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ENTRETIEN. Avoir des troubles psychiatriques dans l’Orne : une « double peine »... |
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Danielle Baglin, 76 ans, est depuis huit ans la déléguée départementale de l’Union nationale des familles et amis de malades mentaux (Unafam) ; Elle réside à Saint-Georges-des-Groseillers, à côté de Flers (Orne). © Ouest-France
La section ornaise de l’Union nationale des familles et amis de malades mentaux (Unafam) fête ses 25 ans cette année. Danielle Baglin, domiciliée à Saint-Georges-des-Groseillers, en est sa déléguée depuis huit ans.
L’Union nationale des familles et amis de malades mentaux (Unafam), association loi 1901 reconnue d’utilité publique, a été créée en 1963 au niveau national. Elle agit auprès des proches de personnes vivant avec des troubles psychiques sévères (schizophrénie, troubles bipolaire, dépressions sévères, psychoses graves et troubles obsessionnels compulsifs).
Que fait votre association dans l’Orne ?
L’Unafam est composée de dix bénévoles et de quarante-cinq familles adhérentes – ce qui est assez peu. Nous faisons du soutien par l’écoute, par téléphone ou en personne, de l’accueil et de l’information. Nous aidons à monter les dossiers pour les demandes d’allocations adultes handicapés, de reconnaissance de travailleur handicapé et toutes les prestations dont peuvent bénéficier les personnes souffrant d’une pathologie psychiatrique. Nous organisons cinq fois par an des réunions entre les familles. Nous avons contribué à la création des Groupes d’entraide (GEM) à Flers, Alençon et L’Aigle, qui accueillent tous les jours des malades.
Quel constat faites-vous sur l’accompagnement des personnes atteintes de troubles psychiatriques ?
L’Orne est un département rural, vieillissant et extrêmement étendu qui n’attirent pas de psychiatres dans ses deux centres de psychiatrie : le CPO (Centre psychothérapique de l’Orne) d’Alençon et le service psychiatrie de l’hôpital de Flers. Pour les malades, c’est la double peine. À Flers, il manque trois psychiatres, et largement autant à Alençon. On demande aux malades d’être intégrés dans la cité, mais il n’y a pas assez de soignants pour faire de l’ambulatoire, ce qui est recommandé par le ministère de la santé. Certaines personnes, qui ne peuvent pas se déplacer, renoncent à se faire soigner.
Comment avez-vous vécu l’année 2020 ?
Elle nous a empêchés de nous réunir. Pour des personnes souffrant déjà de déficit de contacts, cela a été une année difficile. Nous avons dû renoncer aux formations que l’on donne pour apprendre à vivre avec les personnes malades. Les GEM n’ont pas pu accueillir – ou très peu – de personnes. Les personnes se sont appelées entre elles pour se soutenir.
Quels sont vos projets pour les années à venir ?
Nous souhaitons développer les logements accompagnés, qui existent déjà depuis 2018 à La Ferté-Macé, sous l’impulsion de l’Union des associations familiales (Udaf). Ce projet permet l’accès à un logement autonome, mais accompagnées par des gouvernantes, à des personnes présentant des maladies psychiatriques. Ils sont extrêmement importants, car souvent ces personnes sont agressées ou clochardisées dans leur appartement, avec des personnes qui viennent chez eux en leur volant leur nourriture. Les prochains logements accompagnés pourraient ouvrir dans le bocage flérien.
D’autres projets ?
Par ailleurs, des conseils locaux de santé mentale devraient se mettre en place d’ici à 2022 dans les villes principales de l’Orne. Ils permettront de faire travailler ensemble toutes les personnes qui interviennent autour des personnes souffrant de troubles psychiatriques, incluant les patients et les aidants.
Nous sommes à la recherche de nouveaux bénévoles. C’est important que les familles, que nous aidons parfois sans qu’elles soient adhérentes, comprennent qu’il faut faire masse pour peser sur les budgets de la santé au niveau psychiatrique.
L’assemblée annuelle de la délégation de l’Orne aura lieu le mardi 15 juin à 14 h 30 à la maison des associations de Saint-Georges-des-Groseillers. Elle est ouverte à tous.