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80e D-Day. À Berjou, le Blackwater Museum exhume une bataille oubliée de la Seconde Guerre mondiale

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photo  romain bon a fondé le blackwater museum en 2011, à berjou, dans l’orne.  ©  martin roche / archives ouest-france 3

Romain Bon a fondé le Blackwater Museum en 2011, à Berjou, dans l’Orne. © Martin ROCHE / ARCHIVES OUEST-FRANCE

Fondé en 2011, le musée de Berjou (Orne), devenu Blackwater Museum, regorge d’objets liés à la Seconde Guerre mondiale, trouvés dans des greniers ou offerts. Derrière chaque pièce, une histoire que Romain Bon et son fils Louis peuvent raconter, exhumant une bataille oubliée.

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À l’occasion du 80e anniversaire de la fin de la Bataille de Normandie, Ouest-France et le conseil départemental de l’Orne vous proposent de découvrir un dossier de onze articles consacré à l’événement. Ce papier avait été publié une première fois le 16 août 2023.
Situé entre Flers et Caen, le Blackwater Museum à Berjou (Orne) est un lieu intimiste où s’exposent des centaines de pièces liées la Seconde Guerre mondiale. Ici, pas d’achat sur Internet ou d’objets dénichés dans des brocantes ou des bourses. Tout a été trouvé dans des greniers ou offert. Ce musée entièrement bénévole, dont le prix d’entrée est libre, existe depuis plus de dix ans.

Exhumer une bataille oubliée

Romain Bon, 43 ans, tient une caisse rouillée de munitions allemandes dans les mains. Il vient de recevoir ce nouveau don, dont la place est déjà trouvée : sur la cheminée du musée. « Elle paraît banale mais en fait il y a deux trous. Un agriculteur l’a fixée sur son tracteur pendant très longtemps et s’en servait comme caisse à outils. Dans un autre musée elle n’aurait pas eu sa place », décrit le fondateur du musée. Ici, derrière chaque pièce exposée se cache une histoire, celle de sa réutilisation pendant ou après la guerre ou de la personne qui l’a trouvé.

« Une mamie m’a appelé. Elle avait gardé un plat de la guerre. Je suis allé dans son Ehpad, et en retournant l’assiette, j’ai découvert l’emblème nazi gravé. C’est complètement dingue. » Il y a bien sûr des fusils de guerre, certains retrouvés dans des cheminées, ou des obus mais aussi des objets du quotidien des soldats, comme cette lampe dynamo qui fonctionne toujours quatre-vingts ans après ou encore cette boîte de poudre de talc servant à apaiser les ampoules. « Le plus difficile à trouver, ce sont des vestes anglaises. Les habitants n’avaient plus rien après la guerre et les agriculteurs mettaient les vestes pour travailler. Quand elles étaient usées, elles étaient jetées au feu. » Il ne désespère pas et lorgne déjà sur son Graal.

Depuis un échec scolaire jusqu’à expert de la guerre

À Berjou, commune d’un peu moins de 500 habitants, les combats ont fait rage les 15, 16 et 17 août 1944, 35 soldats britanniques ont été tués, une dizaine de civils sont morts ainsi que soixante-dix soldats allemands. Cette bataille décisive dans la percée des Alliés est l’une des dernières de Normandie. Mais elle a été oubliée pendant soixante-sept ans au profit d’une mémoire qui s’est concentrée sur les plages du Débarquement. La vie a continué. Jusqu’à ce que Romain Bon exhume un peu par hasard l’opération Blackwater, du nom du Noireau, la rivière du village.

