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INFO OUEST-FRANCE. La Poste lance des camions-bureaux de poste itinérants dans 5 départements ruraux... |
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L’un des cinq camions bureaux de poste itinérants que La Poste lance dans cinq départements de France. © DR
Pour réduire la fracture territoriale, la directrice générale Grand public et numérique de La Poste, Nathalie Collin, annonce à Ouest-France le lancement d’une expérimentation de camions-bureaux de poste itinérants dans l’Orne, la Haute-Marne, la Creuse, le Gers et le Jura. Ces « camions jaunes » s’installeront pendant une demi-journée sur des places de village et proposeront les prestations postales mais aussi des opérations de France Services (impôts, allocations, emploi…)
« La Poste vient à votre rencontre. »
C’est écrit en très gros sur le camion jaune. En effet, l’entreprise publique, par la voix de sa directrice générale Grand public et numérique de La Poste, Nathalie Collin, annonce à Ouest-France le déploiement, à partir de la fin du mois d’avril, de cinq camions-bureaux de poste itinérants qui parcourront les campagnes de France. Le dispositif, cofinancé par la Banque des territoires, sera expérimenté pendant un an dans cinq départements ruraux de France – une demi-journée chaque semaine par commune. « Nous voulons rester et investir dans les territoires »,
justifie Nathalie Collin.
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Dans ses obligations, La Poste doit en effet assurer à 90 % de la population française une présence postale à moins de cinq kilomètres ou vingt minutes en voiture. Au niveau national, l’objectif est largement atteint, à 97 %, mais avec il comporte de fortes disparités départementales. Si les territoires franciliens de la petite couronne (Paris, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne) mais aussi certains en outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Mayotte, La Réunion) atteignent 100 %, d’autres sont plus loin. Le Gers affiche 81,9 % de l’objectif, la Lozère 88 %, la Meuse 89,2 %, les Ardennes 89,5 % et la Haute-Marne, 89,6 %. Pour le test, deux de ces cinq départements seront concernés (Gers et Haute-Marne) auxquels s’ajoutent l’Orne, la Creuse et le Jura (liste des communes concernées en fin d’article*).
« Au total, ces cinq camions itinérants s’installeront dans quarante communes différentes, ce qui représente 13 000 habitants »,
précise Nathalie Collin, qui détaille le fonctionnement et les services proposés.
Pour mieux toucher les territoires isolés en France, vous lancez une nouvelle initiative ?
Nous lançons cinq camions-bureaux de poste itinérants dans cinq départements. Dans le cadre d’une expérimentation d’un an, ils sillonneront les routes de l’Orne, de la Creuse et de la Haute-Marne, à partir du 23 avril, et celles du Gers et du Jura, à partir du 27 avril. Nous inaugurons le dispositif ce vendredi 19 avril à Champosoult, un village d’une centaine d’habitants au sud de Vimoutiers, dans l’Orne.
D’où vient cette idée ?
Nous l’avons eue avec la Banque des territoires, qui la finance avec nous. Le budget total est d’un million d’euros. L’objectif est de renforcer notre présence dans les territoires. Notre obligation à La Poste, c’est que 90 % de la population vivent à moins de cinq kilomètres ou vingt minutes en voiture d’un point postal. Au niveau national, nous atteignons 97 %, mais avec des disparités. Dans l’Orne, nous sommes par exemple à 91,3 %. Mais pour certains citoyens, ces chiffres sont théoriques et ils se sentent isolés. Il existe de nombreux villages où l’accès aux services publics est très difficile. Avec cette expérimentation, on veut réinvestir ces lieux d’une manière mobile.
Mais pourquoi ne pas rouvrir des bureaux que vous avez fermés ?
Parce que créer un bureau de poste ou même installer un facteur-guichetier (qui partage son temps entre les deux activités) dans des villages de quelques dizaines ou centaines d’habitants, ça n’a pas de sens. Il n’y aurait jamais assez de flux.
