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Avec l’association Un abri qui sauve des vies, elles aident les victimes de violences dans l’Orne... |
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Comme dix autres personnes dans l’Orne, Diane se porte volontaire pour accueillir une victime de violences intrafamiliales dans son logement à Alençon. © Ouest-France
Active en Normandie depuis le mois de février 2025, l’association d’aide aux victimes de violences intrafamiliales Un abri qui sauve des vies trouve peu à peu un écho dans l’Orne. Ouest-France a rencontré une « abritante » citoyenne d’Alençon, et échangé avec une coordinatrice de l’association nationale.
« J’ai une chambre d’amis qui est très souvent vide, mais je ne veux pas vivre en colocation, alors autant qu’elle soit utile », explique Diane (le prénom a été modifié), une fonctionnaire territoriale de 30 ans. Depuis février, cette jeune femme habitant dans le centre-ville d’Alençon (Orne), met à disposition ces quelques mètres carrés pour l’association nationale Un abri qui sauve des vies.
Comme elle, plus de 1 000 foyers à travers la France proposent une chambre, un canapé-lit ou un studio comme hébergement d’urgence citoyen, gratuitement et sans contrepartie, pour accueillir des personnes victimes de violences intrafamiliales. « L’association n’existerait pas sans les abritants », reconnaît Harmony Brulon, coordinatrice nationale d’Un abri qui sauve des vies.
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« Huitième département avec le plus de violences intrafamiliales »
Lancée en février 2025, l’antenne normande compte 79 citoyens « abritants », dont onze dans l’Orne, d’Alençon au Perche (voir infographie). « Pour l’heure, il n’y a pas eu d’« abrités » dans l’Orne, mais on sait qu’il y a 50 % des féminicides en territoire rural, alors que seulement un tiers des Françaises y habitent. »
Une réalité dont a conscience Diane, qui rappelle que « l’Orne est le huitième département de France le plus touché par les violences intrafamiliales », comme l’avait déploré Salima Saa, la secrétaire d’État chargée de l’Égalité femmes hommes en octobre 2024.
Alors, pour cette fonctionnaire « souvent confrontée aux questions d’égalité femmes - hommes » dans son travail, il était « logique » de proposer un « cadre sécurisant et respectueux le temps des procédures. Tout ce que je peux faire, c’est offrir un peu d’humanité, en étant disponible pour recevoir la personne quelle qu’elle soit, mais on n’est pas là pour la sauver. »
« Une étape dans le parcours de reconstruction »
Ce n’est pas Harmony Brulon qui va la contredire : « On présente l’« abritée » comme une personne, on n’explique pas aux « abritants » son histoire personnelle, ce sont des bénévoles qui se chargent de son suivi de ce côté-là . » Pour que l’accueil se fasse en toute sécurité, une évaluation de la situation de la victime est réalisée en amont de la mise à l’abri, « pour juger du niveau de dangerosité potentiel via différents facteurs comme le degré d’emprise et le risque de traque, mais, depuis notre lancement en 2020, nous n’avons pas eu de telle situation », rassure la coordinatrice nationale de l’association.
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Un aspect sécuritaire qui vaut aussi pour les abritants : identités et logements font l’objet de vérifications pour s’assurer de leurs motivations et des conditions d’accueil. Tous les feux sont au vert pour l’appartement de 70 m² de Diane, qui y vit avec ses deux chats. « Je n’ai pas encore accueilli de victimes, donc ce n’est pas tout à fait concret pour moi », reconnaît celle qui voit le passage dans son logement comme « une étape dans le parcours de reconstruction » des victimes.