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Trop de « morts solitaires » : Les Petits frères des pauvres créent un observatoire national... |
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L’association Les Petits frères des pauvres annonce la création d’un observatoire national des morts solitaires, des décès passés sous les radars, découverts des jours, mois voire des années plus tard. © Marc Roger / Ouest France
Elle en a recensé 32 en 2025. L’association alerte sur les « morts solitaires » de personnes âgées découvertes longtemps après leur décès. Elle annonce le lancement d’ici la fin 2026 d’un « observatoire » national. Objectif : mesurer le phénomène, analyser les « facteurs de risque » et formuler des recommandations.
Macabre découverte à Pointel, dans l’Orne, en avril 2025. Le portail était entrouvert et la porte de la maison était ouverte mais coincée. C’est une maison très insalubre. J’ai senti une odeur et j’ai appelé les pompiers et le Samu directement
, relate pour Ouest-France le maire Jean-Luc Leportier. À l’intérieur, les secours découvrent le corps d’une femme de 70 ans, décédée depuis longtemps. Elle vivait seule chez elle. Son courrier n’avait pas été ouvert depuis janvier
. Une mort solitaire
, invisible, scrupuleusement répertoriée, comme toutes les autres, par Les Petits frères des pauvres.
Trente-deux cas en 2025
Des corps en état de décomposition avancée, voire momifiés, retrouvés dans un studio, une maison, un jardin plusieurs semaines, mois voire années après leur décès
… L’association en recense des dizaines chaque année. Trente-deux en 2025. Autant qu’en 2024. Une dizaine de plus qu’en 2023. Ni l’odeur de la mort, ni la boîte aux lettres qui déborde, ni des volets toujours fermés, ni la lumière allumée jour et nuit n’ont alerté les voisins. L’absence de ces défunts, âgés de plus de 60 ans, n’a interrogé personne.
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découvert dans l’Orne, une enquête en cours
 La mort solitaire, c’est la conséquence la plus extrême d’un isolement social auquel la société n’a pas su répondre
, alerte Jean-Baptiste Mouttet, auteur d’une enquête pour l’association. Ces vies qui s’éteignent dans l’indifférence ont pour point commun d’avoir été mises en lumière par un article de presse dans la rubrique faits divers. Il s’agit du seul indice pour les identifier car la mort solitaire ne fait l’objet d’aucune définition officielle, d’aucun décompte public, d’aucune reconnaissance institutionnelle claire
. En l’absence de statistiques, l’association a donc lancé, en 2022, son propre recensement.
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Elle annonce à présent la création d’un comité scientifique qui réunira des chercheurs, sociologues, gériatres et acteurs de terrain
. Son objectif ? Créer un observatoire d’ici la fin de l’année afin d’analyser les facteurs de risque et de proposer des recommandations à destination des pouvoirs publics et des acteurs sociaux
, explique dans un communiqué Yann Lasnier, délégué général des Petits frères des pauvres.
« Reconnaître, c’est déjà agir »
Parmi toutes ces personnes décédées, coupées de leur famille, aucune n’a pu compter sur un réseau d’amitié
, révèle l’enquête. Les services sociaux
ont conservé peu de traces d’elles
, leur situation était précaire
. Les Petits frères des pauvres insistent sur la nécessité de reconnaître les signes
visibles car c’est déjà agir
. Sonner ou frapper à la porte, se renseigner auprès du voisinage, alerter le gardien d’immeuble, contacter la mairie… Alertant sur la flambée des cas
liée au vieillissement de la population, l’association le martèle : « Chacun peut jouer un rôle » .