D’où l’idée des camions…
C’est la reprise d’un concept ancien de La Poste. En effet, dans les années 1960-1970, le fourgon de La Poste – le HY jaune de Citroën — allait à la rencontre des Français sur leurs lieux de travail, ou l’été à la plage, au camping… Aujourd’hui, il revient à la mode avec d’autres types de commerces (boucherie, boulangeries…) et services qui remettent en place des camions itinérants pour désenclaver les campagnes.
Vous aviez déjà tenté l’expérience en 2018 notamment avec un Poste Truck pendant un mois. Ça n’avait pas fonctionné ?
Oui, effectivement, quelques initiatives très locales et isolées ont vu le jour ces dernières années. Mais l’expérimentation que nous lançons aujourd’hui est de plus grande envergure, dans plusieurs départements, sur une période plus longue et avec plus de services proposés.

Chaque camion sera conduit et administré par un postier. « Ils sont hyper enthousiastes de participer à une aventure nouvelle, qui montre que l’entreprise innove dans un contexte d’attrition du courrier », déclare Nathalie Collin. DR
À quoi ressembleront ces camions ?
Ils sont magnifiques et tout jaunes (rires), avec un auvent ouvert vers l’extérieur et tout équipés comme un bureau normal. Ils mesurent 9 m² et le postier recevra le client à l’intérieur. Il est écrit dessus : « La Poste vient à votre rencontre. »
Quels services seront-ils disponibles ?
Les mêmes que dans un bureau de poste. On pourra notamment acheter des produits postaux, affranchir et déposer des lettres et colis, commander des beaux timbres, accéder aux offres de téléphonie mobile, souscrire aux services seniors (téléassistance, repas à domicile), réaliser des opérations bancaires pour les clients de la Banque postale ou prendre un rendez-vous avec un conseiller bancaire ou pro. On pourra imprimer, scanner ; et payer en carte bancaire ou en espèces. Ce seront aussi des avant-postes de France Services.
C’est-à -dire ?
Il y a aujourd’hui beaucoup de démarches en ligne pour lesquelles des habitants ne sont pas équipés. Et 30 % des Français renoncent à leurs droits. Nous accompagnerons aux premiers gestes numériques et orienterons vers l’espace France Services où se trouvent dix autres partenaires (Impôts, Assurance maladie, Allocations familiales, point-justice, France Travail, France Rénov…).
Mais on ne pourra pas retirer d’argent ?
C’est évidemment très compliqué d’installer des distributeurs de billets dans les camions en termes de matériel et aussi de sécurité mais on a décidé de le tester quand même dans un camion, celui qui circulera dans la Creuse. C’est un test dans le test, qui coûte cher car, au-delà du distributeur, il nous faut deux postiers au lieu d’un, pour la sécurité. Mais on tient à cette expérimentation.
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Quels seront les critères pour évaluer la réussite du dispositif dans un an ?
Nous ferons des enquêtes publiques pour évaluer la perception des citoyens sur la proximité du service public. On mesurera aussi la satisfaction des élus, mais on sait déjà que ce sera apprécié. Aussi, nous regarderons l’utilisation de nos services. Si personne ne vient, ça n’a pas d’intérêt.
Et pas le chiffre d’affaires ?
Non, c’est un vrai projet de service public, qui ne générera pas de marge, on le sait déjà .
Êtes-vous optimiste sur la réussite de ce dispositif ?
J’espère que ça va réussir et je le crois. Mais encore une fois, le principe sera d’avoir des gens qui viennent dans le camion. S’ils se contentent de le regarder, c’est qu’il n’y avait pas de besoin. On aura raté mais ce n’est pas grave car on aura essayé. Après, chaque camion aura peut-être un bilan différent et on adaptera les zones.
Et s’il fallait le développer ?
On le fera. Et on discutera avec différents acteurs pour financer les projets, notamment en lien avec les élus locaux, dont les services de proximité sont une préoccupation.

Les « camions jaunes », bureaux de poste ambulants, mesurent 9 m². DR
Combien de villages et de personnes vont toucher ces cinq camions ?
