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Damigny. La serrurerie peine à recruter, elle ouvre ses portes aux demandeurs d’emploi... |
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Olivier Foulon, président de R2C, rencontre des problèmes de recrutement depuis la création de l’entreprise, en 1994. © Ouest France
Depuis janvier, l’entreprise R2C (Réalisation chaudronnerie charpente), située à Damigny (Orne), cherche à recruter six employés. Sans succès. Pour attirer des candidats, elle a contacté Pôle Emploi qui y a organisé une visite d’atelier avec des personnes à la recherche d’un job.
À peine entrés dans le hall de fabrication, on est assourdi par les claquements et chuintements des machines. Chez R2C (Réalisation chaudronnerie charpente), située dans la zone industrielle de Damigny, près d’Alençon, dans l’Orne, on taille, perce et découpe le fer depuis 26 ans. « Nous avons des clients dans toute la Normandie et la région parisienne », explique Gilles Foulon, fondateur et président de l’entreprise.
Avec 6,5 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, ce fabricant de constructions métalliques fait partie des références dans la région. Pourtant, elle fait face à de sérieuses difficultés de recrutement. « Nous avons 43 salariés, mais nous en aurions idéalement besoin d’une cinquantaine , témoigne-t-il. Cela fait longtemps que l’on cherche du personnel, mais le problème s’est accentué avec la crise. Nous commençons à avoir des soucis pour pouvoir satisfaire nos clients. » D’autant que le carnet de commandes est rempli pour l’année à venir.

La hall de fabrication de l’entreprise M2C est divisée entre plusieurs espaces : la soudure, l’assemblage et la peinture. Ouest France
Pour tenter de contrer la tendance, l’agence Pôle Emploi d’Alençon organise des visites destinées aux demandeurs d’emploi dans les domaines qui peinent à recruter. Histoire de rendre tout ça très concret. « Si les demandeurs d’emploi sont intéressés, nous leur proposons ensuite une immersion en entreprise d’une à trois semaines, voire une formation », précise Fabula Dubois du service entreprises de Pole Emploi.
Minutie et esprit d’équipe
Mardi 18 mai, cinq d’entre eux sont venus découvrir l’atelier dans lequel sont fabriqués passerelles, portes, pergolas, et autres escaliers. « Savoir lire un plan est primordial », martèle Gilles Foulon dès l’entame de la visite. Parmi les autres compétences requises, l’esprit d’équipe et la rigueur dans ses tâches.
Plus loin, seul un employé est dédié à la peinture des garde-corps. « Et encore, c’est un peintre polyvalent , souffle le gérant de R2C. Nous sommes obligés de multiplier les compétences. » Heureusement, la technologie leur a permis de gagner en efficacité, à l’image de la machine de découpe laser. « Elle travaille la nuit et de façon plus propre. Nous n’avons plus que deux salariés sur ce secteur, contre quatre auparavant. »

Gilles Foulon, président de M2C, a répondu aux questions des cinq demandeurs d’emploi au cours de la visite. Ouest France
Jacques l’écoute attentivement. Éducateur pendant 20 ans, il cherche à se reconvertir dans les métiers de l’industrie. « J’ai fait un bilan de compétences en mars, et ça a été une révélation, témoigne l’Alençonnais. C’est un travail qui semble brutal, mais je trouve ça apaisant. » À 51 ans, il devrait intégrer le centre Afpa d’Alençon en juillet pour réaliser une formation soudure, tout comme le benjamin du groupe, âgé de 19 ans.
Un seul recrutement depuis janvier
S’ils ont participé à cette action, ces cinq demandeurs d’emploi ne semblent pas encore convaincus de leur intérêt pour la profession. Seuls deux d’entre eux ont déposé un CV. « C’est mieux que rien, se rassure le patron de R2C. Nous avions déjà fait le même type d’opération avec la Fédération du Bâtiment, mais elle n’avait pas porté ses fruits. »
Assembleurs, serruriers, soudeurs… Depuis le début de l’année, l’entreprise recherche six salariés, pour son atelier et ses chantiers. Mais ses sources de recrutement habituelles semblent épuisées. « Les étudiants en CAP serrurier métallier au lycée Mézen, on les voit en stage, mais on ne sait pas où ils vont après. » Même constat avec les boîtes d’intérim, qui ne sont plus pourvoyeuses de candidatures.

Gilles Foulon montre au visiteur les barres de fer percées par la nouvelle grenailleuse. « Cette machine nous a permis de gagner 15 % de temps de fabrication » abonde-t-il. Ouest France
Selon lui, la pierre d’achoppement provient du manque d’attractivité du secteur. « Tous nos salariés sont originaires du bassin d’Alençon. C’est impossible de faire venir des gens ici , s’inquiète Gilles Foulon. Les jeunes aspirent désormais à quitter l’Orne. » Et Jacques d’avouer : « J’hésite encore avec des entreprises du côté de Cherbourg et Saint-Nazaire. »