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Alençon. Cinq choses à savoir après les violences urbaines dans le quartier de Perseigne1 |
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Les renforts de CRS (ici devant le commissariat) sont arrivés mercredi 27 octobre 2021 à Alençon après les violences de la veille. © Ouest-France
La nuit de mercredi 27 à jeudi 28 octobre 2021 a été calme dans le quartier de Perseigne à Alençon (Orne). Après les violences qui ont éclaté la nuit précédente, les jeunes casseurs n’ont pas risqué de se mesurer aux CRS arrivés en renfort.
De l’arrestation d’un jeune pour un trafic, à la visite de Marine Le Pen en passant par la plaie de la drogue dans le quartier et la résignation des habitants : cinq choses à savoir après l’épisode de violences qui a agité le quartier de Perseigne à Alençon (Orne), ces derniers jours.
Après les renforts, une nuit plus calme
« On a de quoi remettre ça dans la semaine, demain soir s’il faut. C’est pas terminé », promettait, mardi soir 26 octobre 2021, un des casseurs, au terme d’une nuit agitée et de l’épisode de violences qui a secoué le quartier de Perseigne à Alençon. Pourtant, dans la nuit de mercredi à jeudi, aucune agitation à noter. Preuve que les renforts, demandés par la préfète de l’Orne, Françoise Tahéri, et arrivés en fin d’après-midi mercredi, ont rempli leur objectif de dissuasion. Une soixantaine de CRS, ça refroidit les ardeurs.
Mais après le départ des CRS, qui devraient rester jusqu’à samedi soir voire dimanche selon nos informations, les forces de l’ordre locales craignent que la situation s’envenime à chaque interpellation dans le quartier. Les syndicats demandent depuis longtemps plus de renforts sur toute l’année et non de façon ponctuelle.
Ce mercredi matin, Marine Le Pen est en visite au commissariat d’Alençon, « en soutien aux policiers ».
Une nuit de violences urbaines
Peu avant minuit, mardi 26 octobre 2021, treize véhicules ont été incendiés à plusieurs endroits du quartier de Perseigne à Alençon (Orne). L’objectif des jeunes casseurs : attirer les forces de l’ordre pour en découdre avec eux. « Plus on fera de dégâts et plus vite les flics seront là ! » commandait un jeune homme cagoulé. Des barrages sont dressés à plusieurs points du quartier pour favoriser le piège.
Le Service départemental d’incendie et de secours (Sdis 61) avait mobilisé des hommes pour intervenir sur les feux allumés, mais ils avaient été accueillis par des tirs de mortiers d’artifice. Forces de l’ordre comme pompiers ont mis deux heures avant d’investir le quartier : « On savait que c’était un guet-apens », confie une source policière.

Dans la nuit de mardi 26 à mercredi 27 octobre 2021, des émeutes ont éclaté dans le quartier de Perseigne à Alençon (Orne). Ouest-France
Mickaël Métairie, syndicaliste Unité SGP Police FO, s’énerve : « Les collègues sont en minorité quand on les appelle. Ils constatent les faits : incendies, jets de mortiers, mais ils ne peuvent pas intervenir en sécurité, puisqu’il s’agit d’un guet-apens. »
Vers une heure du matin, pompiers et gendarmes arrivaient enfin à l’entrée de Perseigne. Les guetteurs donnaient l’alerte et la trentaine de casseurs se mettait en position. Les forces de l’ordre encerclaient le quartier. Et les casseurs finissaient par se disperser.
Les habitants désabusés
Au cœur de l’action mardi soir, un ballet de voiture d’habitants s’était formé, dans le calme. « Les gens bougent leurs voitures pour ne pas se la faire cramer », expliquait Mohamed, un riverain. « J’en ai besoin pour bosser, je laisse pas ma voiture là », assumait un père de famille.
Le lendemain, pendant que, sur la place de la Paix, les dépanneuses hissaient les carcasses métalliques encore fumantes, un habitant secouait la tête de dépit. « Ceux qui ont fait ça pensent-ils aux petites gens qui n’ont plus de voiture ? »

Au lendemain des violences dans le quartier de Perseigne à Alençon, la police en train de surveiller le déblayage des voitures incendiées. Ouest-France
La vengeance des jeunes
« Si on fait ça, c’est pour notre pote qu’ils ont soulevé tout à l’heure », expliquait mardi l’un des casseurs. C’est en effet l’interpellation, mardi matin, d’un jeune homme du quartier, qui a mis le feu aux poudres. Âgé de 16 ans, il aurait déjà effectué de la détention pour trafic de stupéfiants et aurait été interpellé dans une cave de la tour Pascal. « En vrai, ils font leur travail. Mais y a des manières d’arrêter quelqu’un », reprochait un autre jeune du quartier. Le jeune homme aurait été gazé au moment de son interpellation. Une femme de 33 ans, cliente du réseau, a aussi été arrêtée et un pistolet d’alarme saisi.

Les casseurs de Perseigne voulaient venger l’arrestation d’un autre jeune du quartier. Ouest-France
Si le procureur de la République d’Alençon, François Coudert, confirmait bien une interpellation, il n’établissait pas officiellement de lien avec les échauffourées de la nuit. « Une enquête de flagrance a été ouverte », commentait-il alors que préfecture et municipalité s’accordaient pour dire qu’il y avait « une concomitance des événements ».
« Je condamne avec la plus grande fermeté les violences de la nuit et ces comportements de voyous », réagissait la préfète. Pour elle, ces interpellations étaient « conformes à la volonté très ferme qui est la nôtre de perturber les trafics de drogue et les points de deal ».
La drogue, point noir du quartier
« Perseigne ? C’est comme un long fleuve tranquille, résume un habitant. En apparence c’est calme, mais en dessous c’est plein de remous. » Ce n’est pas une nouveauté, la drogue et le trafic sont présents depuis des années dans le quartier. « Les réseaux ont pignon sur rue : tour Pascal, tour Péguy, rue Anatole-France, rue Victor-Hugo… Il y en a une dizaine dans le quartier. Avant c’était juste du shit. Maintenant à Perseigne tu peux aussi trouver de la coke, de l’héro ou du crack… » témoigne un autre habitant.

Au lendemain des violences dans le quartier de Perseigne à Alençon (Orne), les policiers surveillent les tours. Ouest-France
Pour le procureur François Coudert, qui avait lancé un appel à la population, en avril, exhortant les habitants à dénoncer « les malfrats du quartier », ce n’est pas l’interpellation d’un jeune qui va assainir la situation. « Une interpellation, ce n’est pas un démantèlement. Ce n’est pas en extrayant un revendeur qu’on s’attaque en profondeur au trafic. Pour ça, il faudrait des enquêtes en profondeur de la police. »
A quand un commissariat de proximité dans ce quartier?.Il me semble que ce serait une solution , si évidement la police pouvait suivre , en quantité et qualité !.