juge au tribunal de commerce d’Alençon (Orne). L’ancienne commerçante accompagne les chefs et cheffes d’entreprises dans le soutien psychologique après les dépôts de bilan qui s’accompagnent, parfois, de traumatismes dans la vie personnelle.
Se présenter au tribunal de commerce d’Alençon (Orne) avec un dossier de dépôt de bilan est un moment redouté par les chefs et cheffes d’entreprises. Dans ces papiers, il y a parfois toute une vie de labeur d’un artisan, un commerce familial, une petite entreprise du bâtiment.
Claudye Jouis est la seule femme juge du tribunal de commerce. Depuis vingt-deux ans, elle vient à Alençon pour étudier des procédures collectives et le contentieux commercial. « Mon rôle ne s’arrête pas au jugement, introduit la retraitée, ancienne commerçante à Argentan. Je viens voir les entrepreneurs pour leur proposer un soutien psychologique. C’est une démarche gratuite. »
La « sentinelle » de l’Orne
Sa mission s’inscrit dans les actions de l’association Aide psychologique aux entrepreneurs en souffrance aiguë (Apesa). Cette structure créée en 2016 à Rouen (Seine-Maritime) propose aux entrepreneurs une prise en charge financière pour une visite chez le psychologue. Claudye Jouis est la « sentinelle » référente de l’Orne depuis sept ans. « Si les chefs d’entreprise sont d’accord, je leur propose de passer un entretien avec moi. »
Les échanges tiennent souvent une teneur émotionnelle lourde. « Certaines personnes se trouvent au bord du gouffre après la fermeture de leur entreprise. C’est la règle des 3 D : dépôt de bilan, dépression, divorce. Ces trois situations peuvent conduire à des tentatives de suicide », confie la bénévole. Entre 2016 et 2023, l’association a déclenché 35 alertes dans l’Orne sur les 503 comptabilisés en Normandie.
« Je suis là en cas de besoin »
« Une alerte sig nifie une prise en charge de l’entrepreneur auprès d’un psychologue. Ce soutien peut durer trois, six, neuf mois en fonction du besoin », poursuit-elle. L’ancienne commerçante apporte son regard sur la situation économique vécue par le milieu artisanal et les indépendants : « Les charges liées aux énergies ont explosé depuis la pandémie de Covid. Les entreprises se retrouvent face au mur de la dette. »
Renouvelée juge pour cinq ans, elle continue sa mission chez Apesa qui lui tient à coeur. « Des chefs d’entreprise reviennent me voir et me disent : “Merci, j’ai pu rebondir grâce à vous.” »