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Malgré un grand-père fait prisonnier en Allemagne pendant cinq ans, l’Histoire n’intéressait pas spécialement celui qui était « en échec scolaire ». Mais en 2011, tout change. Pour tuer le temps, le salarié aux services techniques d’un Ehpad arpente les champs de la commune avec son détecteur de métaux à la recherche de pièces d’or. « Je suis tombé sur deux douilles de balles. Je suis allé voir les anciens de Berjou et ils m’ont raconté la bataille. Je n’y connaissais rien du tout », raconte-t-il en tournant la même douille accrochée à un porte-clés.

photo romain bon a fondé le musée de la libération de berjou en 2011 qui sera ensuite renommé « blackwater museum » du nom de l’opération qui a libéré la commune.  ©  martin roche / archives ouest-france

Romain Bon a fondé le musée de la Libération de Berjou en 2011 qui sera ensuite renommé « Blackwater Museum » du nom de l’opération qui a libéré la commune. Martin ROCHE / Archives OUEST-FRANCE

C’est le déclic. Il passe des heures à écouter le témoignage de Robert Guillain, 16 ans au moment du conflit (décédé en 2018), qui le prend sous son aile et lui apportera les premiers objets du musée comme cette casquette de sous-officier allemand. Il est même prêt à faire quelques sacrifices. « J’ai jamais bu une goutte d’alcool de ma vie. Un papy de Berjou a insisté pour que je boive la goutte pour me raconter la guerre. J’ai trempé mes lèvres », confesse-t-il.

« C’était un concours entre les habitants du village »

Marqué par ces rencontres, Romain Bon ratisse les champs de bataille, fouille les greniers avec son fils Louis, âgé de 10 ans à l’époque, et avale de la documentation. Très vite, il accumule beaucoup de matériel chez lui. Bénédicte Bon, son épouse, fait d’abord les gros yeux mais rapidement, elle devient présidente de l’association qu’il crée. L’idée d’ouvrir un petit musée germe et le bâtiment est tout trouvé : ce sera dans une petite maison où les Anglais ont été bombardés par les Allemands. Le musée ouvre en 2012. « Au début c’était un concours entre les habitants du village. Ils disaient “tiens-moi j’ai donné ça”,moi j’ai donné ça, c’est mieux” », sourit-il, en sortant un éclat d’obus caché dans une poutre.

photo des archives tirées de la période de l’occupation et de la libération de berjou, exposées au musée de berjou (orne).  ©  archives ouest-france

Des archives tirées de la période de l’Occupation et de la Libération de Berjou, exposées au musée de Berjou (Orne). Archives Ouest-France

Il s’improvise alors guide et les débuts sont hésitants. « Lors des premières visites on me demandait : “Qui a libéré Berjou ?” À part dire “les Anglais”, je ne savais rien de plus », raconte-t-il. Peu de monde croit en son projet mais, à force de persuasion, les dons et les coups de fil affluent. Le musée devient vite trop petit.

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Si les derniers témoins de la guerre ne sont plus très nombreux, Romain Bon a confiance dans la nouvelle génération qu’il rencontre lors de camps de reconstitutions historiques. Il peut aussi compter sur son fils Louis, 22 ans. Ce dernier, plus à l’aise avec la langue de Shakespeare, contacte les Sherwood Rangers britanniques lorsqu’il retrouve un casque anglais caché dans un buisson. Ensemble, ils parviennent à identifier le soldat mort au combat.

Une veste d’un commandant de la 1re division SS

L’une des pièces phares du musée est une veste en parfait état d’un commandant de la 1re division SS Panzer-Division. Elle a été retrouvée dans le placard d’une des maisons de la commune. Le lendemain, la famille qui a fait le don de la veste retrouve le casque du commandant SS. « Ils avaient des vestes de rechange. On suppose que dans la bataille, il s’est enfui. On a remarqué aussi qu’il s’était fait coudre des faux pectoraux pour paraître plus costaud devant ses hommes », avance Romain Bon.

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Après de nombreuses recherches, le soldat qui portait cette veste est identifié. « Il s’agit de Klaus Besch, commandant du Weerf. Il était trop petit pour rentrer dans la garde rapprochée d’Hitler, il est parti dans la police allemande puis en Afghanistan pour donner des cours et a fait la guerre en Russie. Il a eu une médaille pour ça. C’était un proche d’Himmler. Il a réussi à échapper à la guerre et sera jugé », retrace Romain Bon.

Article republié dans le cadre d’un partenariat rémunéré.

 
Maxime ARNOULT.    Ouest-France  

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