Au total, ces cinq camions itinérants s’installeront dans quarante communes différentes, ce qui représente 13 000 habitants. Ce sont des petits villages. Dans l’Orne, par exemple, il y en aura neuf de 55 à 228 habitants, où le camion s’arrêtera une demi-journée (entre deux et trois heures en fonction des lieux, lire les détails pour l’Orne en bas d’article) par semaine du mardi au samedi midi.
Justement quels seront les horaires ?
Chaque camion restera environ trois heures en fonction des lieux. À Champosoult, où nous lançons ce dispositif ce vendredi, ce sera le mercredi après-midi.
Quel est le maillage de La Poste dans l’Orne aujourd’hui ?
Le département compte 385 communes et 280 000 habitants. La Poste dispose de 123 points de contacts dont 34 bureaux, 44 La Poste Relais chez les commerçants, 45 agences communales et 3 Postes France Services. Près de 2 400 clients viennent tous les jours dans ces points dans l’Orne.
13 000 habitants touchés au total, ça peut sembler peu. Est-ce du volontarisme ?
Nous voulons rester et investir dans les territoires. Nous sommes une entreprise à mission qui doit être capable à la fois d’être au plus près des Français avec ce genre d’initiative et aussi ultra-performante comme par exemple sur le numérique avec des services très élaborés en intelligence artificielle. Vous le voyez comme nous, le courrier s’effondre, le numérique progresse. Inventons de nouveaux modèles utiles à tous.
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Qui tiendra ces camions ? Sont-ce des postiers volontaires ?
Oui, ce sont tous des postiers volontaires, certains sont facteurs-guichetiers, factrices-guichetières. On les a reçus au siège de La Poste, ils sont hyper enthousiastes de participer à une aventure nouvelle, qui montre que l’entreprise innove dans un contexte d’attrition du courrier. Tous aiment le contact humain, mais eux sans doute encore plus. Dans l’Orne, par exemple, ce seront Christine et Angélique, qui se relaieront.
Ce sont deux factrices-guichetières. Combien en avez-vous au total aujourd’hui ?
On a développé ce métier après le Covid. Aujourd’hui, nous en avons 1 600. Nous nous adaptons aux usages. Par ailleurs, je suis favorable à la mutualisation dans les petites communes : La Poste peut accompagner le dernier commerce qui s’apprête à fermer en proposant nos prestations ; elle peut apporter ceux-ci dans les mairies… On ne doit pas continuer à éloigner les gens du service public.
Ces camions ne seront pas électriques…
Non, on aurait voulu, car c’est un engagement fort de La Poste, mais c’était impossible sur cette taille et avec le poids des équipements embarqués. En revanche, ils auront des panneaux solaires sur le toit.
* Jours, horaires et lieux de passage du camion itinérant dans l’Orne
Mardi : Ménil-Hubert-en-Exmes, de 9 h 30 à 12 h 30, et La Fresnaie-Fayel, de 14 h 45 à 17 h.
Mercredi : Aubry-le-Panthou, de 9 h 30 à 12 h 30 ; Champosoult, de 14 h à 17 h.
Jeudi : Neuville-sur-Touques, de 9 h 30 à 12 h 30, et Orgères, de 14 h à 17 h.
Vendredi : Croisilles, 9 h 30 à 12 h, et Mont-Ormel, 13 h 30 à 16 h 45.
Samedi : Le Sap-Andre, de 9 h 30 à 12 h.
Les communes concernées dans les autres départements
- Département de la Creuse : Vareilles ; Saint-Priest-la-Plaine ; Peyrat-la-Nonière ; Saint-Frion ; Toulx-Sainte-Croix ; Nouhant ; Saint-Pierre-Bellevue ; Fransèches ; La Saunière
- Département de la Haute-Marne : Heuilley-le-Grand ; Saint-Maurice ; Noidant-le-Rocheux ; Marac ; Leuchey
- Département du Gers : Pessoulens ; Encausse ; Saint-Sauvy ; Pessan ; Le Brouilh-Monbert ; Saint-Jean-le- Comtal ; Gimbrède ; Castéra-Lectourois ; Roquelaure
- Département du Jura : Colonne ; Château-Chalon ; L’Étoile ; Etival ; Mesnois ; La Chailleuse ; Frébuans ; Cressia