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ENTRETIEN. « C’est inquiétant » : le niveau hivernal des nappes phréatiques au plus bas dans l’Orne... |
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Dans l’Orne, le Service départemental de l’eau accompagne les collectivités dans la recherche et l’exploitation de forages d’eau potable. © Syndicat départemental de l’eau
Le déficit pluviométrique observé cet hiver touche de plein fouet la recharge des nappes phréatiques dans l’Orne. Les stocks d’eau potable atteignent des minimums historiques depuis 1990. Un hydrogéologue fait le point sur la situation.
L’absence de précipitations ces dernières semaines dans l’Orne accentue la sécheresse et a des conséquences dans la recharge des nappes phréatiques. Les observations relevées dans les points de captages d’eau font état d’un niveau bas des stocks d’eau potable dans le département. Hydrogéologue et directeur adjoint au syndicat départemental de l’eau (SDE), Julien Féret fait le point sur la situation.

Julien Féret, directeur adjoint et hydrogéologue au Syndicat départemental de l’eau, fait le point sur la situation des nappes phréatiques dans l’Orne. Ouest-France
Quelle est situation des nappes phréatiques dans l’Orne ?
Le niveau hivernal des nappes phréatiques est inquiétant en ce début du mois de mars. Il n’y a pas eu de précipitations depuis la fin janvier. Il faut remonter à la fin des années 60 pour retrouver un faible volume de pluie. Par conséquent, les cours d’eau se vident, les nappes se vidangent. D’après les dernières observations relevées dans les points de captage, on atteint des minimums historiques jamais mesurés sur la période depuis trente ans.
La sécheresse s’accentue dans le département ?
Comme partout en France, le département de l’Orne fait face à une sécheresse pluriannuelle depuis l’automne 2021.
L’accumulation d’épisodes de déficits pluviométriques réduit le stock d’eau potable dans les nappes phréatiques. Les bons mois de pluies de novembre et décembre n’ont pas permis de combler le déficit existant. À cette période, les niveaux des nappes sont équivalents à ceux de juillet 2022.

Le niveau des nappes phréatiques autour d’Alençon en dessous de la normale, en ce début mars 2023. Infographie Ouest-France
Quels sont secteurs les plus touchés ?
L’Orne est découpé en deux géologiquement. À l’ouest, il y a assez peu de nappes phréatiques en raison du Massif armoricain. L’eau potable est prélevée en surface depuis les cours d’eau, contrairement à l’est, dans le bassin parisien, où elle est puisée directement dans les nappes phréatiques. C’est dans ce secteur que je crains des difficultés de rechargement avant l’arrivée du printemps où les quantités de pluie devraient être moins abondantes pour s’infiltrer jusqu’aux nappes.
Les effets du dérèglement climatiques se font-ils sentir ?
Oui, en particulier pour l’évapotranspiration. Avec l’augmentation de la température, les végétaux transpirent davantage. Cette « fuite d’eau » a des conséquences sur les pluies de recharges qui doivent alimenter les rivières et les nappes phréatiques.
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De quels leviers disposez-vous pour protéger les stocks d’eau potable ?
Le syndicat départemental accompagne les collectivités territoriales pour protéger les points de captage et mettre en commun des moyens techniques pour améliorer l’exploitation de l’eau. L’une de nos principales missions est de moduler le pompage de l’eau. Nous travaillons à réduire les débits pour lisser sur une période plus longue.