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À Lille, ouverture du procès de dockers du Havre pour un « juteux » trafic de drogue... |
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Neuf personnes sont jugées pour leur participation à un lucratif trafic de cocaïne et de cannabis au port du Havre. © Archives Natalie DESSE
Depuis ce lundi 22 novembre 2021, neuf personnes impliquées dans un trafic de drogue sur le port du Havre (Seine-Maritime) comparaissent devant le tribunal de Lille (Nord). Un premier docker a été appelé à la barre.
Le procès de neuf personnes, dont des dockers, pour leur participation à un lucratif trafic de cocaïne et de cannabis au port du Havre, dans le cadre duquel un docker avait été enlevé et tué en 2020, s’est ouvert ce lundi 22 novembre 2021, à Lille (Nord). Onze personnes devaient initialement être jugées devant le tribunal correctionnel de la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) mais deux le seront finalement le 1er février, leur avocate étant retenue par un autre procès.
Sur les neuf prévenus, sous contrôle judiciaire, un ne s’est pas présenté au tribunal. Les têtes pensantes du trafic seront jugées ultérieurement, a priori en 2022, par une cour d’assises spéciale.
Une « rentabilité exponentielle »
Plus lourd volet de ce dossier, l’enlèvement et le meurtre en juin 2020 d’un docker du Havre – mis en examen depuis 2018 pour sa participation présumée à ces trafics – est toujours en cours d’instruction.
En ouverture du procès, la présidente de la formation correctionnelle de la Jirs, Audrey Bailleul, a souligné l’ampleur, avec un chiffre d’affaires de 4,5 millions d’euros, de ce trafic de cocaïne et de résine de cannabis entre l’Amérique latine, les Antilles et la métropole.
L’argent tiré de la cocaïne, cachée dans des conteneurs transportant des marchandises licites puis sortie du port grâce à des « complicités au plus niveau », était en partie réinvesti dans de la résine de cannabis, envoyée aux Antilles, avec une « rentabilité exponentielle ».
1,8 tonne de cocaïne saisie
Plus de 1,8 tonne de cocaïne et 445 kg de résine de cannabis ont été saisis, a rappelé Audrey Bailleul. Niant y avoir participé, le docker tué en 2020 avait donné « un résumé assez complet du mode opératoire », confirmé par la sonorisation des lieux où se retrouvaient les mis en cause.
Pour ce « marché juteux », « la concurrence est rude », il y a des « trahisons », a souligné la magistrate, indiquant que des achats d’armes et des « projets d’assassinats contre des équipes concurrentes » apparaissent de façon récurrente dans les écoutes.
L’un des hommes renvoyés aux assises a été enlevé et aspergé d’essence, a-t-elle souligné.
Le premier prévenu entendu n’est pas un docker mais un habitant du quartier populaire jouxtant les terminaux du port et connaissant les organisateurs présumés du trafic. Interrogé sur ses achats en liquide de produits de luxe et d’un séjour à Dubaï, ainsi que sur des conversations enregistrées selon lesquelles il aurait touché 50 000 €, il a nié toute participation.
Un premier docker à la barre
Parmi les prévenus, un premier docker à s’être avancé à la barre. « Trouver un chauffeur pour les évacuations de cocaïne, fournir des faux documents de sortie de containers : cela ferait partie des missions qui vous sont prêtées, lui a listé la présidente. Vous êtes parfois décrit comme le plus influent. »
Pouvait-il, grâce à son statut de délégué syndical, accéder aux références des conteneurs ciblés par les contrôles douaniers pour les éviter ? Approché par un des cerveaux de ce trafic, le prévenu maintient avoir toujours refusé de participer à sortir du port des conteneurs par lesquels passait la cocaïne.
« Comment expliquez-vous qu’il y ait autant de cocaïne qui circule sur le port du Havre ? l’interroge le procureur. Il y a des complicités […] au niveau du personnel portuaire ? » « Si demain je veux faire sortir un container qui ne m’est pas destiné, il faut absolument que les autorités portuaires m’autorisent », répond calmement le prévenu.
Ami du docker tué
Le tribunal a également passé au crible sa relation avec son collègue docker, enlevé puis tué en juin 2020. Ils ont partagé le même bureau, les responsabilités syndicales et, selon les autres prévenus, 150 000 € pour autoriser la sortie des conteneurs du port, ce que conteste l’intéressé. « Vous étiez proches ? » lui demande le procureur. « Un collègue, un copain […], j’ai été à ses deux mariages », répond-il. Mais « à aucun moment je n’aurais participé à ça », a-t-il répété devant les juges.