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Violences à Alençon. « Une interpellation, ce n’est pas un démantèlement » : le procureur exaspéré1 |
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Treize véhicules ont brûlé dans la nuit de mardi 26 à mercredi 27 octobre 2021, dans le quartier de Perseigne, à Alençon. © Ouest-France
François Coudert, procureur d’Alençon, confirme qu’un jeune du quartier de Perseigne à Alençon (Orne) a été interpellé mardi 26 octobre 2021 mais ne fait pas de lien officiel avec les violences urbaines survenues dans la nuit suivante. En revanche, il dit son exaspération que le fond du problème, à savoir le trafic de stups, ne soit pas pris à la racine.
Le quartier de Perseigne, à Alençon, s’est réveillé groggy, ce mercredi 27 octobre 2021. Dans la nuit de mardi à mercredi, treize véhicules ont été incendiés en plusieurs endroits du quartier. Pompiers et force de l’ordre ont été les cibles de tirs de mortiers jusqu’à 2 h du matin. La préfète de l’Orne, Françoise Tahéri, a d’ores et déjà annoncé que des renforts allaient être mis en place dans les heures qui viennent. Une compagnie de CRS, soit une soixantaine d’hommes, est attendue à 16 h.
Un jeune du quartier interpellé
Selon nos informations, c’est l’interpellation, mardi matin, d’un jeune homme du quartier qui a mis le feu aux poudres. Âgé de 16 ans, il aurait déjà effectué de la détention pour trafic de stupéfiants et aurait été interpellé dans une cave de la tour Pascal. Si le procureur de la République d’Alençon, François Coudert, confirme bien une interpellation, il n’a pas établi officiellement de lien avec les échauffourées de la nuit. « Une enquête de flagrance a été ouverte », a-t-il commenté alors que préfecture et municipalité s’accordent pour dire que c’est cette arrestation qui est le point de départ de la nuit de violence. Une femme de 33 ans, cliente du réseau, a aussi été arrêtée et un pistolet d’alarme saisi.
1 800 dossiers non traités au commissariat
En revanche, pour le magistrat, ce n’est pas l’interpellation d’un jeune qui va assainir la situation. « Une interpellation, ce n’est pas un démantèlement. Ce n’est pas en extrayant un revendeur qu’on s’attaque en profondeur au trafic. Pour ça, il faudrait des enquêtes en profondeur de la police. » Un tacle tout droit dirigé vers le commissariat d’Alençon qui réclame, de son côté, des moyens depuis des années.
François Coudert pointe du doigt la pile de dossiers qui s’entassent sur les bureaux du commissariat. « En 18 mois, le portefeuille des dossiers non traités est passé de 1 300 à 1 800. Pendant ce temps-là , les victimes attendent et moi, je me fais leur avocat en mettant ça en lumière. » Pour le procureur de la République, s’attaquer efficacement au problème réclame « de mener des enquêtes de fond, pas d’être dans l’agitation et la dispersion ». C’est dit.
Ce dernier avait d’ailleurs lancé un appel à la population, en avril 2021, exhortant les habitants à dénoncer « les malfrats du quartier ». Une demande qui avait été entendue par quelques personnes. « Mais nous n’avons pas eu de retours suffisants », déplore François Coudert.
Contacté, le Directeur départemental de la sécurité publique de l’Orne, Pascal Serrand, n’a pas souhaité faire de commentaire. « Avec ce qui s’est passé cette nuit, ce n’est pas la priorité. »
Un courageux procureur qui ne va pas tarder à avoir un retour de bâton par le secrétaire général des syndicats de policiers, actuel locataire de la place Beauvau...