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« Si on n’y arrive pas, on disparaîtra », la Banque alimentaire de l’Orne fait appel aux entreprises... |
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Un bénévole de la Banque alimentaire de l’Orne, à Alençon, devant un transpalette. © Archives Ouest-France
Face à la crise du bénévolat, la Banque alimentaire de l’Orne, basée à Alençon, va recruter des salariés pour pouvoir continuer de fonctionner. Une augmentation du budget de fonctionnement que l’association cherche à financer avec l’aide des entreprises.
En 2022, les bénévoles de la Banque alimentaire de l’Orne, basée à Alençon, ont fourni 11 462 heures de travail, mais la moitié de ces heures ont été données par six personnes, de fait essentielles au fonctionnement de l’association. Cinq d’entre elles raccrocheront dans un an. « Personne ne peut leur en vouloir, affirme le président Pascal Vigel, qui dirige la structure depuis juillet 2021. Ils approchent des 70 ans, ce sont des gens qui ont énormément donné depuis dix ans. »

Jeudi 16 février 2023, le président du conseil départemental de l’Orne, Christophe de Balorre, a rendu visite à la Banque alimentaire pour faire un don symbolique de cent pots de miel. « Un moment très important, d’après son président Pascal Vigel, car si une association comme la nôtre n’est pas soutenue, elle meurt. » Ouest-France
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Faire entrer des entreprises au conseil d’administration
Reste que sans leur implication, l’association ne pourra plus tourner. Et le président constate, comme partout, une « crise du bénévolat ». Alors, la Banque alimentaire va devoir recruter des salariés pour remplir des missions qui sont, dans les faits, professionnelles. Un responsable d’entrepôt, un responsable administratif, deux ou trois contrats d’insertion et un alternant. Avec l’obligation, donc, de passer le budget annuel d’environ 160 000 € à 260 000 €. « C’est notre grand défi de 2023. Si on n’y arrive pas, on disparaîtra, et à partir de mai, il faudra réfléchir à la dissolution, car ça ne se fait pas en un jour. »
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Bien que grave, le discours de Pascal Vigel ne se veut « pas du tout désespéré, parce que j’y crois ! » Alors que la Banque alimentaire dépend à 92 % d’argent public, il veut réduire cette part à 60 % en faisant participer les entreprises, jusqu’à en faire entrer au moins deux au conseil d’administration (qui compte une quinzaine de membres) afin que cette participation ne soit pas que financière.
« C’est une question de valeurs »
« Les entreprises sont un acteur social important dans la vie d’un territoire, plaide le président. Et quand je vois que dans l’Orne 14 000 personnes ne mangent pas à leur faim, j’appelle ça un problème. » Et d’invoquer : « Dans le département, il y a de nombreuses entreprises qui fonctionnent très bien. Les données sont publiques, d’ailleurs. Donc je sais que quand je vais démarcher une entreprise qui dégage 500 000 € de bénéfices pour lui demander 10 000 €, ce n’est pas une question d’argent. C’est une question de valeurs. » Son message est simple : « Il faut comprendre que ce que l’on donne ne va pas bouleverser nos vies à nous, mais va représenter beaucoup pour les personnes qui vont recevoir. »
Faire connaître la Banque
L’enjeu pour les prochaines années est aussi de faire mieux connaître la Banque alimentaire. Celle-ci sert de grossiste pour les différentes associations et services publics d’aide alimentaire, dont elle est l’un des quatre grands acteurs en France avec la Croix-Rouge, le Secours populaire et les Restos du cœur. Elle n’est jamais en contact direct avec les bénéficiaires.
Pascal Vigel compte donc développer des actions au contact direct des personnes dans le besoin et associer plus souvent l’image de la Banque alimentaire aux actions directes de ses partenaires. « Je rencontre souvent des élus locaux qui m’avouent ne rien comprendre à ce que l’on fait, explique-t-il. Et de revendiquer : On est deux fois plus importants que les Restos, d’autant plus qu’on ne fonctionne pas que l’hiver. Mais on est beaucoup moins connus, car eux rencontrent les gens et ont une grande campagne de communication autour de leurs actions. On doit s’en inspirer. »
Il rêve également d’une sorte de réseau « d’aide alimentaire de l’Orne, qui permettrait aux quatre grosses structures de se coordonner pour répondre aux besoins dans tout le département. »