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Alençon. Les Jardins de l’espoir, plus qu’un simple tremplin vers l’insertion professionnelle... |
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De gauche à droite : Thierry Leroyer, directeur du Collectif d’urgence, Eric Thireau, encadrant technique du jardin et Michelle Lemaitre, présidente du Collectif d’urgence. © Ouest France
Les Jardins de l’espoir proposent depuis vingt-cinq ans un poste de travail à ceux qui rencontrent des difficultés d’accès à l’emploi. Avec un nombre croissant de salariés et d’adhérents, l’initiative du Collectif d’urgence d’Alençon (Orne) cherche désormais à inclure plus d’habitants au projet.
Ici, 2 000 pieds de tomate prennent un bain de soleil. Là , des plants de sarriette et de ciboulettes se reposent au milieu d’autres aromatiques. Au total, une cinquantaine de variétés de fruits et légumes, labellisés Agriculture biologique depuis 2017.
Aux quatre coins des Jardins de l’espoir, situés à Alençon (Orne), s’activent vingt salariés en insertion, dont les trois-quarts habitent les quartiers de Perseigne et Courteille. Un chiffre record. À sa création, à la fin des années 1990, le Collectif d’urgence employait cinq personnes pour développer ce site d’un hectare. La surface a désormais doublé, mais l’objectif reste inchangé : remettre en selle ceux qui rencontrent des difficultés dans l’accès à l’emploi.
Une forme de tremplin à temps partiel vers une activité professionnelle, d’une durée de six à vingt-quatre mois. « Ils restent en moyenne quatorze mois avant de trouver un emploi ou une formation, précise Michelle Lemaitre, présidente de l’association depuis son origine. Le tout, c’est qu’ils trouvent une solution à la sortie. » C’était le cas pour 77 % des salariés de l’association en 2020.
40 bacs potagers pour les habitants de Courteille
Parmi eux figure Anne, venue acheter ses légumes en ce jeudi matin. Après deux ans aux Jardins de l’espoir, elle a décroché en mars un CDI à l’Union nationale de l’aide, des soins et du service à domicile (UNA). « J’ai grandi dans une famille d’agriculteurs, donc cette activité m’a permis de retrouver des souvenirs d’enfance, décrit cette habitante de Perseigne. Ça m’a redonné confiance en moi, et j’ai pu gagner de l’argent tout en faisant évoluer mon projet professionnel. »

Ce jeudi matin, les apprentis maraîchers mettent en place des bâches autour des pieds de concombre des Jardins de l’espoir, dans le quartier de Courteille. Ouest France
Car les salariés développent des compétences en vue de leur futur métier. Au point de créer des vocations. « J’ai appris plein de nouvelles techniques, et même développé une passion pour le maraîchage, témoigne Jocelyn, ancien industriel employé depuis fin avril. C’est dans cette voie-là que je souhaite désormais m’orienter. » Au-delà de l’aspect jardin, les salariés sont aussi en charge de la préparation et la livraison des commandes, Ils sont amenés à manipuler les chiffres, utiliser la caisse, entretenir les relations avec le client,précise Thierry Leroyer, directeur du Collectif d’urgence. Nous proposons des candidats à Pôle emploi dans ce secteur en tension. »
Malgré la crise sanitaire, le Collectif d’urgence développe d’autres actions, comme l’installation de 40 bacs potagers au pied des immeubles de Courteille fin mai. « Les habitants qui n’ont pas de jardin ont pu retoucher à la terre et s’approprier cet espace, précise Éric Thireau, encadrant technique du jardin depuis une dizaine d’années. Ça permet aussi une meilleure intégration sociale. »
Circuits courts et cantines scolaires
Des travaux sont également en cours pour bâtir une conserverie, qui transformerait la surproduction et les produits abîmés du jardin. « La lutte contre le gaspillage fait partie de nos priorités », assure Michelle Lemaitre. C’est ainsi que le jardin s’est doté d’un système de récupération d’eau de pluie, qui alimente un arrosage goutte-à -goutte.

Sous cette serre poussent près de 2 000 pieds de tomate de cinq variétés différentes, parmi lesquelles la cœur de bœuf et la noire de Crimée. Ouest France
Les Jardins de l’espoir étendent aussi leur clientèle. Après la cuisine centrale de Sodexo, ils fournissent celle du lycée Navarre Leclerc, d’Alençon, en fruits et légumes depuis l’an dernier. Avant des partenariats avec d’autres établissements scolaires à la rentrée prochaine. « Le rapprochement avec la restauration collective entraîne d’autres compétences pour nos salariés, comme la réponse aux besoins du marché économique », se réjouit Thierry Leroyer.
Sans oublier la vente aux particuliers, qui reste au cœur du processus. « Les adhérents font comme partie de la famille, assure la présidente de l’association. S’ils viennent ici, c’est qu’ils souscrivent à notre démarche de réinsertion professionnelle. » Ils sont désormais 400 à venir chercher leurs produits le matin. Un chiffre en constante augmentation, grâce au bouche-à -oreille et aux animations du Collectif d’urgence. « On se sent toujours comme chez soi ici. C’est apaisant », s’enthousiasment Annick et Antoine, fidèles clients depuis dix ans.