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Prisons pour narcotrafiquants : Gérald Darmanin envisage 3 autres sites d’ici la fin du quinquennat... |
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La garde des Sceaux Gérald Darmanin, le 17 février à la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne). Celle-ci va accueillir des narcotrafiquants d’ici au 15 octobre. © AFP
Gérald Darmanin aménagera deux prisons pour détenus dangereux, à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) en juillet et à Condé-sur-Sarthe (Orne) en octobre. Si le test est concluant, trois autres pourraient voir le jour d’ici à 2027. « On va apprendre avec ces deux premiers établissements, nous généraliserons ensuite », a précisé le ministre de la Justice auprès de plusieurs journalistes dont ceux de « Ouest-France ».
Gérald Darmanin a « décidé de taper fort » en décidant la création non pas d’un, mais de « deux établissements de haute sécurité » dès cette année. Le centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil, près de Lens (Pas-de-Calais), sera le premier transformé, pour une mise en service le 31 juillet ; celui de Condé-sur-Sarthe, près d’Alençon (Orne) sera réaménagé à l’automne. « Ça fait 200 narcotrafiquants qui, d’ici le 15 octobre, seront totalement à l’isolement du reste de la société », a annoncé le garde des Sceaux sur France 2, jeudi 6 mars.
Les détenus qui se trouvent dans les deux établissements et ne sont pas considérés comme dangereux par le ministère de la Justice seront transférés vers d’autres centres pénitentiaires avant le lancement des travaux nécessaires. « On fera, pendant deux mois, des formations pour les agents, une sécurité totale et des travaux » – estimés à 4 ou 5 millions d’euros pour chacune des deux prisons – avant d’y intégrer progressivement de nouveaux détenus.
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Les travaux envisagés consisteront à installer des scanners pour les contrôles, des cages de Faraday empêchant toute communication par les ondes, la pose de caillebotis aux fenêtres et de dispositif interdisant toute livraison d’objets par drones, la création de parloirs « sans contact physique », équipés d’hygiaphones…
Les futurs détenus n’auront pas de contacts entre eux dans ces nouvelles prisons, où les promenades seront individuelles et placées sous la surveillance de deux agents pénitentiaires, les unités de vie familiale absentes, les communications téléphoniques avec l’extérieur strictement encadrées (trois fois deux heures par semaine, à partir des téléphones fixes de la prison) et les fouilles régulières.

La prison de Condé-sur-Sarthe (Orne), ouverte en 2013, est l’une des plus sécurisées de France. Mathis Harpham, Ouest-France
Quatre ou cinq prisons à terme
Ce régime particulier, imaginé par Gérald Darmanin, vise à empêcher les détenus susceptibles d’organiser des opérations illégales depuis leurs cellules de continuer à le faire en toute impunité. Le garde des Sceaux, lors d’une rencontre avec plusieurs journalistes dont Ouest-France, a estimé leur nombre « entre 600 et 1 000 » aujourd’hui en France, qu’il s’est fixé pour objectif de séparer des autres détenus en les plaçant dans des établissements de haute sécurité. « Il nous faudrait quatre prisons de ce type à terme, et peut-être une cinquième dans un territoire d’Outre-mer », calcule déjà le ministre, qui envisage le déploiement de ce dispositif « d’ici la fin du quinquennat », en 2027.
Les éventuelles ouvertures futures, qui pourraient se faire en aménagement des quartiers de haute sécurité séparés au sein de grandes centrales pénitentiaires, dépendront du bon fonctionnement des centres de Vendin-le-Vieil et de Condé-sur-Sarthe. « On va apprendre avec ces deux premiers établissements, nous généraliserons ensuite », précise Gérald Darmanin dans des propos recueillis par Ouest-France.
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Parmi les éléments qui feront le succès – ou les limites – de ces prisons d’un nouveau type figure la capacité de l’État à créer un environnement adapté à leur bon fonctionnement. Le recrutement de nouveaux agents, « qui feront désormais l’objet d’une habilitation spéciale et que nous anonymiserons [leurs noms n’apparaîtront plus dans les procès-verbaux] pour qu’ils ne fassent pas l’objet de pressions », en fait partie. Mais il faudra également « renforcer » les services locaux appelés à intervenir au sein des nouvelles unités de sécurité, qu’il s’agisse de médecins ou de policiers et gendarmes chargés des transferts de détenus.