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Reportage. L’association Alterfixe recréé du lien pour les futurs agriculteurs... |
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François Poulain et Aurore Rousseau, paysans boulangers, à gauche du coordinateur William Petipas, ont ouvert un fournil à domicile grâce à l’association Alterfixe. © Capucine Barat-Gendrot
Une vie d’engagement. Comment pallier la pénurie d’exploitants agricoles ? Depuis trois ans, l’association Alterfixe facilite dans l’Orne les rencontres entre agriculteurs partant à la retraite et les futurs repreneurs.
Un troupeau de velles (veaux femelles) accourent vers Florian Dereix. « Je veux travailler avec des vaches depuis que je suis tout petit », sourit l’agriculteur de 36 ans, installé dans sa ferme laitière à Fresnaye-au-Sauvage (Orne) depuis un an. L’ancien ingénieur agronome a bénéficié du soutien d’Alterfixe, association aidant les futurs repreneurs du bocage ornais, où se trouvent beaucoup de fermes d’élevage.
À ses côtés, William Petipas, coordinateur de l’association, qui a « constaté il y a trois ans une difficulté à avoir des repreneurs sur les fermes ». Avec d’autres passionnés du monde rural et d’agriculture biologique, ils montent le projet Alterfixe. En 2024, le collectif d’une quinzaine de bénévoles devient une association, classée « pépite 2025 » par la Fondation de France, qui salue ainsi son engagement et son utilité. « On est encore tout jeunes », reconnaît Claire Le Peltier, 36 ans, bénévole et artisane galétière soutenue par la structure.
Ces volontaires s’attaquent à une problématique agricole majeure : la reprise de fermes après le départ des exploitants. Leur population en France est passée de 2,5 millions en 1955 à 400 000. L’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) estime que la moitié des agriculteurs et agricultrices installés en 2020 partiront à la retraite d’ici à 2030. Le nombre de reprises recule. Pour trois départs en retraite, seules deux installations ont lieu.
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« Le réseautage m’a aidé »
Comment attirer de nouveaux venus dans ce milieu difficile d’accès ? Alterfixe organise des rencontres depuis 2022 pour ouvrir les portes aux « Nima », ces curieux « non-issus de ce monde agricole ». Le public y découvre le métier en visitant des exploitations. « On travaille aussi sur des scénarios de reprise de fermes, pour avoir toutes les données techniques et économiques, pour expliquer comment ça marche concrètement et mettre un peu les mains dans le cambouis », précise William Petipas. Les bénévoles sont présents pour aider et accompagner avant même l’installation,
« pour créer les rencontres et animer un réseau local ». Avec succès. Selon lui, sur 150 des personnes ayant assisté aux rencontres Alterfixe, vingt-cinq vivent dans le bocage et huit se sont installées.
Ainsi, Florian Dereix est devenu salarié de la ferme du Haut-Chêne, dans l’Orne, avant de la racheter après le décès de l’exploitant. « On est sur un territoire accueillant, avec un côté alternatif et un réseautage qui m’a aidé. Je me suis rapidement senti chez moi ici », confie-t-il, un regard vers ses vaches qui pâturent dans le pré.
Ce constat est partagé par Aurore Rousseaux et François Poulain, 41 ans, installés depuis plus d’un an comme paysans-boulangers à Lougé-sur-Maire (Orne). Travaillant dans la publicité, le couple cherchait, après avoir « réfléchi au sens du travail », à vivre en milieu rural. « On s’était projetés dans des endroits où peut-être s’installer. Mais on restait un peu des étrangers en visite. L’Alterfixe nous a intégrés, en particulier auprès des agriculteurs bio. » Claire Le Peltier, la paysanne galétière, hoche la tête. Le bébé d’Aurore et François dans les bras, elle rigole : « C’est du réseau, du réseau, du réseau ! » Ici, tout le monde se connaît, se tutoie, se rend visite.
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Florian Dereix, à droite, est l’un des premiers à avoir été aidé par Alterfixe. Aujourd’hui, il cherche des associés pour sa ferme du Haut-Chêne. Capucine Barat-Gendrot
Une reprise à plusieurs
Quand « une personne cherche des terres, on lui propose d’aller rencontrer telle personne qu’on a identifiée parmi un panorama de cédants ou de gens en recherche d’associés ». Aujourd’hui, Florian Dereix cherche des associés dans la société coopérative (SCIC) qu’il a créée pour gérer sa ferme du Haut-Chêne. Près de 140 sociétaires, des coopérateurs souscrivant des parts sociales, participent déjà financièrement à son projet. En s’associant à d’autres passionnés, Florian voudrait diversifier les activités de la ferme.

Pour le coordinateur d’Alterfixe, William Petipas, le collectif Alterfixe est un moyen d’éviter que les bâtiments agricoles ne tombent en ruine avec de nouveaux repreneurs. Capucine Barat-Gendrot
« L’agriculture, c’est un bien commun »
Alterfixe prône un modèle durable, met en avant William Petipas : « L’agriculture, c’est un bien commun et pas juste l’affaire d’agriculteurs pour leurs résultats économiques. Elle sert à nous nourrir, à protéger la biodiversité, les paysages. »
Cette dynamique entraîne une certaine émulation dans le bocage. « Des dizaines de personnes ont des idées de projet à des stades plus ou moins avancés et autour d’elles, des dizaines d’autres se questionnent », s’enthousiasme François Poulain. L’association s’exporte même depuis cette année avec des camps en Mayenne et dans le Lot-et-Garonne.
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Pour plus d’informations : site d’Alterfixe.
Un autre sera organisé à Athis-Val-de-Rouvre dans l’Orne du 22 octobre au 1er novembre 2025.