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Alençon. « Rebellez-vous contre ces malfrats qui tiennent Perseigne », lance le procureur... |
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Depuis mercredi 7 avril 2021, des CRS ont été appelés en renfort dans le quartier. © Ouest-France
Le procureur de la République invite les habitants de Perseigne à dénoncer ceux qui pourrissent ce quartier d’Alençon (Orne).
« Il faut que les gens se lèvent ! Je veux que la majorité silencieuse parle et dénonce ces malfrats. Rebellez-vous contre ceux qui tiennent le quartier ! ». François Coudert, procureur de la République d’Alençon, en a ras le bol de la poignée d’individus qui pourrit la vie du quartier de Perseigne.
« D’autant que bien souvent, ils n’habitent pas le quartier : ils viennent juste y travailler. » Leur travail ? Le trafic de stupéfiants. Un trafic qui forcément impacte la vie du quartier. « Un ascensoriste qui vient réparer un ascenseur se fait accueillir par un groupe qui lui demande qui il est, pourquoi il vient ici. S’il veut aller au 3e étage, on l’oblige à aller au 4e, et on vérifie derrière », décrit le procureur.
Des enfants payés pour chouffer
Des cages d’escalier « tenues » et gérées par « des milices » ; « des enfants du quartier payés pour chouffer (surveiller si la police arrive) » ; des rodéos sauvages « pour montrer qui tient le quartier »… Autant de faits qui finissent par rendre intenable la vie des familles de Perseigne. D’autant plus quand la violence monte d’un cran. C’est ce qui se passe depuis quelques semaines.

Cinq motos ont été saisies par la police ces dernières semaines, à la suite des rodéos sauvages dans le quartier. Police de l’Orne
« Depuis le 21 mars, dix véhicules ont été incendiés : neuf voitures et un scooter. La majorité des caméras de surveillance a été dégradée ; il y a eu 90 tirs de mortiers, certains dirigés directement vers la police ; de multiples rodéos sauvages à moto et en quad ; des refus d’obtempérer », détaille François Coudert.
Trois personnes incarcérées
Un inventaire à la Prévert de délits qui s’est soldé par onze interpellations, dont quatre mineurs de 14, 15 et 16 ans. « Neuf ont été présentés à la justice (dont trois mineurs) : trois ont été incarcérés en attendant leur jugement ; et cinq, placés sous contrôle judiciaire, ont interdiction de séjour à Perseigne ». Une demi-douzaine de motos a également été saisie par la police. Les mises en examen sont diverses et variées : rodéos sauvages, violence et extorsion, entrave aux services de sécurité, refus d’obtempérer et violences avec arme…

Depuis le 21 mars 2021, dix véhicules ont été incendiés à Perseigne. Ouest-France
Dans la foulée, le procureur a réactivé le Groupe local de traitement de la délinquance. Une instance qui réunit chaque semaine procureur, maire, l’ensemble des services publics et sociaux ou de l’État qui travaillent habituellement avec la justice pour traiter des situations de délinquance. Deux réunions ont déjà eu lieu. Un groupe déjà activé en 2018 après le meurtre d’un homme dans le quartier.
Appel à témoignage
À chaque fois, ces vagues d’interpellations et ces groupes de travail portent leurs fruits. Au moins pour un temps. Mais à chaque fois aussi, la nature n’aimant pas le vide, les trafics reprennent.
« Des enquêtes de fond sont menées » répond François Coudert quand on lui demande pourquoi il est si compliqué de stopper ces trafics. « C’est pourquoi aussi je lance cet appel à témoignage aux habitants. Il y a deux façons de le faire : sur moncommissariat.fr. dans l’onglet Je signale des comportements liés à un trafic des stupéfiants. Ou via un témoignage anonyme : on entend les gens de manière totalement anonyme. On l’a déjà fait pour Perseigne. » Ceux qui souhaitent le faire doivent alors appeler le commissariat ou écrire au procureur.
« La population a besoin des autorités. Mais les autorités ont besoin de la population. »