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Orne. Le confidentiel marais du Grand-Hazé cherche à attirer les regards... |
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Johann Launay est depuis sept ans le technicien en charge de la gestion du marais du Grand-Hazé. © Ouest-France
À Briouze, la plus grande zone humide de l’Orne évolue à l’abri des regards, sous la coupe du gestionnaire des lieux, Johann Launay. Mais, dès cet automne, un cheminement verra le jour pour mieux connaître ces 200 ha d’espace naturel sensible.
Mis à part un flic-flac récurrent de bottes, rien ne viendrait troubler le calme du Grand-Hazé. À l’entrée du marais briouzain classé espace naturel sensible (ENS) et Natura 2000, on est déjà happé par la chaleur moite. Les bras apparents aux premiers soleils normands, Johann Launay, conte, intarissable, le b.a.-ba de la gestion de ces 200 ha de tourbière, habitat naturel devenu rare à l’échelle européenne
.
Technicien gestionnaire de la zone, gérée par le CPIE et le département de l’Orne, Johann Launay arpente les lieux depuis sept ans. Mais aucune ressemblance avec l’image du gars qui déambule avec ses bottes et sifflote en mâchouillant un brin de paille
.

Dès cet automne, un chemin va être construit afin de permettre aux visiteurs de s’enfoncer davantage dans le marais. Ouest-France
Johann Launay coordonne notamment la concertation autour de la gestion du site.
Toute décision est prise après discussion avec tous les acteurs de la zone : agriculteurs, naturalistes, chasseurs, randonneurs, photographes naturalistes…
C’est le cas notamment pour le projet de cheminement dont les travaux devraient débuter cet automne.
Un espace protégé à découvrir
Des aménagements d’un montant de 150 000 € permettront au public de s’aventurer plus profondément dans le marais pour permettre une meilleure connaissance de cet espace naturel sensible. Le site commence à acquérir une certaine notoriété grâce au travail des naturalistes, à une gestion plus active depuis les années 1990 et des études scientifiques »,
rappelle le trentenaire.
À 32 ans, le Normand met en œuvre la gestionparticulière
de ce territoire du Bocage qui abrite plus de 184 espèces connues d’oiseaux, plus d’un millier d’insectes et des centaines d’espèces botaniques. Le projet de cheminement, financé par le conseil départemental, devrait être fini au printemps 2021 »,
selon Mickaël Houseaux, chef du bureau des ENS de l’Orne.

Un troupeau de six vaches Highland cattle aide à la gestion active du site. Stéphanie Petit
Le public pourra apprécier davantage ces tourbières, habitat naturel spécifique dont le sol abrite peu d’éléments organiques. Des espèces de plantes très particulières et relativement rares s’y développent donc, comme des plantes carnivores ou le fluteau nageant, plante flottante et spécimen phare du marais.
Un marais « intime »
Mis à part les animaux, je peux vous dire que la dernière personne qui est passée là où je parle, c’était il y a quelques mois, et c’était moi »,
se targue humblement le technicien à la démarche sûre. Le marais abrite des alliés
dans la protection des lieux, des chevaux camarguais adaptés à ce micro-climat ornais, complémentaires du troupeau de vaches Highland cattle, d’un aspect préhistorique
.
Johann Launay est déjà très seul quand il arpente de long en large les tourbières, à la recherche de colonies de hérons cendrés ou de loutres d’Europe. Si les touristes ne pourront pas s’approcher de ces espèces, pour leur protection, ils pourraient bientôt apercevoir les troupeaux.
Le cheminement, de 6,5 km de long, fera le tour de la zone et passera parfois à proximité des enclos de chevaux et vaches Highland cattle. Le sentier sera praticable uniquement à pied, et sera parfois composé d’un chemin sur pilotis en bois, dans les zones les plus humides.

Une grande partie du marais du Grand-Hazé est fermée par une douzaine de kilomètres de clôture, à moitié sous les eaux. Ouest-France
Malgré tout, la majorité des espaces ne sera pas accessible au public, pour ne pas l’altérer. Alors, dans sa position, Johann Launay se dit privilégié, dans cette mine d’or des naturalistes
. Avec ce côtépresque retiré de la civilisation »,
le gardien du marais aime avant toutl’intimité du lieu »,
concède-t-il avec une grande herbe au coin de la bouche. Finalement, un peu comme à l’image que l’on peut se faire de son quotidien.