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Évasion de Mohamed Amra : Gérald Darmanin ne peut pas garantir « que ça ne se reproduise pas »1 |
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Gérald Darmanin lors d’une visite à Annemasse, le 24 février 2025. © Capucine Veuillet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Le ministre de la Justice est revenu sur l’interpellation de Mohamed Amra, qui a été incarcéré cette nuit à la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne). « Nous ne sommes pas capables de garantir que ça ne se reproduise pas », a affirmé Gérald Darmanin, appuyant par la même occasion sa proposition de création de prisons spéciales pour les narcotrafiquants et estimant nécessaire de créer un nouveau « régime de détention ».
Gérald Darmanin, ministre de la Justice, a tenu une conférence de presse ce mercredi 26 février 2025, durant laquelle il a détaillé les conditions de détention de Mohamed Amra, arrêté samedi en Roumanie après neuf mois de cavale marquée par la mort de deux agents pénitentiaires.
« Surveillé 24 heures sur 24 »
Mohamed Amra est arrivé cette nuit à la prison haute sécurité de Condé-sur-Sarthe (Orne), où il a été incarcéré. Le multirécidiviste âgé de 30 ans a été arrêté samedi en Roumanie où il vivait avec de faux papiers depuis le 8 février après avoir été installé par des complices dans un appartement de la banlieue de Bucarest, selon la police roumaine.
Il est revenu hier à Paris, a été présenté devant un juge d’instruction qui l’a mis en examen. Gérald Darmanin s’est « félicité » de son placement en détention provisoire et a « félicité » le juge des détentions pour avoir choisi de le placer à l’isolement.
Durant son incarcération, Mohamed Amra « aura le droit à une heure de promenade seul » sans croiser d’autres détenus, « deux heures de communications » par semaine qui seront écoutées par les services de renseignement et « trois visites par semaine » qui seront « très encadrées ». « Il sera surveillé 24 heures sur 24 » mais pas « vidéosurveillé », a précisé le ministre.
Des personnes comme Mohamed Amra, qui sont « extrêmement dangereuses », doivent être « totalement isolées » pour qu’elles ne puissent pas faire pression sur des témoins et des magistrats, a estimé Gérald Darmanin.
Lire aussi : Mohamed Amra à Condé-sur-Sarthe : la CGT alerte sur le projet de prison pour narcotrafiquants
17 000 narcotrafiquants détenus en France
« Nous ne sommes pas capables de garantir » qu’une évasion comme celle de Mohamed Amra « ne se reproduise pas », a tempéré le ministre, jugeant qu’il y a, dans l’administration pénitentiaire, « un défaut de compréhension de qui sont ces narcotrafiquants ». Leur nombre est évalué à 17 000 dans prisons françaises (pour un total de 80 000 détenus). Les autorités n’ont « pas su voir qu’il était extrêmement dangereux ». Mohamed Amra était, avant son évasion, dans un régime de détention classique alors qu’il « aurait dû être à l’isolement ».
« Il nous faut une prison ou des prisons de haute sécurité » pour les narcotrafiquants, a martelé Gérald Darmanin, qui a annoncé cet hiver la création d’une première prison de haute sécurité pour les 100 plus gros narcotrafiquants. Il a estimé entre « 600 et 800 » le nombre de personnes qu’il faut « sans doute isoler du monde extérieur ». Le ministre appelle à stopper « la mixité des détenus » : « Notre système carcéral ne fonctionne pas. »
Les extractions judiciaires bientôt réduites
Il a également plaidé pour « un régime de détention qui permet d’éviter les extractions judiciaires », pour éviter les déplacements et les transferts de détenus. « Avec le régime que je propose, il n’y aura plus de sortie » des détenus jugés comme extrêmement dangereux : les auditions avec les juges devraient notamment se faire par visioconférence. « J’espère qu’au 31 juillet prochain [date fixée pour l’ouverture de la prison spécialisée], ça ne se reproduira pas. »
La proposition de loi du ministre pour lutter contre le narcotrafic sera examinée le 17 mars à l’Assemblée. En outre, Gérald Darmanin a confirmé fin janvier qu’il souhaite créer un parquet dédié d’ici à un an. Cette proposition de loi sera discutée en séance publique le même jour.
Deux agents pénitentiaires tués lors d’un transfert
Le 14 mai 2024, Mohamed Amra était à bord d’un convoi pénitentiaire après avoir été extrait de sa cellule de la prison d’Évreux (Eure) pour se rendre au tribunal de Rouen pour un interrogatoire avec un juge d’instruction. Au péage d’Incarville (Eure), des complices du détenu ont lancé une embuscade, tuant deux agents pénitentiaires et en blessant trois autres. Mohamed Amra était à l’époque incarcéré pour vols aggravés et placé en détention provisoire pour d’autres affaires.
Depuis hier soir, il est également mis en examen pour « meurtres », « tentative de meurtres », « évasion », « vol et recel de vol », le tout en bande organisée, ainsi que pour « association de malfaiteurs ». Il a gardé le silence devant le juge d’instruction, a précisé le parquet de Paris.
Si il n'est pas capable de garantir l'incarcération de ce détenu, il sert à quoi ce ministre?