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Normandie. À Tinchebray, la future charpente de la flèche de Notre-Dame prend forme... |
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Jean-Christophe Leroy et son salarié Nicolas Betton. © Ouest-France
Pour découper ces grumes, longues de 13 mètres, l’entreprise Feillet à Tinchebray-Bocage, dans l’Orne, a dû faire appel à une scierie mobile. Les poutres serviront à la reconstruction de la flèche de Notre-Dame-de-Paris.
Des longs troncs de chêne attendent d’être sciés. À la bombe de peinture, trois lettres ont été écrites sur ce que les spécialistes appellent des grumes : NDP pour Notre-Dame-de-Paris. Une fois découpées, ces poutres serviront à la reconstruction de la flèche de la plus célèbre des cathédrales, en proie à un terrible incendie, le 15 avril 2019. « C’est un devoir. Une contribution modeste » , confie François Feillet, à la tête de la scierie homonyme, à Tinchebray Bocage, dans l’Orne.
Le chef d’entreprise s’est porté volontaire pour prendre en charge la découpe de 30 grumes, qu’il a contribué à sélectionner dans les forêts du Perche et celle de Conches-en-Ouche, dans l’Eure.
À monument exceptionnel, arbres exceptionnels. « Ces chênes ont entre 150 et 200 ans. Ils n’ont aucun nœud. Leur rectitude est parfaite. C’est tout simplement extraordinaire » , s’émerveille-t-il. Et d’évoquer cette pièce de bois, tout juste sciée, de 400 par 600 mm, longue de 13 mètres et pesant trois tonnes. « Il s’agit de l’une des quatre plus grandes poutres qui serviront à la charpente de la flèche » , assure-t-il. Si gigantesque que les scies de François Feillet ne sont pas capables de la découper. Il a dû faire appel à Jean-Christophe Leroy, installé au Grais, non loin de La Ferté-Macé, et qui possède une scierie mobile. « Je suis spécialisé en grande longueur et je me déplace à travers toute la France » , indique-t-il.
200 000 €
Lorsque le scieur itinérant est sur les routes, il ne passe pas inaperçu. Son convoi, long de 18 mètres, est formé d’un gros pick-up – sur lequel est installé un groupe électrogène – et de la scierie mobile, faite d’une solide structure métallique, sur laquelle repose la grume, et d’une scie mobile qui se déplace sur des rails. Un vrai petit bijou de technologie : « Elle a été fabriquée en Allemagne et coûte 200 000 €. »

La scierie mobile est capable de prendre en charge des grumes de 13 mètres de long. Ouest-France
Alors, afin de la rentabiliser, pas d’autre choix que de prendre place dans le poste de pilotage, quelle que soit la météo. Ce jour-là , Jean-Christophe Leroy a de la chance, la pluie a cédé sa place au soleil. Voilà deux jours qu’il a attaqué la découpe des grumes pour Notre-Dame-de-Paris. Lui aussi l’affirme, sans craindre le chauvinisme : « Les chênes normands sont les meilleurs. J’ai rarement vu une aussi belle qualité d’arbre. »

Jean-Christophe Leroy dans la cabine de sa scierie mobile. Ouest-France
C’est avec une fierté non dissimulée qu’il manie les 30 manettes de la scierie mobile. Chacune a sa fonction, mais ce qui fait véritablement la différence, c’est l’œil de celui qui la pilote. « J’essaye de faire en sorte que la découpe soit la plus nette et la plus droite possible » , explique-t-il. Ainsi, une fois que la grume est emprisonnée dans la machine, la scie découpe de longues planches jusqu’à ce qu’il ne reste plus que la poutre aux dimensions désirées.

De longues planches sont d’abord découpées pour obtenir la poutre à la bonne dimension. Ouest-France
« Une bonne lame bien affûtée »
Pour l’aider dans cette tâche, Jean-Christophe Leroy peut compter sur Nicolas Betton, l’un de ses salariés. Leur prudence est maximale. Un accident est si vite arrivé. Les mains du chef d’entreprise peuvent en témoigner. Mais ce qui frappe le plus, c’est la facilité avec laquelle la scie tronçonne le bois. « Ce qui compte, c’est une bonne lame bien affûtée » , confirme le spécialiste. Alors, chaque matin, il s’affaire à la rendre aussi tranchante que possible. Et pour la lubrifier, il utilise de l’huile de colza fabriquée dans le Bocage.

Pour manipuler la scierie mobile, Jean-Christophe doit jongler avec une trentaine de manettes. Ouest-France
Un travail préparatoire qui n’empêche pas les mauvaises surprises. À l’image de cette grume qui renferme un éclat d’obus de la Seconde Guerre mondiale. « C’est un morceau d’histoire dans un morceau d’histoire » , sourit Christophe Leroy. Si lui a été payé pour son travail, ce n’est pas le cas de François Feillet, qui participe bénévolement à la reconstruction. Avant d’être utilisées, elles vont devoir sécher un an.