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Quelle histoire se cache derrière la forêt d’Andaine, dans l’Orne ?... |
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Dans sa totalité, la forêt d’Andaine « fait 7 000 ha, dont 5 400 de forêt domaniale ». © Ouest-France
Espaces naturels dans le Bocage (3/5). La forêt d’Andaine, dans l’Orne, a failli disparaître en partie au XIXe siècle. Voici un aperçu, non exhaustif, de son histoire.
Dans l’Orne, la forêt d’Andaine ou forêt des Andaines, qui s’étend sur « 20 km de long » entre Domfront-en-Poiraie et Magny-le-Désert (Orne), est divisée en deux massifs, décrit Romuald Heslot, technicien forestier territorial à l’Office national des forêts (ONF). « Dans sa totalité, ça fait 7 000 ha, dont 5 400 de forêt domanial e. » Ces 5 400 ha appartiennent à l’État et sont gérés par l’ONF. « Le reste, c’est toutes les petites forêts privées qui sont autour. »
Aujourd’hui, « dans des forêts pleines comme celle-là , la mission première c’est de produire du bois », décrit Romuald Heslot. Ici, « en moyenne, on exploite à peu près 30 000 m3 de bois tous les ans », précise le technicien forestier territorial. « On sait que la forêt est capable de le supporter, ça ne la met pas en danger. » Ce besoin de bois, c’est aussi « ce qui fait que la forêt existe encore aujourd’hui », analyse-t-il.

La forêt d’Andaine a « failli disparaître en partie au XIXe siècle ». Ouest-France
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« L’avènement de la houille a sauvé cette forêt »
La forêt d’Andaine a « failli disparaître en partie au XIXe siècle. Elle était complètement ruinée, tellement elle était exploitée », retrace Romuald Heslot. En effet, « le bois était la seule source d’énergie. Il y avait pas mal de forges, de verreries, d’usines et de particuliers à alimenter en charbon de bois ». Vers les années 1850, « d’après les archives qu’on a, sur les 5 400 ha de forêt domaniale, il y en avait 2 000 ha à l’état de landes ».
C’est « l’avènement de la houille qui a sauvé cette forêt », explique Romuald Heslot. Avec moins de besoins en bois, « ça a permis à la forêt de souffler un peu. Là , les forestiers sont intervenus pour lui donner un coup de main. C’est là que les résineux ont été introduits assez massivement », raconte-t-il.
« À l’époque, la forêt était constituée à 100 % de feuillus, et les feuillus poussent moins vite que les résineux. Aujourd’hui, la proportion c’est 50 % de feuillus, 50 % de résineux. C’est une forêt qui a été énormément transformée ».
Pendant la Première Guerre mondiale, « il y a eu des camps d’entraînement pour les poilus. On retrouve des vieilles tranchées dans la forêt ». La guerre était aussi « consommatrice de bois » . Des bûcherons étrangers sont « venus pour continuer à exploiter la forêt des Andaines » . Lorsqu’après la guerre, « il a fallu reconstruire le pays » , la forêt a aussi été sollicitée.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, « c’était une base arrière de l’armée allemande, qui stockait sur le petit massif des munitions et sur le grand massif des bidons de carburants ». Du fait de la présence de ces dépôts, « ça a été copieusement bombardé au moment du débarquement en Normandie ».
À la sortie de la guerre, là aussi, la France a besoin de bois. « L’état a subventionné énormément de reboisements artificiels dans ses propres forêts, mais également dans les forêts privées. Il avait créé ce qu’on appelle le FFN, le Fonds forestier national. C’étaient des aides financières pour pouvoir replanter ».
Aujourd’hui, avec le dérèglement climatique, « Andaines, mais toutes les forêts françaises, sont en grand danger », souligne Romuald Heslot, « Il y a eu la première grosse alerte en 2003, avec la canicule, où on a vu les premiers peuplements souffrir d’un seul coup ».