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81e anniversaire du Débarquement. La Poche de Falaise-Chambois : la voie vers la Libération... |
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Reddition à Saint-Lambert-sur-Dives (Orne), le 19 août 1944. © Archives nationales du Canada
Au terme d’une percée laborieuse, les Alliés parviennent à avancer jusqu’à encercler les troupes allemandes et resserrer l’étau entre Trun, Vimoutiers et Argentan (Orne), entre le 16 et le 21 août 1944. La Poche de Falaise-Chambois, l’un des épisodes les plus meurtriers la Seconde Guerre mondiale, sera l’ultime étape de la Bataille de Normandie avant que les Alliés ne se déploient pour libérer Paris et l’Europe.
La bataille de la Poche de Falaise-Chambois sera l’ultime affrontement de la Bataille de Normandie. Cet épisode sonne l’heure de la Libération et ouvre la voie aux Alliés vers le Nord de la France, Paris et la Belgique, deux mois et demi après le Débarquement sur les côtes normandes. Ces combats, qui se déroulent entre le 16 et 21 août 1944, mettent les troupes allemandes en déroute. Au prix d’une hécatombe humaine.
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Pourquoi cette bataille porte-t-elle ce nom ?
Après le Débarquement du 6 juin 1944, les Allemands ont resserré les rangs dans les terres, à Falaise. Les Alliés de différentes nationalités vont progressivement encercler les soldats ennemis. « Les Anglais, qui ont percé au sud de Villers-Bocage, atteignent Falaise et empêchent les Allemands de se diriger vers l’Ouest, décrit Laurent Brulé, ex-militaire et historien amateur. Les troupes américaines et la 2e Division blindée française, arrivant par Argentan, encerclent l’ennemi au sud du Calvados ». Les Canadiens referment la boucle par le Nord et les Polonais à l’Est. Leur objectif commun : atteindre Chambois (Orne). D’où le nom de poche de Chambois ; « Kessel » qui signifie « chaudron » en allemand.
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Comment se sont déroulées les opérations ?
Six jours durant, l’étau va se resserrer autour des soldats du IIIe Reich. « Le but est d’empêcher tout mouvement et tout approvisionnement en munitions, nourriture et carburant, poursuit Laurent Brulé. Et surtout de créer des pertes pour affaiblir l’ennemi. » Les officiers allemands ordonnent le repli général le 15 août. Mais la nasse va se refermer en deux temps.
Le 19 août 1944, à 19 h, Américains et Polonais assurent, une première fois, la jonction de la Poche, à Chambois. Commence alors de violents affrontements. Le lendemain, le 20 août 1944, l’armée allemande l’entrouvrent en attaquant les positions polonaises sur la colline de Boisjos, à Coudehard. Mais à midi, le 21 août 1944, la brèche se referme à nouveau. Les Canadiens, retenus dans des combats à Saint-Lambert-sur-Dives, rejoignent les Polonais au manoir de Boisjos. Quelques Allemands isolés réussissent encore à fuir jusqu’au 22 août. La Bataille de Normandie prend fin à Mont-Ormel. Grégory Laignel, enseignant en histoire-géographie à Thury-Harcourt (Calvados), évoque « un déluge de feu », dans Ouest-France en juin 2019.
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Du 16 au 21 août 1944, l’étau se resserre chaque jour un peu plus, dans l’Orne, autour des troupes allemandes. Infographie Ouest-France

Spectacle de désolation après les combats de la Poche de Falaise-Chambois dans lesquels les habitants se sont trouvés coincés avec l’occupant. IWM
Quelles furent les conséquences civiles et militaires ?
Environ 100 000 Allemands étaient dans cette zone. Plus de la moitié furent faits prisonniers, entre 10 000 et 12 000 furent tués et environ 40 % s’échappèrent. « Principalement des troupes d’élite », précise l’historien. Selon Grégory Laignel, « 73 civils auraient perdu la vie entre le 13 et le 21 août dans onze villages, dont 17 réfugiés du Calvados. Cinq ont été tués par les Allemands, mais la plupart l’ont été par les tirs alliés ».
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Les Alliés enregistrèrent aussi de lourdes pertes (2 000 hommes mis hors de combat), en particulier les Polonais sur le Mont-Ormel. « Seuls 114 soldats sur 1 500 étaient encore valides », notait l’historien Yves Lecouturier dans son ouvrage 100 clés du Débarquement en Normandie. Dans le chaos des champs de bataille, on décompte 10 000 cadavres de chevaux.
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Soldats américain et polonais, à Chambois (Orne), en août 1944. NAC (Narodowe Archiwum Cyfrowe)
Pourquoi le nom de Falaise est-il associé à ces combats qui ont eu lieu dans le département voisin de l’Orne ?
Le 17 août 1944, les Canadiens libèrent Falaise qui sort de la Poche. La ville de Guillaume le Conquérant, reste néanmoins associée à cet encerclement, jusqu’à ce que l’appellation Poche de Falaise-Chambois soit admise, en 2016, pour préciser le lieu des combats.
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Reddition près de Saint-Lambert-sur-Dives (Orne) le 19 août 1944. Archives
Que reste-t-il de ces combats ?
Édifié en 1994 pour le 50e anniversaire du Débarquement en Normandie, le Mémorial de Mont-Ormel rend hommage aux victimes des combats de la Poche de Falaise-Chambois. Il permet de comprendre et mesurer l’ampleur des combats et leur importance pour la suite de la guerre. À Chambois, Saint-Lambert-sur-Dive ou encore Coudehard, des panneaux installés le long des routes indiquent « Couloir de la mort » où les Allemands furent pris au piège.